Getting lost in Lebanon. Se perdre pour se retrouver
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Nº 3080 du vendredi 4 août 2017

Getting lost in Lebanon. Se perdre pour se retrouver

 
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Auteur et journaliste, Warren Singh-Bartlett vient de publier aux éditions Tamyras un ouvrage alliant textes et photographies, Getting lost in Lebanon. Une immersion dans la diversité du pays et une invitation ouverte à se retrouver, comme il l’a expliqué à Magazine.

Il est venu au Liban en mai 1998, pour une visite de trois jours. Il n’est plus reparti. «Pourtant, affirme Warren Singh-Bartlett, mes premières impressions étaient complètement négatives». En taxi-service depuis la Syrie, pluie torrentielle, chaos, des soldats partout, cherté... «Qu’est-ce que je suis venu faire ici?, ne cesse-t-il de répéter, puis «d’un coup, juste au-dessus d’Aley, là où on peut apercevoir Beyrouth pour la première fois, la pluie s’est instantanément arrêtée, les nuages se sont ouverts et un rai de lumière a frappé la mer juste en face de moi. Mon cœur s’est arrêté, je n’avais rien vu d’aussi beau de ma vie», poursuit-il, alors qu’il ressent encore la chair de poule au souvenir de ce moment. Arrivé à Beyrouth, une autre chaleur, humaine cette fois, le saisit. Par un heureux concours de circonstances, alors qu’il se trouve, le dimanche,  sans liquidités, un chauffeur de taxi passe plus d’une heure avec lui pour s’assurer qu’il a trouvé un logement adéquat. Il reviendra plus tard le voir avec un plat cuisiné par sa femme. Sans aucune rémunération. «Bienvenue dans mon pays», lui dit le chauffeur. «Je ne l’ai plus jamais revu. Depuis, toutes les portes se sont ouvertes devant moi». Les trois jours prévus initialement deviennent trois semaines, puis un ami lui dit: «Et si tu restais ici, au lieu de t’installer à Beijing comme prévu?».
C’était il y a presque 20 ans. De père anglais et de mère indienne, Warren Singh-Bartlett a vécu à l’étranger toute sa vie. «Les pays vous accueillent pour une certaine durée et puis commencent à vous lancer des signaux». Au cours de l’année à venir, il compte partir, après une série de malchances. «Comme beaucoup de Libanais, je n’arrive plus à survivre. Getting Lost in Lebanon fait partie de mon adieu». Un livre qui n’était pas supposé en être un. En préparant un autre ouvrage, sur lequel il planche toujours, il a effectué la randonnée balisée par l’association Lebanon Mountain Trail, qui part de Marjayoun jusqu’à Andqet dans le Akkar, où «chaque jour était une révélation», et durant laquelle les clichés pris étaient publiés sur Instagram. Les 156 photographies sont rassemblées ici, chacune accompagnée d’un texte où se mêlent humour à la british, anecdotes, histoires fabulées, informations, en fonction des intérêts spécifiques de l’auteur-photographe, de sa curiosité, de sa faculté à établir des connexions entre les histoires qu’il entend et les différentes places qu’il visite.
Le Liban, un blueprint du monde. Warren Singh-Bartlett emprunte un cheminement différent des «étrangers» qui écrivent sur le Liban, abordant généralement la politique et la guerre, et se concentrant sur les 40 dernières années. «Je vis dans un pays dont le nom, du moins, existe depuis des milliers d’années, traversé par tellement de gens, de cultures, d’empires différents. La diversité de son histoire, de son emplacement, explique la diversité du pays. Tout cela, c’est le Liban. Je crois que ce pays mérite d’être mieux compris». C’est ce que le livre tente de faire, en montrant une autre vision, qui n’est pas seulement associée aux événements tragiques. Certes, ajoute-t-il, il y a par exemple l’explication politique des Phéniciens, mais il y aussi toute cette culture qui était là, mais qui est écrasée par l’ombre de la récupération politique. «En tant que Libanais, vous pouvez être ce que vous voulez. Je comprends que ça puisse poser un problème pour le Liban, mais pour moi c’est libératoire de pouvoir être multiple».
Citant une amie espagnole qui a longtemps vécu dans le pays, il affirme que «le Liban est le blueprint du monde», «un parfait microcosme, tradition et modernité, islam et chrétienté, est et ouest, qui sont dans une perpétuelle lutte. Les problèmes qui en résultent sont ceux auxquels on fait face en Europe, en Amérique, au Moyen-Orient. Mais les belles choses qui en découlent sont celles qui permettent d’apprendre. Si vous arrivez à le faire ici, vous pourrez enseigner au monde entier. Parce qu’ici, vivre avec quelqu’un qui a une vision différente n’est pas un jeu intellectuel, c’est essentiel, c’est quotidien». Pour illustrer son propos, Warren Singh-Bartlett évoque un simple exemple puisé à Tripoli. Dans une église grecque-catholique, un balcon est réservé à la communauté musulmane de la ville pour qu’elle puisse assister à la cérémonie des fêtes de Pâques. Loin de minimiser l’aspect négatif de ces «limites floues» ou les moments de lutte qui jalonnent l’histoire du Liban, «nombreux certes, mais si on regarde sa longue histoire, ajoute-t-il, ils sont passagers. Les gens retrouvent leur rationalité, refusent d’être manipulés par les politiques et reviennent à ce qu’ils savent faire: vivre ensemble, sans trop y penser». Ce qui définit une personne, un pays, c’est l’histoire qu’il raconte.

Nayla Rached

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Grille des salaires: deux lectures

Le vote par le Parlement de la grille des salaires de la fonction publique clôt un feuilleton de cinq ans, ponctué de polémiques, de tiraillements et de coups bas entre les forces politiques. En dépit des protestations de certaines catégories, qui s’estiment lésées, notamment les fonctionnaires et les militaires à la retraite, cet ajustement des salaires est, globalement, considéré comme un «exploit», car il permet de renforcer le pouvoir d’achat de 270000 familles. Cependant, des milieux économiques et financiers ne cachent pas leurs craintes des retombés négatives que pourrait avoir cette loi, qui prévoit une batterie d’impôts et de taxes. Parmi les plus mécontents figurent les banques. Celles-ci sont appelées, en effet, à supporter une partie significative du financement de cette grille, dont le coût est de 1700 milliards de livres (1200 milliards pour les fonctionnaires en service et 500 milliards pour les retraités). Les banques débourseront quelque 300 millions de dollars sur un montant total de 1,15 milliard de dollars. Ce financement proviendra d’une augmentation de 5% à 7% de la taxe sur les intérêts (supportée par les déposants), une taxation des profits des banques sur les bons du Trésor et une taxation des transactions des banques cotées en bourse, en plus d’une série d’autres mesures. Le secteur bancaire, qui déclare des profits de 2 milliards de dollars par an, se voit ainsi amputé de 300 millions de dollars, soit 15% de ses bénéfices. Toutefois, des sources économiques affirment que les profits réels des banques sont bien plus importants que ceux qui sont officiellement déclarés.Pour le secteur bancaire, ces nouvelles taxes et impôts auront un impact négatif sur les investissements et sur le coût du capital, ce qui va ralentir la croissance et, par conséquent, la création de nouveaux emplois.Un autre avis estime, toutefois, que le renforcement du pouvoir d’achat de centaines de milliers de Libanais va insuffler une bouffée d’oxygène dans l’économie, en boostant la consommation, ce qui aura pour effet de réunir les conditions nécessaires pour enclencher un cercle vertueux, qui profitera à tous les secteurs et les pans de l’économie. «Pour que ce cercle vertueux puisse voir le jour, il faut que tous les acteurs économiques jouent le jeu», prévient une source économique.Certes, le financement de la grille exigera des banques de réduire leur marge de profit et de procéder à des économies internes. Cependant, la source économique affirme que le secteur bancaire est, malgré tout, satisfait du fait que cette hausse des salaires du secteur public ne s’est pas soldée par un creusement du déficit des finances publiques. Cette source indique que les mesures, les taxes et les impôts prévus par la loi génèreront 1765 milliards de livres, soit un montant légèrement supérieur à la somme nécessaire pour financer l’ajustement des salaires.Encore faut-il que l’Etat se donne les moyens de collecter les impôts et de combattre l’évasion fiscale.


 Paul Khalifeh
   

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