Seiichi Otsuka. Le Japon… si loin mais si proche
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Nº 2912 du vendredi 30 août 2013

Seiichi Otsuka. Le Japon… si loin mais si proche

 
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    Seiichi Otsuka. Le Japon… si loin mais si proche
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Il vient d’un pays lointain et d’une autre civilisation, pourtant le monde arabe, et en particulier le Liban, ne lui est pas étranger. Il y était déjà venu en 1977 pour étudier l’arabe. Trente-cinq ans plus tard, toujours aussi séduit par l’ouverture d’esprit des Libanais et des souvenirs que sa mémoire a embellis, il y représente le Japon. Portrait de l’ambassadeur Seiichi Otsuka.
 

C’est dans sa magnifique résidence à Baabda que Seiichi Otsuka nous reçoit autour d’une tasse de thé accompagnée du rituel japonais. Son épouse a préparé, à l’occasion de notre visite, quelques arrangements d’Ikebana savamment exécutés et disposés au salon. Entre la beauté des lieux et la chaleur de l’accueil, notre cœur balance. Dès l’entrée, nous sommes frappés par le patio, conçu selon la tradition japonaise, et les eaux bleues de la piscine qui se profile à l’extérieur entourée d’un rideau de pins. Bien qu’il se débrouille parfaitement en arabe, l’ambassadeur se sent plus à l’aise en anglais. C’est à l’université de Tokyo qu’il étudie l’histoire moderne et contemporaine de l’Europe. Avant sa graduation, il présente l’examen d’entrée au ministère des Affaires étrangères. «Tous les diplomates stagiaires devaient apprendre une ou deux langues étrangères. J’ai choisi l’arabe», dit Seiichi Otsuka. Il a 23 ans lorsqu’il est affilié au Liban, au Middle East Centre for Arab studies de Chemlane. «Je tenais absolument à étudier l’arabe à Beyrouth et non au Caire. La capitale égyptienne est une ville très dense, surpeuplée, alors que Beyrouth était la Suisse de l’Orient. Avant d’entamer mes études, je suis resté trois mois à Damas en attendant l’ouverture de l’institut au Liban plutôt que de me rendre au Caire. Mais, hélas, après 14 mois passés au Liban, les événements ont interrompu mes études 
et je fus assigné au Caire», se souvient notre hôte.
 

Beyrouth au charme éternel
Depuis 35 ans, alors qu’il a vécu au Liban de septembre 1977 jusqu’à novembre 1978, Seiichi Otsuka est séduit par le charme de Beyrouth. Les eaux turquoise de la Méditerranée, les hôtels de luxe, l’ouverture d’esprit des Libanais, toute cette atmosphère contribue à rendre heureux le jeune diplomate. «En comparaison, Damas était déprimante et n’offrait rien aux touristes alors qu’au Liban, il y avait une telle variété de restaurants, y compris un restaurant japonais». Il se souvient encore des espaces verts, des vergers qui bordaient la côte. «En descendant le chemin de Masnaa, puis la route de Damas, on voyait déjà des champs verts et la mer au loin». Malgré la guerre, il profite de son séjour pour faire du tourisme, du sport et rencontrer de nouvelles personnes. «Je me réjouissais des magnifiques paysages. Beyrouth n’était pas aussi peuplé que maintenant. L’harmonie entre la nature et la vie des gens était fantastique. Le contraste aigu entre les sommets blancs des montagnes recouverts de neige et la couleur bleue des eaux de la Méditerranée est un paysage que je ne peux pas oublier».
Aujourd’hui, alors qu’il reconnaît que sa mémoire a probablement embelli les souvenirs gardés du Liban, il constate que les choses ont changé et qu’il est difficile de faire une comparaison entre la situation actuelle et celle d’il y a 35 ans. «Ce qui m’a le plus frappé lorsque je suis arrivé, c’est l’extension de la zone urbaine et la concentration de la population dans la ville. Les gens paraissent mener une vie aisée. Les standards ont évolué. On note plus de luxe dans les voitures, dans les habits, dans les produits des supermarchés, ainsi qu’une profusion de malls. Jadis, il était difficile de trouver des produits importés, que l’on trouve maintenant partout. Pourtant, certains endroits n’ont pas changé tels que le Casino du Liban, Byblos, le campus de l’AUB». Le diplomate relève, par ailleurs, que beaucoup de personnes parlent l’arabe, plutôt que les langues étrangères en raison de la facilité de l’accès au savoir et à l’information en langue arabe. «Les médias arabes sont très développés et accessibles. Les gens sont encore plus ouverts d’esprit et communicatifs avec les étrangers. Certains Libanais sont très sociables, cosmopolites et s’adaptent aisément aux cultures étrangères».  
C’est la situation préoccupante au Moyen-Orient, dans les années 70, qui éveille l’intérêt de Seiichi Otsuka à la diplomatie. Il se souvient clairement, qu’en octobre 1973, le Japon a souffert de l’embargo sur le pétrole à la suite des mesures prises par l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Psychologiquement, dit-il, les Japonais ont été choqués. Les gens ont couru aux supermarchés acheter les produits dérivés du pétrole, alors que les prix flambaient au cours de l’année, atteignant quatre fois le prix initial. «La population japonaise était préoccupée par la question palestinienne et elle a commencé à apprendre les noms des pays arabes et des dirigeants tels que Yasser Arafat. L’OLP (Organisation de la libération de la Palestine) est devenue célèbre au Japon qui a reconnu le droit des Palestiniens au retour. Le gouvernement japonais a exprimé sa sympathie et son soutien à la population palestinienne, ce qui a eu un impact sur sa relation avec les Etats-Unis. La politique étrangère japonaise, très conversée, n’était pas jugée amicale envers les Arabes. L’aile gauche extrémiste de l’Armée rouge japonaise détournait fréquemment des avions pour appeler
à soutenir les Palestiniens. Tous ces événements ont attiré l’attention sur la cause palestinienne. J’ai estimé que le Moyen-Orient serait une région essentielle à l’avenir pour la prospérité du Japon et qu’on pourrait faire beaucoup de choses dans ce domaine», confie l’ambassadeur. Après son adhésion au ministère des Affaires étrangères en 1976, Seiichi Otsuka passe plus de 22 ans au Japon, à l’exception d’un stage de trois ans effectué au début des années 90 auprès de l’ambassade du Japon au Caire. Depuis 1998, il a effectué plusieurs missions à l’étranger, notamment en Afrique du Sud, en Arabie saoudite, en Belgique et au Canada où il occupa le poste de consul général à Vancouver.
Le plus grand challenge de sa vie a été l’éducation de sa fille qui, dès l’âge de 13 ans, fut obligée d’apprendre les langues étrangères. «Ma fille a été élevée à Londres où elle a vécu pendant six ans loin de nous, d’abord dans un pensionnat puis au campus de l’université». Durant son séjour à Pretoria, en Afrique du Sud, il s’est acheté un chien, un Welsh Corgi, qui l’a accompagné dans tous ses voyages. «Aujourd’hui, dit-il, mon chien est vieux et il lui est difficile de s’adapter à de nouvelles conditions. Il a 14 ans et vit à Tokyo avec ma fille, alors que je suis ici en compagnie de mon épouse. Voyager avec un chien requiert des formalités de quarantaine spécifiques à chaque pays».
C’est avec une grande satisfaction que Seiichi Otsuka relève que beaucoup de Libanais sont devenus familiers de la culture traditionnelle japonaise, telle que l’ikebana, l’origami, les cérémonies de thé, le port du kimono, les instruments musicaux, l’architecture, la cuisine, le sushi en particulier. «Je souhaite très fort que les gens considèrent le Japon comme un ami proche. Dans la mesure de mes moyens, j’aimerais aider ces associations à promouvoir encore plus leurs activités», confie le diplomate.
Notre visite à la résidence de l’ambassadeur du Japon ne peut pas s’achever sans que nous ayons accroché nos souhaits sur les feuilles de l’arbre à vœux.
Selon la légende, une déesse tisserande, Orihime, quitte le monde céleste pour épouser son amant, Hikobushi, un mortel. Furieux, les parents de la déesse décident de ramener leur fille chez eux et de séparer les deux mondes par une rivière infranchissable: la Voie lactée. Mais devant les larmes intarissables d’Orihime, d’Hikobushi et de leurs deux enfants, les dieux leur accordent la faveur de pouvoir se retrouver une fois l’an, la septième nuit du septième mois. Selon cette tradition, née de cette belle histoire d’amour, le 7 juillet ou le 7 août, selon le calendrier lunisolaire, chacun écrit ses souhaits qui seront accrochés sur les feuilles de l’arbre en bambou. La légende veut que les amants, qui ne peuvent se retrouver qu’une fois l’an, verront ces vœux exaucés…

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

Ce qu’il en pense
Social Networking: «Cela ne m’intéresse pas du tout quoique cela puisse être utile. Passer du temps derrière un ordinateur m’épuise».
Ses loisirs: «J’aime beaucoup jouer au golf, un sport que je pratiquais régulièrement, mais je ne le fais plus depuis que je suis au Liban. Actuellement, je passe mon temps libre à lire, regarder des films et écouter de la musique».
Sa devise: «On gravit l’escalier marche après marche. Fortune and misfortune are two buckets in a well».

Les échanges commerciaux
Le Japon exporte au Liban essentiellement des voitures, des machines électroniques et des produits industriels. Le Liban, quant à lui, exporte des ornements en métal, des accessoires et des produits agricoles. «Les échanges personnels entre les deux pays sont faibles actuellement en comparaison des années 60-70 où plus de 1 500 Japonais résidaient au Liban. Il existait également, durant ces années, des compagnies 
commerciales, des hommes d’affaires et des journalistes. Beyrouth était le centre commercial et touristique de la région. On compte aujourd’hui certaines entreprises commerciales en partenariat entre Libanais et Japonais dans le Golfe».      

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Éditorial
Mauvais remake

Si certains se réjouissent des intentions guerrières de l’Occident en Syrie, d’autres, au contraire, en sont consternés. Ce n’est pas qu’ils soient fans du régime syrien ou inquiets de l’avenir de Bachar el-Assad. De toute façon, Washington et ses alliés ont fixé les contours de la frappe avant même qu’elle ne se produise: elle sera «brève et limitée», elle n’aura pas pour objectif de renverser le président syrien mais seulement de le «punir» d’avoir utilisé des armes chimiques. Tout le monde y trouvera son compte. Cette tristesse, mêlée à une profonde déception, vient du fait que l’Occident affiche, une fois de plus, une hypocrisie sans borne, foulant du pied ce qui lui reste comme principes humains, qu’il a lui-même érigés en valeurs universelles. D’ailleurs, l’opinion publique dans les pays occidentaux ne semble pas dupe, puisqu’une majorité affirme être opposée à une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Encore une fois, ce n’est pas que les gens ont de la sympathie pour le régime syrien, mais c’est que les arguments, un peu trop hâtivement avancés pour justifier une nouvelle aventure guerrière aux conséquences inconnues, ne sont pas assez convaincants. Les centaines de victimes de la présumée attaque chimique de la Ghouta sont-elles les morts de trop, ceux qui ont donné un coup de fouet à la conscience des grands de ce monde? Les 100000 morts, tombés depuis le début du conflit, n’étaient-ils pas suffisants pour réveiller cette conscience? 100500 semble être le chiffre magique, celui qu’il ne faut pas atteindre ou dépasser, au risque de se voir puni par la très respectable communauté internationale. L’autre prétexte, celui de la «ligne rouge» qu’il ne fallait pas franchir, frôle le ridicule. L’utilisation des armes chimiques est donc prohibée et celui qui oserait violer cet interdit en payera le prix. On peut comprendre, par conséquent, que ce n’est pas l’acte en soi de tuer, d’exterminer, d’annihiler, d’écraser, de découper en morceaux, qui est répréhensible, mais l’outil utilisé pour le commettre. Les avions et les tanks du régime ou les machettes des takfiristes ne semblent pas constituer une transgression de la fameuse ligne rouge. Du moment que les gaz toxiques ne sont pas utilisés, les massacres peuvent continuer en toute tranquillité… et impunité. Poursuivons la réflexion. Cette affaire nous pousse à nous demander si ce n’est pas l’identité des victimes qui réveillerait la conscience du «monde civilisé». Cette remarque est légitime, car il semble que cette conscience reste endormie, comme anesthésiée, lorsque 200 paysans se font massacrer dans la «montagne alaouite» de Lattaquié, que 150 civils pro-régime et militaires sont exécutés froidement à Khan al-Assal et que des dizaines de chrétiens sont passés par les armes à Marmarita et Hawash, dans la région de Homs; pour ne citer que les tueries perpétrées en juillet et août. Mais quand des civils pro-rebelles sont tués, le monde s’émeut et crie vengeance. Il y a enfin une dernière possibilité. Ce ne serait pas l’identité des victimes, mais plutôt celle des tueurs présumés qui servirait d’alarme pour réveiller la conscience internationale. Quand les crimes sont imputés au régime, le monde se révolte, condamne, dénonce et veut jouer le rôle de gendarme et de justicier. Cependant, tous deviennent sourds, aveugles et introuvables, quand les massacres sont l’œuvre des rebelles. Plus affolant encore est le manque d’imagination des décideurs américains. Car c’est exactement le même scénario utilisé en 2003 pour justifier l’invasion de l’Irak qui est reproduit dans le cas syrien. Mais le remake est de moindre qualité que l’original, car le réalisateur, Barack Obama, a été formé sur le tas.


 Paul Khalifeh
   

Santé

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