Moscou annexe la Crimée. L’Ukraine sur la voie du démembrement
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Nº 2941 du vendredi 21 mars 2014

Moscou annexe la Crimée. L’Ukraine sur la voie du démembrement

 
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Au lendemain du référendum en Crimée, rejeté par l’Occident, et alors que la Russie se prépare à faire face à des sanctions, le Kremlin se tourne déjà vers l’Ukraine et envisage la création d’une «fédération ukrainienne».
 

La Russie récupère la Crimée cédée à l’Ukraine pour des raisons purement administratives en 1954. Reste que cette annexion, justifiée par un référendum rejeté par l’Ukraine et l’Occident, ne constitue qu’un ballon d’essai pour le maître du Kremlin, qui doit maintenant conforter son avantage en établissant son contrôle sur l’est et le sud de l’Ukraine. Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères russe a appelé Kiev à convoquer une Assemblée constituante afin de transformer l’Ukraine en une fédération constituée d’entités jouissant d’une large autonomie.
Dimanche 16 mars, les habitants de la Crimée se sont prononcés en masse pour le rattachement de la presqu’île à la Fédération de Russie. Selon Mikhaïl Malychev, président de la commission électorale, qui s’est félicité du fort taux de participation (64%), 96,6% des votants ont exprimé leur volonté de rejoindre la Russie.
Au lendemain du vote, les autorités de Simferopol, qui ont fait le voyage à Moscou, ont fait savoir qu’elles allaient demander «l’admission de la Crimée comme nouveau sujet de la Russie avec le statut d’une République».

 

La Russie isolée
C’est la première fois depuis la fin de la guerre froide que la Russie se retrouve aussi isolée. La crise ukrainienne a mis un point final au «reset» initialisé par le président Dmitri Medvedev, déjà mis à mal par les lois de Poutine qui avaient provoqué le refus des leaders occidentaux de participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi, le 7 février dernier.
La communauté internationale a critiqué sévèrement le référendum et a fait savoir qu’elle ne le reconnaissait pas, et a menacé la Russie de sanctions. Dès les premiers résultats connus, Barack Obama a appelé Vladimir Poutine pour lui dire que «ce référendum est illégitime, contraire au droit international, aux statuts de l’organisation des Nations unies et viole la Constitution de l’Ukraine. Le président russe a répliqué en faisant valoir le précédent kosovar et le droit des peuples à l’autodétermination. Même réaction chez les autres responsables politiques occidentaux. «Il faut envoyer un message aussi fort que possible tout en prenant soin d’éviter l’escalade», a déclaré Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne. Enfin mardi matin, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a menacé la Russie de rompre le contrat d’armement «Mistral». Seuls deux pays ont apporté leur soutien à
la Russie: la Corée du Nord et la Syrie. Lors du vote de la résolution du Conseil de sécurité sur la Crimée, la Chine, pourtant fidèle alliée de la Russie, s’est abstenue. Il faut dire que les Chinois, qui ont des problèmes de minorités, n’encouragent jamais les tendances séparatistes. Quant aux pays de la CEI, ils se sont cantonnés dans un silence prudent et le président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a déclaré après Maïdan qu’il avait l’intention de continuer d’entretenir de bonnes relations avec l’Ukraine.
Lundi, joignant le geste à la parole, Américains et Occidentaux ont publié des listes de hauts fonctionnaires et de membres du gouvernement dont les avoirs à l’étranger seront bloqués au nombre desquels on trouve de très hauts responsables. Cette nouvelle n’a pas troublé le Kremlin. «Nous sommes reconnaissants aux Occidentaux de s’être occupés de ceux qui n’ont pas encore fermé leurs
comptes à l’étranger», a plaisanté Dimitri Peskov, conseiller de presse de Vladimir Poutine. Cette réaction n’est pas vraiment surprenante. La récupération de la Crimée a fortement fait remonter la popularité de Poutine qui atteint plus de 60% d’avis favorables, selon l’institut de sondage Levada. Et les sanctions, qui ne touchent ni le président ni le Premier ministre, jouent en faveur de Poutine, qui apparaît aux yeux de nombreux citoyens comme le défenseur des Russes humiliés par les autres nationalités et comme le rassembleur des terres russes.
C’est ce tournant de la diplomatie de Moscou, qui a commencé lors du troisième mandat de Vladimir Poutine, qui explique la suite de malentendus entre Moscou et Washington. Les Américains dont la diplomatie est de plus en plus basée sur des considérations mercantiles, à savoir l’ouverture de nouveaux marchés, n’ont pas pris au sérieux les déclarations de Poutine affirmant haut et fort que «la fin de l’Union soviétique avait été une catastrophe pour la Russie». Dans ce contexte, la volonté de Kiev de signer un traité d’association avec l’Europe était inacceptable, car dans l’esprit de Poutine elle menaçait les intérêts géostratégiques de la Russie. Profitant de la confusion régnant à Maïdan et de la présence parmi les nouveaux responsables ukrainiens d’éléments franchement antirusses et parfois fascistes, et également de la passivité des Occidentaux qui n’ont pas envie de faire la guerre pour sauver l’unité territoriale de l’Ukraine,  Poutine s’est appuyé sur la population russe de Crimée et a initialisé ce référendum qui n’est autre qu’un premier pas vers le démembrement de l’Ukraine.

Nathalie Ouvaroff

La Tauride de l’Antiquité
La Crimée, qui correspond à la Tauride de l’Antiquité, est une péninsule de 27 160 
kilomètres carrés, située au sud de la Russie. Elle est peuplée principalement de Russes, mais y on trouve également des Ukrainiens et des Tatars. Elle appartenait à l’Empire 
ottoman avant d’être conquise pendant la guerre russo-turque de 1787-1792 par l’armée russe, conduite par le prince Grigori Potemkine, amant de l’impératrice. Pendant la période soviétique, la Crimée devient une République socialiste autonome puis un «oblast», qui fait partie de la République fédérative de Russie.
En 1954, elle est cédée à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev pour des raisons purement administratives.
En 1991, elle devient une République autonome au sein de l’Ukraine, mais Kiev ne respectera jamais ce statut.

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Éditorial
S.O.S. Liban!

Chaque jour apporte son lot d’explosifs, de morts, de blessés et de dégâts que provoquent les véhicules de la mort. Les Libanais vivent dans l’angoisse de ce qui les attend. Les services de renseignements et les forces de sécurité s’acharnent à intercepter les terroristes avant qu’ils n’agissent. Ils réussissent, parfois, et en paient le prix. L’armée est devenue la cible privilégiée des criminels. Ce fléau qui frappe le Liban ne peut être éradiqué que par une politique, dans le sens le plus juste du mot, menée par des hommes conscients de la responsabilité qui leur incombe, celle d’assurer la sécurité et le bien-être des citoyens. Nous en sommes très loin. A Tripoli, devenue ville fantôme, les combats meurtriers se poursuivent. Les écoles ferment leurs portes, les commerces baissent leurs rideaux et les gens du Nord vivent au rythme des agressions contre Ersal. A cela se greffe la chute de Yabroud, une «victoire» que célèbre bruyamment le Hezbollah ignorant le flux de nouveaux réfugiés qui traversent la frontière gonflant le nombre de ceux qui, désormais, sont sur place avec peu d’espoir de rentrer chez eux, du moins à court terme. On estime, sans crainte d’exagérer, que Syriens et Palestiniens confondus constituent non moins du tiers de la population libanaise encore résidante dans le pays. Arrivés sans ressources, dans leur grande majorité, ils sont accueillis, presque, à bras ouverts, mais sans aucun plan social et surtout sans contrôle. Leur présence, quel que soit le devoir humanitaire qui dicte l’aide qui leur est apportée, pèse lourd dans un pays où l’Etat peine à répondre aux besoins sociaux de ses propres citoyens. Ces derniers sont très souvent remplacés dans nombre de travaux par une main-d’œuvre moins coûteuse. Les Libanais, toutes cultures, toutes classes sociales confondues, s’interrogent sur l’avenir de leur pays où la vie devient de plus en plus dure et où l’espoir d’un redressement radical n’est pas hélas à l’horizon. Sur qui et sur quoi peuvent-ils compter? Est-ce sur des élus qui ont oublié le chemin de l’hémicycle et qui, pour beaucoup, ne le retrouveront probablement plus? Sur des situations où les compromis, indispensables dans l’état actuel des choses, sont la règle? Sur certains leaders, chefs de file de courants ou zaïms d’un autre temps?… On ne sait plus. Même si nous n’avons pas le droit de généraliser et de mettre dans un même panier tous ceux qui sévissent dans les hautes sphères, il nous faut reconnaître que les meilleurs  d’entre eux n’ont plus vraiment leur destin en main et le nôtre encore moins. Dans un pays où l’Etat dans l’Etat affaiblit l’autorité, celle-ci peut difficilement s’imposer. Il ne nous reste, pour toute perspective, que le dialogue. Mais sommes-nous assez naïfs pour croire encore dans la bonne foi de ceux qui ne cessent de renier leurs engagements? Nous entendons sans cesse la chose et son contraire. Peut-on croire que le Hezbollah qui, comme l’a laissé entendre récemment l’un de ses piliers, favoriserait une Armée libanaise renforcée par des équipements que le chef de l’Etat s’acharne à obtenir? Le président Sleiman et l’institution militaire ne sont-ils pas la cible quasi permanente du parti de Dieu? Ce qui nous reste, en guise de consolation, c’est de placer nos espoirs dans ce gouvernement en gestation, souhaitant qu’il ne naisse pas affublé d’un handicap irrémédiable. Déjà, en filigrane des débats parlementaires, se dessine le profil de la présidentielle mais attendant, au cours des deux mois qui leur sont accordés, ces messieurs du Sérail ne devraient pas chômer. Ils ont du pain sur la planche et surtout des services à assurer à tous ceux dont ils ont la charge et qui peinent à trouver les moyens de survivre, d’éduquer leurs enfants et de boucler leurs fins de mois. C’est ce qu’attend le Libanais lambda.


 Mouna Béchara
   

Santé

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Une nouvelle molécule capable de bloquer le passage du sel de l’intestin à la circulation sanguine a été développée. Elle…

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