Petit piment d’Alain Mabanckou. Leçon de rébellion africaine
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Nº 3053 du vendredi 13 mai 2016

Petit piment d’Alain Mabanckou. Leçon de rébellion africaine

 
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    Petit piment d’Alain Mabanckou. Leçon de rébellion africaine
    S’il a la littérature heureuse et les images foisonnantes, les romans d’Alain Mabanckou n’en sont pas moins poignants, durs, voire intolérables. Dans son Petit piment (chez Seuil), «envoûté et envoûtant»,...
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S’il a la littérature heureuse et les images foisonnantes, les romans d’Alain Mabanckou n’en sont pas moins poignants, durs, voire intolérables. Dans son Petit piment (chez Seuil), «envoûté et envoûtant», il raconte l’Afrique des extrêmes, des gangs de rue, de la dictature et des prostituées désespérées.

Avec son look unique, un couvre-chef et des lunettes rondes colorées qui tranchent sur le noir de sa peau, il traverse les continents avec sa plume de conteur, déchirée et poétique. Il raconte son Afrique comme personne et «transforme sa nostalgie en un chant de bonheur».
Au Festival Frye, festival littéraire des Maritimes, où il a été invité à la séance inaugurale, l’écrivain franco-congolais a le verbe facile et la verve abondante. Il faut dire que c’est un pro des conférences, puisqu’il est le premier écrivain à discourir au Collège de France, fonction hautement prestigieuse réservée à des experts et des sommités spécialisées. C’est donc avec l’éloquence d’un orateur et la plume d’un écrivain plusieurs fois récompensé de prix prestigieux (Renaudot, Cinq continents, Grand prix de littérature de l’Académie française) que ce juriste de formation a entamé, depuis le 17 mars, un cycle d’enseignement à Paris sur le thème Lettres noires: des ténèbres à la lumière, qui traite de la littérature africaine francophone qu’il défend. Magazine l’a rencontré.

Pourquoi ce titre à votre rencontre-conférence, à Moncton: La littérature est un champ d’oiseau migratoire?
Parce que le monde est devenu ma maison et que j’y vais à la rencontre d’autres cultures. Je suis partout chez moi. Le monde est un village planétaire et j’y ai construit une petite cabane mobile que je pousse.

L’émigration influence-t-elle votre écriture?
Le franchissement des frontières m’enrichit. Je prête mieux attention au bruit et à la fureur du monde. Une fois que je m’en suis éloigné, j’ai posé un autre regard sur mon pays. Mes personnages étaient cloîtrés. L’émigration a fait sortir cette inquiétude. L’écriture devient un enracinement, un appel dans la nuit et une nouvelle oreille tournée vers l’horizon.

Vous êtes africain, écrivez en français et vivez en Californie. Comment vous définissez-vous?
Ma culture est traversée par trois continents. Mon cordon ombilical me relie au Congo Brazzaville; la France, qui était un rêve, a été ma terre d’adoption, et les Etats-Unis sont le lieu d’où je regarde mon enfance. Les trois sont soudés; j’oublie même où je me couche et où j’écris.

Qu’apporte votre pays d’origine à votre écriture?
Je suis né à Pointe Noire. C’est là que j’ai déposé un mot à chaque réalité.  Quand on se déplace, on est inquiet de perdre tout ça. On veut le ramener pour dire: voilà ce qui est et que vous ne voyez pas… le marché, la mer, la ville…

L’éloignement, la peur et l’inquiétude ont-ils provoqué le cheminement de votre carrière?
J’écrivais déjà au Congo. On avait cette culture occidentale par le biais de la littérature française. J’ai étudié dans les livres de Lagarde et Michard. Nous pensions que nos ancêtres étaient des Gaulois. Un peu plus noirs, mais gaulois. C’est avec ces lectures que je suis arrivé en France.

Mais l’oiseau migratoire dont vous parlez a vécu plus longtemps en dehors qu’au Congo…
Il faut avoir la nostalgie d’un endroit pour écrire. Etre quelque part où il y a un manque qui donne envie de créer. Le Congo n’est pas un pays tranquille.  Depuis mon départ, il y a eu deux guerres. Le même président depuis trente-deux ans. Je n’y suis pas le bienvenu, parce que je suis le seul écrivain à parler de ça. La dictature a fermé les boulons. Je symbolise celui qui dit «non» à cette dictature. L’économie est par terre, aucune bibliothèque n’est ouverte par le gouvernement, les étudiants sont sous la pluie dans les salles d’université, la corruption est partout. Il y a une justice qu’il faut faire. Notre rôle d’écrivains c’est de montrer cela du doigt. La France n’a pris aucune position face à ces dictateurs. Ma parole arrive à la jeunesse congolaise.

Et la poésie?
C’est le langage le plus direct quand on est confronté à une situation dure.  Pour crier, elle est le chemin le plus court. C’est un peu le 100 m pour un marathonien. Tout dire en neuf secondes.

Votre dernier roman, Petit piment, raconte des histoires terribles d’enfants livrés à eux-mêmes. Est-ce que tout est puisé dans la réalité?
C’est de la réalité que nous allons vers la fiction. Dans la fiction, je mets en scène les choses. Il y a tellement de problèmes en Afrique, c’est difficile d’être dans la fiction. Il y a toujours le poids de ce qui est réel et, quelques fois, de ma propre existence. C’est le mentir-vrai.  

Que pensez-vous de votre nomination au Collège de France?
J’ai connu deux moments forts: l’entrée de Dany Laferrière à l’Académie française et la mienne au Collège de France. L’Académie française a compris le sens de l’Histoire. Au début, je n’ai pas mesuré l’importance du Collège de France. Ce n’est pas seulement un discours, il s’agit de parler, pendant une heure, de la littérature africaine, devant 800 personnes, et répondre à leurs questions. C’est un moment solennel. La France avait besoin d’un dialogue sur le colonialisme, sur les questions d’identité, voir comment les deux littératures française et africaine se croisent. Comment décrire une réalité dans laquelle l’image vient de mes langues africaines? C’est d’ailleurs ce que je vais aborder dans mon prochain livre à paraître en automne: Le monde est mon langage.

Propos recueillis par Gisèle Kayata Eid
 

Livre
Ma sœur citoyenne de Renée Rizk
Renée Rizk a présenté Ma sœur citoyenne, un livre composé d’extraits d’émissions diffusées à la radio Voix du Liban durant la guerre libanaise (1975-1976), s’adressant à la femme libanaise, qu’elle soit mère, épouse, fille, sœur ou femme active, en affirmation de sa participation à la responsabilité nationale et la préservation des valeurs humaines. La cérémonie a eu lieu à l’hôtel Le Gabriel - Achrafié, en présence d’une assistance culturelle et sociale.
«Comme je suis heureuse, après quatre décennies, que nous nous souvenions et rappelions les sacrifices de la femme libanaise qui a contribué à la sauvegarde de la Patrie et eu un rôle actif dans l’affrontement du défi historique du Liban civilisé, reposant sur le pluralisme, le respect du droit à la différence et l’égalité des hommes», déclare Renée Rizk.
Selon Mona Khawli, directrice exécutive de la Fédération nationale de l’Association des Jeunes femmes chrétiennes (YWCA), le message du livre «nous parvient à travers les ondes défiant les frontières et les francs-tireurs (…)».

Gisèle Kayata Eid, Moncton (Canada)

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Éditorial
La gloire du vaincu

Il y a parfois, dans l’histoire, des batailles qui couvrent le vaincu de gloire et le vainqueur de honte. C’est exactement ce qui s’est passé lors des municipales de Beyrouth. Cette consultation populaire s’est terminée par l’élection de tous les membres de la liste parrainée par Saad Hariri, et supposée être soutenue par la quasi-totalité des partis politiques traditionnels, et la chute de tous les membres de Beirut Madinati, appuyée par l’omniprésente mais insaisissable société civile. Pourtant, cette victoire a, pour l’ancien Premier ministre, le goût amer de la déception, et dégage pour les vaincus un doux mélange de fierté et d’espoir.La réflexion autour des événements de ce dimanche 8 mai, à Beyrouth, permet de dégager un certain nombre d’observations qui devraient servir d’enseignements pour les prochaines échéances. Le premier constat est que le changement est possible par la voie des urnes, en dépit des obstacles, des blocages et autres verrous installés par la caste dirigeante depuis des décennies pour empêcher non seulement une véritable alternance du pouvoir mais aussi tout partage.Cependant, le changement ne vient pas tout seul. Il a besoin de femmes et d’hommes prêts à s’investir concrètement et disposés à consentir quelques petits sacrifices, qui apparaîtront bien dérisoires devant les immenses bénéfices qu’ils pourront en tirer. Malgré cela, un grand nombre de personnes sont restées passives, par désillusion, par paresse ou par bêtise.L’engouement provoqué par le phénomène Beirut Madinati a touché divers milieux politiques, sociaux et professionnels. Certains ont retroussé les manches, en apportant une petite contribution à cette aventure. Mais d’autres n’ont pas jugé bon de changer leurs vilaines habitudes. Du haut de leurs tours d’ivoire ou dans leurs salons feutrés, d’où ils promènent un regard condescendant sur tout ce (et ceux) qui les entourent, ils se sont réjouis d’avoir trouvé, enfin, un nouveau sujet de commérage. On échangeait des anecdotes sur tel membre de la liste, on racontait des blagues sur le père de tel autre, parfois on ironisait sur les motivations d’Untel, ou on se moquait des ambitions d’un autre. Ce ramassis de cyniques répand en ville un sentiment d’aigreur et une culture du défaitisme qui étouffent toute initiative susceptible de bouleverser l’ordre ambiant. Ces gens-là ne doivent plus être écoutés lorsqu’ils se plaignent de leurs conditions ou quand ils prétendent donner aux autres des leçons de civisme, de patriotisme ou de citoyenneté. L’occasion leur était offerte de changer - aussi bien leur mentalité que la situation ambiante - mais ils ont été incapables de la saisir, par ignorance, par arrogance, par fainéantise, ou les trois en même temps!L’autre constat que l’on peut établir est d’ordre politique. Les alliances qui ont rythmé la vie publique, ces dix dernières années, n’existent pratiquement plus, il n’en reste que des débris, de vagues réminiscences. Certes, les «Partis» se sont coalisés pour verrouiller le système, grâce auquel ils perpétuent leur hégémonie sur le pays pour mieux piller ses ressources. Mais ils se tendent des pièges, se poignardent dans le dos, se dénigrent mutuellement. Ce paysage recomposé aura certainement des répercussions lors des prochaines élections législatives qui ne peuvent plus être reportées sous aucun prétexte.Autre observation, découlant de ce même constat, les «Partis» ne sont parvenus à mobiliser que 10% de l’électorat de Beyrouth - les 10% restants ayant voté pour les autres listes -, ce qui porte un coup fatal à leur représentativité réelle dans la société. Cette élection peut sonner le glas de la domination des partis traditionnels sur la vie politique. 80% des habitants de la capitale, inscrits sur les listes électorales, sont, théoriquement, libérés de l’emprise des «Partis» et sont prêts à écouter et à adhérer à d’autres discours.Il y a une place à prendre avec une magnifique vue sur l’avenir. Y a-t-il des preneurs? 



 Paul Khalifeh
   

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