Pénurie d’eau et sécheresse. Le Liban au bord de l’asphyxie
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Nº 2968 du vendredi 26 septembre 2014

Pénurie d’eau et sécheresse. Le Liban au bord de l’asphyxie

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Emblématique château d’eau du Moyen-Orient, le Liban peine pourtant à satisfaire les besoins des citoyens obligés de recourir, de plus en plus souvent, à des sociétés privées pour parer à leurs besoins primaires en eau. Infrastructures vétustes, puits illégaux, irrigation à outrance, pollution des eaux à grande échelle, autorités publiques dépassées, financements internationaux mal optimisés: le Pays du Cèdre est au bord de l’asphyxie.

Selon les chiffres de la Banque mondiale parus en 2008, seuls 10% des Beyrouthins auraient accès quotidiennement au réseau d’eau public, la moyenne nationale se hissant à 26% (alors que 7% de la population n’aurait accès à l’eau qu’une fois par semaine). En temps normal, chaque foyer libanais devrait recevoir un mètre cube d’eau par jour pour un forfait fixe. Or l’été, la distribution s’effectue tous les deux à trois jours en fonction de l’état de sécheresse du pays. Et cette année, les restrictions ont commencé bien plus tôt que prévu.
Depuis le mois de février, les rues de la capitale sont sillonnées sans arrêt de camions-citernes, abreuvant les réservoirs desséchés des ménages. Au banc des accusés, une pluviométrie bien en deçà des moyennes saisonnières. Au printemps, les réserves d’eau du pays auraient dû être à leur maximum, les mois de janvier à mars rassemblant la grande majorité des précipitations de pluie. «Nous n’avions jamais vu ça, constate Jeanine Somma, géographe à l’Université Saint-Joseph (USJ) et membre de l’association Lebanon Eco Movement. Nous n’avions jamais eu d’hiver sans neige, c’était impensable». Pas de neige, peu de pluie et des statistiques inquiétantes: il ne serait tombé que 470 mm de pluie cette année, quasiment deux fois moins que la moyenne annuelle de 824 mm. «La situation est désastreuse, estime Roland Riachi, docteur en économie et auteur d’une thèse sur la gestion de l’eau au Liban. Le pays traverse l’une des années les plus sèches qu’il ait connues. Nous sommes en pleine crise, la grogne se fait entendre, la population est excédée de payer au moins une à deux fois par semaine 40 à 50 000 livres libanaises pour une citerne d’eau, parfois plus. Dans les régions aux alentours du Litani, les autorités ont tout simplement annoncé que cette année il n’y a plus d’eau, donc pas d’irrigation. Les responsables politiques font des discours et ne proposent pas de mesures concrètes et applicables, alors il y a beaucoup à faire», dénonce-t-il. Les propos de Jeanine Somma ne sont pas plus rassurants. «D’un point de vue économique, cela va être une catastrophe pour le secteur agricole. Si les cultures ne peuvent pas être irriguées, les prix des fruits, des légumes et du fromage flambent. Les camions-citernes essaieront de pomper l’eau où elle se trouve. Elle sera, selon toute probabilité, de qualité douteuse, augmentant les possibilités d’une croissance des maladies infectieuses». De facto, l’eau distribuée par certains camions-citernes a un goût fortement salé. «La première chose à faire, nous expliquait l’universitaire dès février dernier, est d’effectuer une campagne d’information pour économiser l’eau et prendre des mesures préventives sous peine de contraventions». Mais il aura fallu attendre cinq mois pour que le ministre de l’Energie et de l’Eau, Arthur Nazarian, lance finalement, le 15 juillet dernier, une campagne de sensibilisation. Il n’y a aucune décision coercitive en vue: «Nous espérons que les municipalités fassent leur travail», déclare Randa Nemr, conseillère du ministre. «La situation est critique mais pas alarmante, précise-t-elle. Il y a toujours eu des pénuries d’eau au Liban par manque d’investissements dans les infrastructures. Il faut de plus prendre en compte la présence des réfugiés syriens sur le territoire libanais».
En avril dernier, du côté du ministère de l’Energie et de l’Eau, on envisageait pourtant l’avenir avec plus d’optimisme. «Grâce à nos propositions, nous pouvons surmonter la crise», assurait Fadi Comair, directeur général des Ressources hydrauliques et électriques auprès du ministère de l’Energie et de l’Eau. Des propositions, sous forme de conseils, étaient envoyées aux municipalités du pays le 28 février dernier.

 

Lacunes structurelles
En substance, les municipalités étaient − et le sont toujours − appelées à surveiller la surconsommation d’eau au niveau des puits artésiens, auprès des stations d’essence, des citoyens, des usines, hôtels, complexes touristiques, etc. Rendre obligatoire la mise en place de bassins de stockage d’eau de pluie pour l’ensemble des bâtiments, assurer l’entretien des canaux d’adduction, installer des compteurs, mettre en place un schéma d’aménagement pour la gestion de l’eau, sensibiliser le citoyen à réduire sa consommation personnelle, édifier des bassins collinaires ou encore encourager l’utilisation des eaux grises pour arroser les jardins publics, les espaces verts et les terres agricoles. Les agriculteurs, eux, devraient utiliser de nouvelles méthodes d’irrigation permettant d’économiser la consommation d’eau. Enfin, les industriels sont sommés d’éviter de polluer l’eau des fleuves et des nappes phréatiques. Tout un programme − passé plus ou moins inaperçu depuis de nombreux mois −, que l’Etat a négligé et n’a pas mis en place depuis vingt ans et qu’il est appelé à exécuter dans l’urgence.
La gestion de l’eau au Liban est une sorte de vaudeville, dramatique et comique. Car, de tous les acteurs concernés, aucun n’oserait prétendre que la situation est sous contrôle. Le constat? Catastrophique. Le Liban gâche son eau et le capitaine du navire est aux abonnés absents depuis bien trop longtemps. «Nous sommes dans un bourbier, assume Fadi Comair. Il y a un blocage au niveau du pouvoir politique. Le pays n’avance plus. Il est en faillite totale depuis l’accord de Taëf. Le Liban a été très mal gouverné par une classe politique qui est celle des milices. Aujourd’hui, cette classe dirigeante est en perte de vitesse et va devoir laisser sa place, ose-t-il. On ne peut plus dilapider l’eau du pays d’autant que les ressources vont diminuer parallèlement au réchauffement climatique, alors que la demande ne fait qu’accroître, avec la croissance de la population et la présence des réfugiés. Comment va-t-on pouvoir équilibrer la balance hydraulique?». En 1999, le directeur général des Ressources hydrauliques proposait une stratégie de gestion intégrée des ressources en eau (Gire), dont découle un plan décennal acté en 2000 et reconduit jusqu’en 2018: récupérer et stocker l’eau en créant des lacs collinaires ou des barrages (au total 39 sites retenus pour plus de 850 millions de m3), recharger les nappes phréatiques, rénover les réseaux d’adduction pour diminuer les pertes (estimées tout de même à 50%), moderniser les méthodes d’irrigation et installer un système de goutte à goutte, assainir les eaux usées, s’intéresser aux sources non conventionnelles (eaux maritimes) et aux eaux grises. Or, pour ce faire, il va falloir des fonds que les différents offices de l’eau n’ont pas, car entre autres, si le taux de collecte de redevance est de 80% à Beyrouth, il n’est que de 11% dans la Békaa.
«C’est pour cela qu’il faut mettre en avant le partenariat public-privé, avance Fadi Comair. Un projet de loi sur la question traîne d’ailleurs depuis 2005 dans les tiroirs des ministres successifs. Nous avons également travaillé sur le code de l’eau en collaboration avec la France et cette dernière a décidé de ne plus financer de projets dans le secteur de l’eau tant que ce code ne sera pas voté». Un code qui prévoit la possibilité pour les offices de l’eau de conclure des accords avec le secteur privé. Un partenariat qui a déjà fait ses preuves à Tripoli. «En 1996, nous avions fait appel à une société privée pour résoudre un problème sanitaire énorme. Aujourd’hui, Tripoli a de l’eau potable 24h/24 et c’est la seule ville du Liban dotée de compteurs d’eau». Une expérience positive qui a permis de mettre en lumière le risque de clientélisme et l’imbroglio créé par la superposition de différents textes de loi. Le code de l’eau instaurerait également un conseil supérieur et une police de l’eau. «Il n’y a pas d’ordre dans l’exécution des politiques. De bonnes idées existent, mais il n’y a ni suivi ni coordination entre les différents intervenants, analyse Adel Cortas, ancien ministre de l’Agriculture, très inquiet de la situation actuelle. Malgré les changements successifs de ministres, il faudrait une seule stratégie et une continuité dans les politiques adoptées, d’où la nécessité d’instituer ce conseil supérieur de l’eau pour superviser toutes ces instances concernées» (offices de l’eau, municipalités, CDR, ministères, etc).
Des thématiques reprises par le projet Blue Gold (plan quinquennal 2015-2020 pour la gestion de l’eau), rédigé en grande partie par Fadi Comair en personne. A la base de cette initiative, on retrouve trente hommes et femmes d’affaires, se définissant comme le premier groupe d’influence au Liban, créé en avril 2012 sous le nom de Civic Influence Hub (CIH). Leur slogan: mettre en place un nouveau concept de partenariat public, privé et citoyen. «Nous voulons renforcer la société civile et lui rendre son efficacité, transformer la réaction en action à travers un partenariat avec l’Etat et le secteur privé et, enfin, remettre au centre des préoccupations les problématiques socioéconomiques», détaille Ziad el-Sayegh, directeur général du groupe. «Aujourd’hui au Liban, nous avons finalement trois choix: partir, être passif ou prendre l’initiative, poursuit-il. L’échec n’est pas une option. Il faut collaborer avec les politiques et impliquer la société civile. Il est temps de reconstruire le pays». Et si le CIH assure vouloir «rendre leur dignité aux Libanais et travailler uniquement pour le pays et non pour des intérêts spécifiques», le projet Blue Gold fait crisser des dents certains spécialistes −réunis pour trouver des alternatives −, voyant dans ce discours qu’ils jugent démagogique, ni plus ni moins, une forme maquillée de privatisation du secteur de l’eau.
 

Débats autour des barrages
Autre thème de crispation: la problématique des barrages. «Après la réalisation de ceux du Qaraoun et de Chabrouh, il y aurait à peu près six projets en cours d’exécution, informe Adel Cortas. Nous avons besoin de plus de barrages pour stocker l’eau dans les régions où elle est indispensable. Mais il ne faut pas avancer aveuglément, mais établir des priorités et obtenir des études géologiques pour choisir les sites les plus judicieux d’un point de vue technique et économique». Pour l’écologiste Jeanine Somma, la stratégie des barrages «est une très mauvaise idée. Le Liban est une région sismique, à fort ensoleillement (évaporation) avec une formation de karsts sur 70% de ses terres (infiltration), affirme-t-elle. D’autre part, les barrages sont extrêmement coûteux et dégradent le paysage». Des arguments que réfute Fadi Comair, grand partisan des barrages permettant de stocker l’eau du Liban avant qu’elle ne se perde dans la mer (à hauteur de 1 milliard de m3, selon ses chiffres). «La problématique des barrages est une science, prévient-il. Ceux qui ne sont pas spécialistes ne peuvent pas se prononcer. En Turquie, il existe plus de 900 barrages, pourtant c’est une zone sismique. On peut tout faire quand il s’agit de l’ingénierie, ajoute-
t-il tout en nuançant: je ne suis, en revanche, pas du tout d’accord avec l’élaboration du barrage de Bisri exécuté par le CDR au Sud qui se trouve sur une faille active sismique». Un exemple parfait d’incohérence entre les différents acteurs du secteur de l’eau. Il reste que «sur la période initiale du plan décennal, un seul barrage a été financé et réalisé sur les 18 initialement prévus, écrit Roland Riachi dans sa thèse. Il s’agit du barrage de Chabrouh au Kesrouan inauguré en 2007, d’une capacité de 8 millions de m3, soit moins de 1% de ce que le plan décennal prévoit de stocker au total. Le barrage, initialement prévu pour maintenir 20 millions de mètres cubes, comprend de nombreuses fuites, estimées à 200 litres par seconde en raison d’une mauvaise prise en compte des conditions géologiques karstiques du site du barrage. De plus, le coût final de ce dernier est nettement plus élevé que les 43 millions de dollars initialement prévus. En fonction des différentes sources, le coût oscillerait entre 105 et 200 millions de dollars, en cumulant les montants déboursés pour la révision des contrats avec l’entrepreneur local et les entreprises françaises intervenantes du fait de l’appréciation de l’euro, ainsi que de la hausse du prix des matières premières». L’expert économique cible également le barrage de Janneh dans le caza de Jbeil. Une étude sur la géologie du bassin du site, publiée par l’Institut fédéral des géosciences et des ressources naturelles (BGR) d’Allemagne, montrerait que sa capacité serait de 35 à 52% moins importante que prévu.
Autre fait intéressant mis en exergue par Roland Riachi: la transformation de cultures pluviales vers des arbres fruitiers et végétaux intensifs en eau. «Le Liban est dépendant alimentairement, reprend-il. Pourtant, nous produisons par exemple 194% de nos besoins en bananes, 203% en oranges, 277% en laitues, un surplus qui part vers l’exportation, alors que nous allons importer du blé» (qui a deux fois moins besoin d’eau pour être cultivé). Sa réponse aux partisans des barrages: «Notre eau ne part pas dans la mer, mais vers les pays arabes. En effet, à peu près un tiers de l’eau part dans les exportations de produits agricoles. Si on économise dans un premier temps ces pourcentages, nous n’aurions pas à faire de rationnement».
Des thématiques, qui sans aucun doute, mériteraient de grands débats au niveau national. En attendant, «chaque jour, la situation de l’eau, comparée à la veille, empire. La crise devrait d’ailleurs s’accélérer à l’automne», conclut l’économiste.

Delphine Darmency

Des financements orphelins  
«Des stations d’épuration sans égouts ou de gros adducteurs d’eau sans barrages, telle est la situation actuelle des grands aménagements hydrauliques au Liban représentant un coût de plus de deux milliards de dollars américains déboursés durant les deux dernières décennies, sans aucun changement substantiel. (…) Le rapport de la Banque mondiale (2009) fait état d’une moyenne de 42 projets annuels signés et en cours entre 1994 et 2008, pour un montant annuel d’environ 61 millions de dollars sur la même période. Le rapport note également qu’entre 1992 et 2006, seuls 55% des projets de l’eau planifiés, et dont les fonds ont été garantis, ont été réalisés. Ce ratio est encore moins élevé pour les projets d’assainissement (20%) et les projets d’irrigation (19%)». Extraits de la thèse sur la gestion de l’eau au Liban de Roland Riachi.


Quelques chiffres
En moyenne, d’après la Stratégie nationale du secteur de l’eau, les précipitations au Liban représentent 8,6 milliards de mètres cubes d’eau chaque année dont 4,5 milliards s’évaporent, 1 milliard se déverse chez nos voisins et 0,4 milliard se perd en mer. L’eau disponible est donc de 2,7 milliards de mètres cubes dont 2 milliards seraient exploitables et 1,5 exploité. L’agriculture en consommerait 60%, les ménages 30% et l’industrie 10%. Selon les estimations de la Banque mondiale, les dépenses totales des ménages pour l’eau s’élèvent à 411 millions de dollars par an, dont les trois quarts seraient consacrés au secteur privé: eaux embouteillées (51%), camions-citernes (21%), coût d’approvisionnement des puits (2%) et réseaux privés (1%). Une consommation d’eau chez les ménages qui aurait augmenté de 81% entre 1996 et 2011.


 

Un besoin en expertise technique
Selon le rapport de la Stratégie nationale du secteur de l’eau, 80% de postes sont à pourvoir dans les instances centrales de gestion de l’eau notamment au sein du ministère et des établissements régionaux. Problème: «Aujourd’hui, nous sommes démunis dans tous les postes, constate Adel Cortas. Il faut un travail de formation tant pour les dirigeants que pour les exécutants. Les universités ont leur part de responsabilités, il faut qu’il y ait une collaboration avec le secteur public». Solution: en 2008, le ministère de l’Energie a décidé de créer un centre régional d’information et de formation dans les métiers de l’eau pour la région de la Mena, un projet labellisé par l’Union pour la Méditerranée qui devrait ouvrir ses portes d’ici deux ans.


Assèchement des nappes phréatiques
Avec quelque 50 000 forages recensés sur le territoire libanais parmi lesquels 80% seraient illégaux (Banque mondiale) et seulement 647 publics, les nappes phréatiques font grise mine, surexploitées en faveur de l’irrigation. Selon Fadi Comair, «il y a quelques années dans la Békaa, on trouvait de l’eau à 20 mètres de profondeur, aujourd’hui, on la trouve à 150 m». «Cette surexploitation entraîne l’assèchement des rivières, provoque des problèmes d’érosion du sol et de salinité (effet corrosif), explique Roland Riachi. Le manque d’assainissement des eaux usées entraîne également la dégradation et la pollution de ces nappes dont l’eau est utilisée pour l’irrigation. Il faudrait mettre en place des surveillances de ces puits avec des quotas et créer des zones de protection».

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Éditorial
La guerre sans fin

La maladie chronique du Liban, celle des sempiternelles divisions, semble avoir contaminé l’ensemble de la planète. Les appels au rassemblement, lancés mercredi à partir de la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, ne cachent pas le fait que l’unité affichée contre le terrorisme n’est qu’une façade, un leurre. L’union sacrée face au monstre de l’Etat islamique est une chimère, et les discours solennels ou passionnés, des paroles en l’air. Au Liban, toutes les composantes du spectre politique affirment que la vacance à la première magistrature de l’Etat pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le pays en cette période de troubles sans précédent. Tous répètent, hypocritement, que l’élection d’un président de la République devrait être une priorité absolue. Mais chacun campe sur ses positions et continue les basses manœuvres pour engranger, ici ou là, de maigres dividendes, qui apparaissent, aujourd’hui, bien minces et ridicules tant les événements et les enjeux qui nous entourent sont graves. Aussi urgente soit-elle, la situation n’a pas provoqué un sursaut de conscience et n’a pas convaincu la classe politique d’abandonner ses mauvaises habitudes. Ce même spectacle se retrouve à l’échelle du monde. Tous les pays, ou presque, sont confrontés au danger du terrorisme «new wave», incarné par l’Etat islamique. Cette organisation commence à faire des émules un peu partout et des groupes, jusque-là inconnus, lui prêtent allégeance. C’est le cas des «soldats du califat», qui ont décapité, mercredi, le guide de montagne français, Hervé Gourdel, en Algérie. Avant lui, deux Américains et un Britannique sont passés sous le couteau des bourreaux du calife Ibrahim, et d’autres attendent, comme des bêtes dans un abattoir. Le drame n’a cependant pas commencé avec l’assassinat de ces Occidentaux. Depuis des années, Daech massacre à coups de voitures piégées les Irakiens et les Syriens. Et depuis juin, ce sont surtout les minorités religieuses et ethniques qui sont dans son viseur. On doit aussi à cette organisation obscurantiste la réémergence des marchés aux esclaves, où femmes et enfants sont vendus au plus offrant. La Russie non plus n’est pas à l’abri du terrorisme. L’EI a juré d’envahir le Caucase et menace Vladimir Poutine des pires gémonies dans son propre pays. Les conditions sont donc réunies pour que tous les pays du monde unissent leurs efforts afin de détruire cette forme de cancer, surtout que l’ennemi commun a été clairement identifié. Mais au lieu de conjuguer leurs efforts, les puissances, grandes et moyennes, se dirigent vers le champ de bataille en rangs dispersés. La Russie, la Chine, les Brics en général, ainsi que l’Iran, ont été exclus de la coalition internationale, qui regroupe par ailleurs des Etats dont le rôle dans l’apparition et le développement de Daech est des plus suspects. Un autre acteur essentiel de la région, la Turquie, traîne les pieds et se fait prier. Pourquoi? Les moyens utilisés pour combattre l’EI ne sont pas plus convaincants que la composition de la coalition. Les experts en questions militaires répètent, à qui veut bien l’entendre, qu’une guerre aérienne n’est pas en mesure de venir à bout de cette organisation. C’est au sol que le combat doit être mené. Barack Obama a commencé une guerre, ce qui est chose facile. Mais saura-t-il la terminer et, surtout, la gagner? Dans le format actuel, rien n’est moins sûr.


 Paul Khalifeh
   

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