Confidences Moyen-Orient
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Nº 2853 du vendredi 13 juillet 2012

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Le «j’accuse» du Hamas
Le mouvement palestinien Hamas ne peut plus supporter les pressions et le blocus imposés par Israël. Mais à la surprise générale, les dirigeants islamistes ne se sont pas attaqués à Tel-Aviv, mais plutôt au Caire. Le gouvernement de Gaza a considéré qu’Israël et l’Egypte se partageaient les rôles et se renvoyaient la responsabilité au sujet de la coupure continue de l’électricité dans la bande sous blocus. La raison de cette colère: la décision prise par les autorités égyptiennes de limiter la quantité de fuel qatari acheminée à Gaza à 100000 litres par jour, alors que l’unique centrale électrique a besoin de 500000 litres. Résultat, les habitants de la bande sont approvisionnés en électricité quatre heures seulement et privés durant la plus grande partie de la journée de climatiseurs avec une chaleur qui dépasse les 40 degrés... Une situation presque aussi pire qu’au Liban!

 

 

 

Sadr, un homme de parole?
Le leader chiite irakien, sayyed Moqtada Sadr, a démontré encore une fois qu’il était sous la tutelle de Téhéran et qu’il ne détenait en réalité aucune marge de manœuvre, puisque toutes ses actions étaient décidées par le régime iranien. Sadr, qui menait une campagne depuis de longs mois contre le Premier ministre, Nouri el-Maliki, et qui avait soutenu la démarche entreprise par les leaders politiques des communautés sunnite et kurde visant à lui retirer la confiance, vient de changer d’avis, prétendant qu’il n’était pas productif pour le pays de voir le gouvernement humilié devant le Parlement. Or, c’est Sadr en personne qui avait organisé une réunion dans sa maison de Najaf pour finaliser cet accord. Mais à la suite d’une visite éclair en Iran quelques jours plus tard, il a pris un virage de 180 degrés. C’est ce qu’on appelle de la politique politicienne!

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Éditorial
Faites taire le cheikh Ahmad el-Assir

Le cheikh Ahmad el-Assir est aujourd’hui le salafiste le plus médiatisé. Son côté folklorique et son discours peuvent plaire. Il appelle à la primauté des institutions étatiques. Sur les armes du Hezbollah, il hausse le ton pour satisfaire les ultras qui reprochent au 14 mars un manque de courage à ce sujet. Il ne demande pas qu’on protège les chrétiens, il sollicite leur protection! Mais le discours est une chose et la réalité en est une autre. Le cheikh Assir se réclame de la tendance salafiste et de son plus grand théoricien Ibn Taymiya. Comment celui-ci s’adresse-t-il aux trois grandes communautés libanaises, les sunnites, les chrétiens et les chiites? Dans son ouvrage al-Wassatia, il prête au Prophète un rôle de législateur dont les travaux ont été complétés par les écoles juridiques. Il demande une application à la lettre de la Charia et une contrainte des mauvais musulmans, sunnites inclus, à appliquer rigoureusement une vision austère de l’islam, sous peine de coercition et même d’élimination physique. Les salafistes extrémistes irakiens ont tué, sans distinction, autant de sunnites que de chiites. Les chiites, eux, n’ont eu droit à aucune considération. Je rappelle qu’au XIIIe siècle, quand les mamelouks déferlèrent sur le Kesrouan pour y massacrer et chasser les chiites, c’est sous l’autorité d’une fatwa d’Ibn Taymiya. Selon sa théorie d’al-Wala’wal-Barra’, il demande de couper tout lien avec les chrétiens et d’être intransigeant à leur égard. Il va à l’encontre de la tradition de tolérance de l’islam qui avait vu, à l’époque des conquêtes arabes, les chrétiens en conflit avec Constantinople, soulagés d’être débarrassés de son joug et trouver leur compte sous le règne des musulmans. On a même vu, lors de la recon-quête de l’Espagne par Isabelle la Catholique, les juifs se réfugier en terre d’islam pour fuir les persécutions. Mais si cette forme de tolérance du Moyen Age n’est plus acceptable aujourd’hui, que serait-ce alors de la position d’Ibn Taymiya. Or, le cheikh Ahmad el-Assir n’a jamais, à ce jour, renié son mentor. Il ne faut pas se méprendre sur l’ampleur de ce phénomène. Quel que soit son pouvoir de nuisance, il restera limité, tant les extrémistes salafistes sont incapables de se regrouper sous une même autorité. Dans leur interprétation rigoureuse du texte, ils sont réfractaires à toute organisation cléricale hiérarchisée. Ils ne reconnaissent que l’autorité d’un calife dont le rôle principal est de permettre aux musulmans de pratiquer leurs devoirs cultuels. Ce calife doit être élu par l’ensemble de la Umma et reste sous la surveillance rigoureuse des hommes de religion. C’est dire combien cette forme de pouvoir est utopique et combien resteront nombreux et divisés les émirs salafistes. Mais le pouvoir de nuisance du cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins une réalité. Il suffit de l’écouter s’adresser aux chefs du tandem chiite. Il les insulte et traite de «cochon» un officier de l’armée qui ne lui est pas favorable. Ce n’est pas tant l’insulte qui est préjudiciable que son intention de «déshumaniser» ses adversaires. On se donne bonne conscience pour les éliminer. C’est ainsi qu’ont été traités les juifs avant le génocide et que les Israéliens se comportent avec les Palestiniens pour justifier la colonisation de leur terre; que les Hutus ont qualifié d’animaux à travers la radio des «mille collines» les Tutsi avant de les massacrer. C’est ainsi que le cheikh Ahmad el-Assir dédouane dès maintenant tout acte violent à l’égard de ceux à qui il s’adresse avec haine. Son public étant ce qu’il est, il ne faudra pas s’étonner de le voir un jour passer à l’acte. Phénomène spontané ou monté de toutes pièces, le cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins le révélateur d’un profond malaise. C’est à ce jour, l’expression la plus radicale face à la menace, au mépris et au doigt menaçant que brandit le Hezbollah, dès qu’il s’agit de ses armes. Chaque fois qu’on lui rappelle que ces armes doivent être entre les mains de l’Etat, condition indispensable pour bâtir un Etat moderne, il répond au mieux par l’indifférence, au pire il accuse ceux qui s’adressent à lui de traîtrise. Cela ne peut plus durer, nous sommes au bord de la rupture. Que le Hezbollah fasse un choix, sinon Ahmad el-Assir deviendra bientôt un héros, ou plutôt un antihéros, tant lui et ses clones au Liban-Nord provoqueront la violence.


 Amine Issa
   

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