Salon de la Revue des vins de France. Vingt-et-un domaines libanais à l’honneur
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

Salon de la Revue des vins de France. Vingt-et-un domaines libanais à l’honneur

 
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C’est une première pour le pays du Cèdre. Le Liban était l’hôte d’honneur de la 11e édition du Salon de la Revue du vin de France, qui compte près de 200 exposants. Pendant deux jours, 21 domaines libanais étaient présentés au grand public, proposant plus de 90 vins à la dégustation. Une invitation au voyage et à la découverte d’un savoir-faire vieux de près de 6 000 ans.

C’est au cœur du quartier Vivienne, situé entre la place de la Concorde et le Musée du Louvre, que s’est tenu, les 19 et 20 mai derniers, le Salon annuel de la Revue du vin de France. Pour cette 11e édition parisienne, rendez-vous incontournable des amoureux du vin, c’est le Liban qui était érigé au rang d’invité d’honneur. Dans l’ancienne Bourse parisienne, le Palais Brongniart, 200 exposants venus des quatre coins de l’hexagone sont répartis sur les nombreux stands, vite envahis par les visiteurs qui se pressent pour déguster les cuvées.
Au fond du hall en marbre baigné par la luminosité qui transperce la verrière à 28 mètres au-dessus du sol, on aperçoit, dès l’entrée, le drapeau rouge et blanc orné d’un cèdre fièrement accroché. Dans la salle Notre-
Dame des Victoires, ils sont là. Les 21 viticulteurs venus tout droit du Liban exposent toute une diversité de vins issus des régions montagneuses du Mont-Liban, du littoral de Batroun ou de la plaine de la Békaa. Sur les tables des exposants trônent des bouteilles millésimées de blancs, rouges, rosés et autres spiritueux comme l’arak, eau-de-vie distillée contenant 40 à 50 degrés d’alcool pour le plus pur. Tous réunis au sein de l’Union Vinicole du Liban (UVL), qui a organisé le salon en partenariat avec l’ambassade du Liban en France et d’autres institutions comme l’Office du tourisme libanais, les viticulteurs font déguster les trésors de leurs caves aux visiteurs curieux, amateurs ou professionnels venus en masse. Pour Mireille Hannaoui, secrétaire générale de l’UVL, ce salon est une aubaine, même si ce n’est pas la première fois que le Liban se retrouve invité d’honneur: «Nous l’avions été au salon Megavino de Bruxelles en 2016, mais la France, c’est un doublé (…), c’est la première fois que nous sommes représentés sur ce salon et nous sommes, en plus, invités d’honneur tout de suite!». Ce que Mireille Hannaoui qualifie de victoire pour le Liban l’est aussi pour les viticulteurs libanais qui bénéficient d’une visibilité élargie afin de diversifier et remplir leurs carnets de commande. «Certains cherchent des distributeurs, d’autres sont là pour renforcer leur visibilité, c’est très important pour eux». Mais au-delà du chiffre, c’est avant tout le savoir-faire et la réputation du vin libanais que Mireille Hannaoui et les viticulteurs cherchent à faire connaître.

Une histoire de famille
Non loin du stand de l’UVL, le domaine de Château Musar est avant tout une histoire de famille. Ce vignoble, niché entre 900 et 1 000 mètres d’altitude, à Ghazir, a été fondé par Gaston Hochar, dans les années 1930. Influencé par les traditions libanaises millénaires de fabrication du vin et de multiples voyages à Bordeaux, il fonde un domaine où les vins sont à 100% naturels. Une qualité de vin rare, qui vaut au vignoble de Château Musar la première certification biologique du pays en 2006 et qui, selon Gaston Hochar (petit-fils du fondateur), se justifie par une qualité exceptionnelle du terroir: riche en calcaire et bénéficiant d’une météo clémente où le soleil et les variations de températures entre le jour et la nuit jouent un rôle clé. En 1959, le fils de Gaston Hochar, Serge, reprend le domaine. Après des études de viticulture, il peaufine sa formation avec un cursus d’œnologie à l’Université de Bordeaux. Son frère, Ronald, prend en charge le côté financier et commercial du vignoble deux ans plus tard. En 1979, le vignoble ouvre son premier bureau au Royaume-Uni, afin d’intégrer le marché britannique puis européen. Depuis 1994, c’est Gaston Hochar (fils) qui est à la tête du domaine. Attaché à la tradition familiale, cet ingénieur de formation passé par cinq années dans le secteur bancaire à l’étranger a tout appris sur le tas. Une réussite, puisque le site produit aujourd’hui entre 600 000 et 700 000 bouteilles par an, dont 80% sont destinés à l’exportation, les 20% restants à la vente locale. L’on peut ainsi trouver du Château Musar dans le monde entier: Canada, Etats-Unis, Mexique, Costa-Rica, Russie, Norvège, Belgique, France, Luxembourg, Italie, Espagne… Concernant le Salon de la revue du vin de France, il s’agit pour Gaston Hochar de «promouvoir le domaine en France afin d’élargir notre distribution». Pour le directeur du vignoble, c’est aussi une victoire pour le Liban, celle d’être reconnu à travers le monde. Il dirige le domaine depuis maintenant 23 ans, avec à ses côtés son frère Marc, qui a rejoint l’entreprise familiale en 2010.
 
Un terroir propice à la vigne
Si la réputation du vin libanais n’est plus à faire, elle n’est pas non plus le fruit du hasard. Et ce n’est pas Emile Issa el-Khoury qui dira le contraire. Issu de la famille Issa el-Khoury, l’une des deux familles (avec la famille Issa) qui gère le Domaine des Tourelles près de Chtaura, il aime insister sur la qualité exceptionnelle de la terre dans la plaine de la Békaa, où se situe le vignoble de presque 150 ans. Fondée en 1868, elle est la première cave commerciale du Liban. Pour lui, quatre points sont essentiels à la qualité du vignoble: l’altitude (1 000 mètres pour le Domaine des Tourelles), là où l’ensoleillement rend la vigne vigoureuse avec 300 jours de soleil par an; une pluviométrie équilibrée; la latitude, la Békaa se trouvant dans une zone tempérée favorable à la vigne; et, enfin, un sol riche en minéraux, de type «argilo-calcaire», qui conserve des nappes d’eau souterraines de sorte à ce que la vigne puisse s’alimenter même par temps très sec. M. Issa el-Khoury ajoute: «Ce qu’il y a d’exceptionnel avec la Békaa, c’est avant tout sa géologie… Lors de la fonte des neiges du Mont-Liban et de l’Anti-Liban, cela provoque des ruissellements d’eau qui amoncellent les richesses minérales sur le plateau et dans les sols. Un autre facteur est que le Mont-Liban stoppe l’humidité en provenance du littoral et donc la prolifération des bactéries».
Ce qui fait la renommée du Domaine des Tourelles, c’est aussi le très prestigieux arak Brun, du nom du fondateur du vignoble et qui fait la fierté de ses producteurs. Cette eau-de-vie appréciée à travers tout le Croissant fertile a la particularité de contenir de vrais grains d’anis et non de l’essence d’anis, d’être trois fois distillé et «de ne jamais faire mal au crâne», selon M. Issa el-Khoury.
Connue pour ses sites archéologiques somptueux de Baalbeck ou d’Anjar, la plaine de la Békaa possède aussi une histoire particulière avec la vigne. C’est entre les ruines du site antique gréco-romain de Baalbeck que se dresse fièrement le temple de Bacchus, Dieu de la vigne et du vin dans la mythologie romaine. Un savoir-faire vieux de 6 000 ans, qui fait la fierté des viticulteurs libanais. Pour Emile Issa el-Khoury, le Salon parisien est une formidable opportunité de «faire découvrir aux clients français qui sont des consommateurs avertis, le terroir du Liban et son excellence ».
 
Transformation rapide
Près du chef-lieu de la Békaa à Zahlé, le vignoble de Château Khoury coule lui aussi des jours heureux. Ce domaine familial, fondé en 2004 sur des terrains en friche, qui servaient jadis de postes-avancés pour l’artillerie lourde de l’armée syrienne, a connu une transformation rapide et fructueuse. Niché à 1 300 mètres d’altitude, c’est là que Jean-Paul el-Khoury, œnologue de formation (il suit ses études à Reims) et alsacien par sa mère, cultive des cépages alsaciens comme le Riesling et le Gewurztraminer, le Chardonnay ou le Pinot noir. «A Zahlé, il y a une belle exposition, les vignes n’ont pas besoin d’être irriguées car le climat de la région est très propice: il pleut en hiver, les nuits sont fraîches». Tout comme le vignoble de Château Musar, celui de Jean-Paul el-Khoury est 100% biologique: «C’est une philosophie, une manière de faire du vin (…) cela est moins brusque pour les vignes et surtout moins onéreux». La seule difficulté pour le viticulteur, ce sont les moineaux et les renards, qui représentent 10 à 15% de pertes par an. Avec le salon, ce dernier espère trouver un distributeur en France et élargir ses clients.
 
Diversité des domaines
D’autres domaines étaient également représentés. Le Domaine de Baal, situé sur les hauteurs de Zahlé (à 1 200 mètres), est dirigé par Sébastien Khoury depuis 2006, après quelques années passées à Saint-Emilion pour se former. Sur la douzaine d’hectares de vignoble parmi lesquels du Cabernet-Sauvignon, Cabernet franc, Merlot, Chardonnay, Sauvignon blanc et Syrah, cinq sont cultivés en terrasse. Une productivité rendue possible grâce à la terre calcaire, garante d’une grande fraîcheur.
Pour Château Kefraya, fondé en 1946 par Michel de Bustros (récemment décédé) la particularité est de ne produire que des vins d’assemblage. Ainsi, sur les 300 hectares de coteaux en terrasse se côtoient du Cabernet Sauvignon, Syrah, Chardonnay, Viognier, Carménère, le Marselan et le Muscat à petit grains.
Au fur et à mesure, les visiteurs s’amassent auprès des stands pour découvrir la multitude de caves représentées. Certaines sont anciennes, d’autres plus jeunes mais prometteuses comme celle d’Atibaia à Batroun, dont le souhait de sa fondatrice, Jennifer Massoud, est de «faire connaître le vin libanais». Cette petite propriété de cinq hectares dont une des parcelles fait face à la mer, a la particularité de produire un vin rouge unique destiné en grande majorité au commerce local. En France, les vins d’Atibaia se trouvent néanmoins dans les très prestigieuses Caves de Taillevent rue du Faubourg Saint-Honoré, ou sur la carte du Georges V.
Autre référence, le Clos de Cana. Au cœur du Mont-Liban, dans la région de Ras el-Haref, ce vignoble historique s’enracine dans la Vallée Lamartine. Avec 300 000 bouteilles produites par an, la réputation de Clos de Cana est bien établie à l’étranger: Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Unis, Belgique, Japon… et bien sûr, la France. Autre clin d’œil, outre les vins rouges, blancs et rosés produits par la cave de Fadi Gergès, celui des Noces de Cana a un sens tout particulier puisque c’est à Cana que le Christ réalise son tout premier miracle: celui de changer l’eau en vin. Ce mariage entre Cinsault, Cabernet Sauvignon et Syrah est, selon, la cave, «un vin divin».
Une fois de plus le Liban a su, à travers la multitude et la richesse des vignobles qu’il possède, démontrer à quel point le pays est une véritable mosaïque. Cette 11e édition parisienne a témoigné à nouveau du lien indéfectible entre la France et le Liban: la transmission de savoir-faire, de technologie, d’amour pour la vigne et du respect de traditions millénaires héritées de la civilisation romaine.

 

Marguerite Silve (Paris)

 

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Éditorial
Au nom de la stabilité

La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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