Marcel Ghanem. Imité, jamais égalé

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    Marcel Ghanem. Imité, jamais égalé
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Il y a ceux qui naissent une cuiller en or en bouche et il y a ceux qui travaillent dur pour réussir. Marcel Ghanem appartient à cette deuxième catégorie, celle des personnes qui triment pour se faire une place au soleil.


Depuis 17 ans, roi indétrônable des talk-shows politiques, il est maintes fois imité jamais égalé. Mais quand les projecteurs s’éteignent et les caméras arrêtent de tourner, il redevient un homme simple, ouvert, désabusé, prêt à répondre aux questions les plus embarrassantes. Portrait de Marcel Ghanem.
Notre entrevue a lieu à l’hôtel Le Gabriel. Marcel Ghanem est visiblement un habitué des lieux et le personnel ne tarit pas d’éloges à son propos. Ils parlent tous de sa gentillesse et de sa générosité. L’arrivée de notre photographe le prend au dépourvu. Il déteste la chemise qu’il porte depuis ce matin. En homme habitué au direct, il trouve tout de suite une alternative et se rend dans le magasin d’habillement pour hommes, juste à côté de l’hôtel et reparaît aussitôt avec une chemise toute neuve. La séance photos achevée, Marcel Ghanem nous entraîne dans ses souvenirs d’enfance, où sa famille occupe une grande place. «Je n’ai pas eu une enfance faite de jeux et de loisirs. Aussi loin que je m’en souvienne, notre intérêt était porté sur les études et le travail», confie Marcel Ghanem.
Il vient d’une famille croyante, riche de valeurs traditionnelles et appartenant à la classe moyenne. «Une classe en voie de disparition, qui était pourtant la composante principale de la société libanaise» dit-il. Le souci majeur de ses parents était d’assurer une bonne éducation à leurs enfants. «Mon père a beaucoup travaillé dans ce but et ma mère, quoique pleine de tendresse, était très stricte et sévère lorsqu’il s’agissait de notre éducation», confie Ghanem. Il se souvient encore, qu’aussitôt rentré de l’école et le déjeuner à peine fini, il se mettait à étudier. «C’est tardivement que mes parents ont acheté une télé car ils avaient d’autres priorités», dit-il. Elève brillant, il était souvent dispensé des examens de fin d’année et a même sauté de classe. Les seuls moments de détente étaient les étés passés à Yahchouch, son village natal. «J’ai toujours dans les narines l’odeur de la terre et du thym, celles des vignes et des figues. C’étaient les plus belles années de ma vie», dit le journaliste. C’est avec beaucoup de nostalgie qu’il regarde en arrière et parle d’une époque où un cadeau récompensait un travail bien fait. «Ce n’était pas comme maintenant où les enfants ont tout et sont blasés». Pour Marcel Ghanem, c’est le travail qui permet à la personne d’arriver là où elle voudrait être. « Sans défis, la vie perd tout intérêt. Le vrai sens du bonheur réside dans chaque défi relevé et chaque succès réalisé. Je suis de ceux qui considèrent que le succès fait partie du bonheur et je pense avoir fait un cumul de petits bonheurs en obtenant ce que je voulais par moi-même ».      
Privé d’une orientation, il fait une année de biologie en vue de faire des études de médecine. «Dans ce pays, on vous met en tête que pour réussir il faut être médecin, avocat ou ingénieur. J’ai réalisé que je n’étais pas apte à continuer en médecine, je me suis alors tourné vers le Droit». Etudiant, il enseigne dans la journée l’arabe, l’histoire et la géographie dans une école officielle. «J’arrivais souvent fatigué à l’université où les cours étaient donnés dans l’après-midi et il m’arrivait de dormir en classe», se souvient Ghanem. Il est doté d’une forte mémoire visuelle qui l’a aidé à réussir sans avoir à trop étudier. «C’étaient des moments difficiles mais précieux et je me rends compte à présent que personne ne peut véritablement réussir s’il n’a pas vécu tout cela», dit-il l’air pensif. De cette période, où il n’avait pas de voiture, il se souvient encore des longues marches qu’il faisait sous la pluie le soir pour aller de l’autoroute de Jal el Dib à l’université et vice versa. Il débute son stage dans un bureau d’avocat et travaille en parallèle à Radio Liban Libre  (RLL). «J’ai travaillé à la radio en amateur et me faisais de l’argent de poche. C’était la guerre et nous vivions au jour le jour, sans aucune planification possible. Nous n’avions pas les moyens de voyager», confie Marcel Ghanem. Petit à petit, il gravit les échelons à la radio et, en 1991, il anime avec May Chidiac l’émission Kalam mas’oul. Mais la véritable consécration arrivera en 1995 lorsqu’il présente l’émission Kalam El Nass qui, depuis, est le talk-show politique numéro un au Liban. Pour le journaliste, le secret du succès de ce programme réside dans la préparation de l’émission et l’objectivité qu’il essaie de lui garder. «Il faut bien connaître ses dossiers. Je les travaille avec mon équipe et avec beaucoup de sérieux. A part les archives de la télé, je possède les miennes propres à la maison. Je respecte trop les invités et le public auquel je m’adresse pour leur présenter n’importe quoi», précise le journaliste. Pour lui, chaque apparition à la télé est une première fois. «J’ai encore le trac et j’ai toujours peur d’oublier quelque chose. C’est pour cela que je rédige tout. C’est une grande responsabilité», reconnaît-il. Mais ce que Ghanem ne dit pas, c’est qu’une partie du succès de Kalam El Nass tient à son charisme et à sa manière de mener les dialogues. Sa courtoisie, sa façon de croiser les bras, son rire et son ton parfois ironique sont devenus une sorte de marque déposée. Pourtant, il n’est jamais à l’abri des critiques. Certains prétendent qu’il faut payer pour paraître dans son émission. Des propos qui révoltent le chroniqueur. «Ceux qui disent du mal de cette émission sont ceux qui n’y sont pas reçus. Je suis objectif et je m’efforce de conserver la  neutralité du programme. D’ailleurs le pays est si petit qu’une information pareille serait aussitôt connue de tous. Même Pierre Daher ne se mêle pas et ne m’a jamais imposé un invité. Je lui demande son avis et je coordonne avec lui mais il n’intervient jamais dans mon émission. Pour cela je lui tire mon chapeau», dit-il.
Pour les avoir presque tous reçus dans son émission, Marcel Ghanem connaît de près toutes les personnalités politiques. Pourtant, il ne se fait plus d’illusions. «Aucun politicien ne m’impressionne. Ils tiennent le pays depuis si
longtemps et qu’en ont-ils fait? Tous les Libanais sont déçus et déprimés par cette situation», reconnaît-il. Beaucoup essaient de le cataloguer et de le situer dans un camp ou dans un autre. «Je ne suis avec personne. Je suis avec les constantes sur lesquelles tous les Libanais se retrouvent et lorsque quelqu’un met en doute mon patriotisme je peux devenir très agressif. Huit ans après le retrait syrien on tient toujours le même discours. Il faut de nouvelles idées. Nous avons besoin d’un choc pour nous réveiller. Je suis fatigué de cette situation», confie Ghanem. Réaliste, il reconnaît que les caméras et les projecteurs peuvent facilement donner la grosse tête. «C’est une ivresse que je vis tous les jours mais je remets tout de suite les pieds sur terre. C’est un métier très ingrat. Une fois que vous n’êtes plus sous les feux des projecteurs plus personne ne s’enquiert de vous, votre téléphone ne sonne même plus. A ceux qui sont ivres de cette lumière aujourd’hui, je leur dis faites attention, demain l’obscurité viendra» admet-il désabusé. Marcel Ghanem ne regarde pas la télévision et n’aime pas les mondanités. Il sort très peu et ne supporte pas les malls. Il répond aux invitations lorsqu’il se sent vraiment obligé. «D’ailleurs je rentre par la porte et je m’enfuis par la fenêtre», dit-il en souriant.
Il vient d’être contacté récemment par une maison d’édition pour écrire un livre portant sur son expérience. «Je ne voudrai pas que ce livre porte atteinte aux gens ou soit une forme de procès fait à la classe politique. Je vais faire un plan des thèmes qui pourraient être abordés». Un peu perdu dans ses pensées, il confie: «Quand on détient la force, il faut s’en servir car le jour où l’on faiblit, quelqu’un en profitera pour vous poignarder. Je n’ai pas su profiter de mes instants de force. On croit à une échelle de valeurs et un jour on réalise que, dans ce pays, chacun peut manipuler celle-ci à sa guise. Le plus grave c’est lorsque l’on commence à ressentir le poids des années qui passent, la concurrence… ». L’entretien tire à sa fin. Il est lui-même surpris de s’être laissé aller ainsi en toute spontanéité. «Vous avez réussi à me tirer des choses que je n’avais jamais racontées auparavant». Mais Marcel n’a pas dit son dernier mot. Il lui reste encore beaucoup à dire…

Joëlle Seif

 



Ce qu’il en pense
La technologie: «Kalam el Nass possède une page Facebook et un compte Twitter gérés par mon équipe. Je ne suis pas sur Facebook car je le considère comme une violation de ma vie privée par contre je gère personnellement mon compte Twitter. Il se peut toutefois que j’y renonce aussi».
Ses loisirs: «Je fais tous les jours deux heures de sport. Je lis beaucoup de livres de philosophie, des recueils de poèmes et des ouvrages portant sur les religions et la comparaison entre celles-ci. J’aime la musique, les chansons à texte, Edith Piaf, Georges Moustaki, Charles Aznavour et Feyrouz, une véritable icône. Je suis également un tout petit collectionneur de tableaux de peintres libanais».
Sa devise: «Quand on donne de tout son cœur, quelqu’un vous donnera de tout son cœur».

 

Marcel et les montres
Si certains s’intéressent a Kalam El Nass pour son contenu, d’autres veulent voir la montre que Marcel Ghanem porte. Sa collection fait couler beaucoup d’encre et des chiffres faramineux sont avancés. Certains même prétendent qu’il fait de la publicité pour les montres ou un troc. Ces propos le font sourire et il raconte comment face au scepticisme d’un ami, il appelle devant lui la boutique ou il achète ses montres et leur demande combien il leur doit encore. La réponse du commerçant dissipe le doute dans l’esprit de l’ami. «Je refuse que l’on m’offre mes costumes car je ne voudrais pas voir à la fin du générique la mention Marcel Ghanem est habillé par quelqu’un et vous voulez que je fasse un troc de montres? De toute façon celles-ci  ne me disent plus rien du tout. C’est une période qui est derrière moi. Ces choses-la nécessitent un grand budget et je les ai arrêtées, surtout dans un pays ou il n’y a aucune stabilité. Dorénavant j’ai d’autres priorités et je préfère m’occuper de problèmes humanitaires» dit-il.



 

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Éditorial
Sot dans l’inconnu

Il est toujours plus facile, lorsque l’on n’assume pas des responsabilités, et que, par conséquent, l’on n’a pas de comptes à rendre, de s’ériger en donneur de leçons. Il est plus aisé de se livrer à la surenchère quand on n’est pas aux commandes que lorsque l’on est appelé à prendre, tous les jours, des décisions qui engagent le destin d’un pays et qui influent sur l’avenir de millions de personnes. Il faut avoir ces réalités en tête en écoutant Mitt Romney disserter sur la politique étrangère des Etats-Unis et accuser son rival démocrate d’être mollasson. Face à la «passivité» du président sortant, le candidat républicain promet des solutions miracle, basées sur les muscles et les super-budgets militaires. Une bonne partie de son discours électoral est construite autour de la fausse accusation que Barack Obama a «laissé tomber» Israël, oubliant que l’aide militaire, le soutien financier et l’assistance technologique, fournis par l’actuel président à l’Etat hébreu, n’ont jamais été égalés par ses prédécesseurs. En fait, Mitt Romney reproche au locataire de la Maison-Blanche de résister aux pressions -qui frôlent les injonctions- de Benjamin Netanyahu, pour le pousser à couvrir et participer à une attaque préventive contre l’Iran. Accepterait-il, s’il siégeait au Bureau ovale, de s’engager dans une guerre dont les objectifs et les conséquences ne serviraient pas nécessairement les intérêts des Etats-Unis? Mitt Romney plaide donc pour un alignement total de la politique étrangère américaine sur celle d’Israël, même au détriment des intérêts nationaux des Etats-Unis. Un phénomène mis en évidence dès 2006 par les chercheurs John Mearsheimer et Stephen Walt, dans leur remarquable ouvrage sur l’influence du lobby israélien dans les orientations de la politique étrangère américaine. Un travail qui leur a coûté leur emploi, il faut le rappeler. Mitt Romney n’est pas en reste sur le dossier du processus de paix au Proche-Orient. Il affiche un mépris absolu pour les Palestiniens, avec qui la paix «est impensable», peut-on l’entendre dire dans une vidéo filmée à son insu. En d’autres termes, Israël n’a pas l’obligation de rendre les terres qu’il a volées et la situation de conflit et de guerre avec les Palestiniens est appelée à durer ad vitam æternam.    Mitt Romney a exploité à fond l’attaque du consulat américain de Benghazi, au cours de laquelle l’ambassadeur Christopher Stevens a été tué. Il estime que «les attaques contre l’Amérique, le mois dernier, ne doivent pas être prises pour des actes isolés. Elles illustrent la lutte plus large qui traverse tout le Moyen-Orient, une région qui vit son bouleversement le plus profond depuis un siècle.» Le camp républicain a dénoncé la réaction de l’Administration Obama après l’attaque de Benghazi, et le fait d’avoir attendu plusieurs jours avant de la qualifier de «terroriste» et de sous-estimer les menaces anti-américaines. Ces propos sont destinés à la consommation interne car ils n’apportent aucune idée constructive et nouvelle. Pas plus d’ailleurs que ses critiques contre ce qu’il appelle la stratégie d’«espoir» de Barack Obama. Là, le candidat républicain se fend d’une esquisse de stratégie: «Nous ne pouvons pas aider nos amis et battre nos ennemis si nos paroles ne sont pas appuyées par des actes et si la perception de notre stratégie n’est pas celle d’un partenariat mais celle d’une passivité». Traduit en realpolitik, cela ne veut absolument rien dire. Partenariat avec qui? Contre qui? Comment? S’il est élu président, Mitt Romney promet de renforcer les sanctions contre l’Iran pour l’empêcher de développer des capacités nucléaires militaires. Il subordonnerait l’aide financière à l’Egypte au respect du traité de paix avec Israël, augmenterait le budget américain de la Défense. Et, cerise sur le gâteau, il fournirait des armes aux rebelles syriens. Sur ce dernier point, l’actuelle Administration l’a devancé. Car les livraisons d’armes via l’Arabie saoudite et le Qatar –en plus de tous les autres pays qui ne l’ont pas reconnu officiellement- n’auraient jamais pu se faire sans le feu vert des Américains. Concernant l’augmentation du budget militaire, Mitt Romney ne semble pas connaître les chiffres des déficits américains. Sauf s’il compte sur les bons du trésor achetés par la Chine pour financer la dette américaine. Sur l’Iran, l’actuelle Administration a développé le régime des «sanctions intelligentes», douloureuses et efficaces, et qui commencent à donner leur fruit. Mais il n’est pas sûr qu’elles feront plier Téhéran. C’est d’ailleurs fortement improbable.    
Mitt Romney est à cours d’idées. Son discours veut se donner des semblants d’une force qui n’est qu’illusoire, car avec des muscles ramollis et des caisses vides, il ne peut plus mener le monde avec le bâton et la carotte.


 Paul Khalifeh
   

Santé

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