Home within. L’art, cette urgence!
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

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    Le 26 mars, à 20h, à l’AUB Assembly Hall, Event Productions accueille Home within, une collaboration entre le compositeur et clarinettiste, Kinan Azmeh, et l’artiste visuel Kevork Mourad. Rapidement, l’entrevue, la...
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Le 26 mars, à 20h, à l’AUB Assembly Hall, Event Productions accueille Home within, une collaboration entre le compositeur et clarinettiste, Kinan Azmeh, et l’artiste visuel Kevork Mourad.

Rapidement, l’entrevue, la discussion plutôt, – et peut-il en être autrement quand on parle d’art –, dépasse l’œuvre particulière, pour englober l’existence même des arts. Un questionnement en particulier, de plus en plus urgent, de plus en plus existentiel. «Quelle est l’utilité de l’art en ces temps de crises?» Depuis le déclenchement des événements en Syrie, en 2011, Kinan Azmeh n’a plus pu composer. Partant de son approche de l’art comme des sensations que l’on n’aurait pas expérimenté autrement dans la vie, Kinan Azmeh est devenu musicalement aphone. C’est que la vie, les infos en provenance de Syrie, le poussait justement à vivre des sentiments beaucoup plus complexes que ce qu’il pouvait exprimer. «En comparaison, tout était faible».
Ce n’est qu’après 2012 qu’il s’est rappelé que les événements ont été déclenchés en Syrie parce que les gens sont sortis dans la rue pour s’exprimer. «Mon moyen d’expression, la clarinette, la musique, est puissant. C’est mon droit et ma responsabilité de rester attaché à ma voix. En temps de guerre, l’art devient encore plus près de la vérité, c’est une existence de vie, une assertion de notre humanité». C’est alors qu’il compose le morceau A sad morning, every morning, qu’il envoie à Kevork Mourad, pour que ce dernier y incorpore ses impressions illustrées. Ce sera la pierre de fondation de Home within, qui depuis, 2013, tourne dans le monde, dans un but de sensibilisation et de financement des réfugiés syriens à travers des organisations caritatives.

Loin des slogans, l’humanité
Impressions, le mot est important dans tout le processus créatif de Home within. En effet, «il ne s’agit pas de présenter une histoire syrienne, – d’ailleurs, il n’y a pas qu’une histoire, mais autant d’histoires qu’il y a de Syriens. Loin de tous slogans, on présente un projet très intérieur, sur ce que nous avons ressenti durant toutes les phases par lesquelles nous sommes passés ces six dernières années». Sans fil narratif, abstraitement, emmêlant les impressions chronologiques, Home within invite chaque spectateur à tisser sa propre histoire, la liberté d’imagination étant inhérente à toute œuvre artistique.
Composé à 30% de marge d’improvisation, chaque représentation est différente, se jouant d’une perpétuelle interaction à multiples niveaux: entre les artistes et les médiums, entre chaque artiste et son instrument, ce qui est composé au préalable, et ce qui se joue en direct, mais aussi avec le public, avec le lieu, avec le pays. Avant que n’apparaisse le dernier tableau, perpétuellement mis à jour, du nombre de victimes en Syrie. Même si on vit dans nos bulles, même si on choisit de ne pas savoir, les tragédies sont bien réelles. «Dans le monde arabe en général, l’art est nécessaire, il nous en faut plus, que les gens aillent voir des arts vivants. L’urgence se trouve là aussi».


Billets en vente à la Librairie Antoine.

Nayla Rached
 

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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