Attention parents, danger! Le Blue Whale challenge un jeu qui mène au suicide
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Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Attention parents, danger! Le Blue Whale challenge un jeu qui mène au suicide

 
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    Attention parents, danger! Le Blue Whale challenge un jeu qui mène au suicide
    «Le Blue Whale Challenge» (BWC), un nom qui semble inoffensif mais qui ne l’est pas. Ce jeu macabre, adressé aux adolescents est né en Russie en novembre 2015. Il est...
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«Le Blue Whale Challenge» (BWC), un nom qui semble inoffensif mais qui ne l’est pas. Ce jeu macabre, adressé aux adolescents est né en Russie en novembre 2015. Il est composé de 50 défis dont l’ultime étape est le suicide. Au Liban, une adolescente confie à Magazine son expérience et sa mère témoigne du véritable cauchemar vécu par la famille.  

Le «Blue Whale Challenge» tire son nom d’une légende selon laquelle une baleine serait capable de se suicider en s’échouant volontairement sur une plage. Ce jeu est né en Russie, en novembre 2015 via VKontakte, un réseau social russe semblable à Facebook. Les adolescents à la recherche d’un «parrain» pour participer à ce jeu inscrivent des mots clés sur leur page tels que le hashtag F57. Une fois repérés par un parrain, et après un échange avec eux, pour s’assurer de leur sérieux et de leur détermination, ils reçoivent une liste de 50 défis à réaliser dont l’ultime est… le suicide!
Au départ, les défis semblent très anodins, mais se corsent, au fur et à mesure, devenant de plus en plus dangereux. Les participants au «jeu» doivent dessiner une baleine, écrire un mot sur la main. Puis les «défis» s’intensifient. Les adolescents doivent rester éveillés pendant la nuit, visionner un film d’horreur, couper toute communication avec leur entourage, ne plus parler à personne, se taillader les lèvres, se mutiler, se balader sur un toit. L’étape finale de ce challenge macabre consiste à se donner la mort soit en se jetant dans le vide soit sous un train.

Le cauchemar de Danielle
La Novaya Gazeta est le premier quotidien russe à avoir enquêté sur cette affaire. Le journal affirmait que sur 130 suicides d’adolescents russes recensés entre novembre 2015 et avril 2016, environ 80 étaient liés au BWC. A la suite de cet article, le rédacteur en chef fut renvoyé et la journaliste évincée du service investigation.
Au Liban, Danielle est peut-être la seule adolescente à avoir tenté cette dangereuse aventure, qui aurait pu lui coûter la vie. A 16 ans, cette jeune fille est très mature pour son âge. Belle, intelligente, elle n’a pas de soucis majeurs, à part peut-être ce mal être que traversent quelquefois les adolescents. «Tout a commencé par pure curiosité. J’avais lu un article sur le Blue Whale Challenge et j’ai voulu en savoir plus. J’ai commencé à faire des recherches. Je voulais voir comment ça se passait en réalité».
A travers l’application russe, Danielle s’inscrit sur le site Vkontakte, où il y avait une page — depuis fermée — sur le BWC. «Un curateur est responsable de cette page. Sa cible: les jeunes âgés entre 15 et 16 ans. Lorsque la police a eu vent de cette affaire, toutes les pages liées au BWC ont été bloquées. C’est à ce moment-là que des hashtags symboliques ont été créés pour y faire référence, afin que les participants puissent se reconnaître entre eux». A titre d’exemple, Danielle cite le hashtag F57, F58, F53 ou des phrases comme que A blue whale, A sea/a bunch of whales, A silent house, I am ready for the game, Blue house that is in the waves…
En s’inscrivant sur le site Vkontakte, Danielle devient «amie» avec des Russes, pour la plupart. Elle consulte des pages liées au BWC puis, un jour,  poste sur sa page la photo d’une baleine. Elle est alors approchée par un parrain. «Au début, il ne m’a rien demandé. Il voulait juste en savoir un peu plus sur moi, sur ma famille. J’ai essayé de le manipuler moi-même. Je lui inventais des réponses, je lui disais que j’avais envie de mourir».
Danielle s’engouffre alors dans une spirale. «Tous ceux qui participent à ce jeu doivent être réveillés à 4h20 du matin. C’est l’heure à laquelle on reçoit les instructions». Un jour, son «parrain» lui envoie par message 49 étapes à accomplir. «Il faut, par exemple, s’étendre sur les rails d’un train, sauter d’un endroit élevé, traverser une autoroute en courant les yeux fermés, se couper les lèvres, se taillader les veines. Chaque étape doit être prise en photo et postée sur la page». Danielle commence à se prendre à ce jeu. Elle se scarifie, se taillade les lèvres. «Souvent, je mentais en disant avoir accompli certaines étapes et il m’arrivait d’envoyer des photos truquées, qui n’étaient pas de moi», confie-t-elle.
Tous les messages que l’adolescente reçoit sont en russe qu’elle commence à apprendre ou qu’elle traduit sur Internet. «Les parrains sont pour la plupart des hackers, qui utilisent des technologies très avancées pour contacter les participants». Mais le jeu tourne au cauchemar lorsque Danielle commence à recevoir des menaces. «J’étais partie pour quelques jours à Paris avec ma mère. Je n’avais rien dit à personne mais je reçois un message de mon parrain à 4h du matin me demandant comment allait ma mère et comment était Paris. J’ai été terrifiée. J’ai compris que mon téléphone était hacké. Chaque fois que je voulais écouter de la musique sur mon smartphone, j’entendais les hurlements de quelqu’un qui se jetait dans le vide. Il a menacé de s’en prendre à ma mère au cas où je n’exécutais pas ses instructions». Une dernière injonction qui achève de la terroriser complètement.

Les joueurs menacés
Le jeu se transforme en cauchemar. Sa mère lui confisque le téléphone. Danielle n’a plus accès à Internet. Ce jeu qui aurait pu se transformer en une véritable tragédie s’est arrêté à temps pour l’adolescente. «Au début, je me demandais comment ils incitaient les gens au suicide mais maintenant je comprends. Ils menacent les joueurs et exercent toute sorte de pressions sur eux pour les pousser à se suicider».
La maman de Danielle n’arrive toujours pas à croire que sa fille soit sortie indemne de cette terrible histoire. Rien que d’en parler, elle a les larmes aux yeux. Pour Magazine, elle revient sur le calvaire vécu par la famille. «Au départ, je n’avais rien remarqué de particulier jusqu’au jour où j’ai été alertée par une amie de ma fille, qui m’a dit que cette dernière se scarifiait. J’ai alors commencé à la surveiller de près, à fouiller dans ses affaires. J’ai découvert alors que ma fille ne dormait pas de la nuit. J’ai retrouvé des gouttes de sang sur ses habits et réalisé qu’elle passait trop de temps aux toilettes. Une fois, j’ai même trouvé dans son cartable des kleenex imbibés de sang». Le cauchemar avait bel et bien commencé pour les parents de Danielle. «Je me suis adressée à plusieurs psychothérapeutes pour savoir comment gérer cette situation». Mais sa fille refusait obstinément de recevoir de l’aide de quiconque, s’enfermant de plus en plus dans un mutisme inquiétant. «Danielle était une élève brillante mais ses résultats scolaires avaient considérablement baissé, je la sentais déprimée. Elle avait perdu sa joie de vivre, plus rien ne lui plaisait». A ce stade, la maman de Danielle ne sait toujours rien du BWC. Elle croit à une simple crise d’adolescence. «Son père et moi avons eu une franche discussion et elle nous a promis de ne plus se scarifier. Ce n’est qu’au cours de ce voyage que nous avons compris l’ampleur du drame, lorsque Danielle a commencé à recevoir des menaces directes». De retour au Liban, ses parents lui retirent son cellulaire. «Nous sommes rentrés sur son compte Vkontakte et nous avons été horrifiés par les photos qu’elle avait posté. La nuit, nous ne dormions plus mon mari et moi. Nous passions notre temps à aller et venir dans sa chambre pour nous assurer que tout allait bien». Danielle avait heureusement réalisé que cette histoire n’était plus une plaisanterie tout en s’obstinant à refuser de consulter un psychologue. Ses parents ont alerté également le bureau de la lutte contre la cybercriminalité et la protection de la propriété intellectuelle et ont présenté une plainte.

Une seule plainte au Liban
Aujourd’hui, pour la famille de Danielle la baleine bleue a véritablement échoué mais le risque pour d’autres adolescents demeure. Si la maman de Danielle a accepté de témoigner, c’est pour qu’il n’y ait plus de victimes du BWC. Elle lance un cri du cœur, appelant les parents à la vigilance. «La seule chose positive dans cette affaire, ce sont la foi et la prière qui m’ont aidée à tenir le coup».
L’adjoint du chef du bureau de la lutte contre la cybercriminalité et la propriété intellectuelle, le lieutenant Ayman Tajeddine, docteur en Computer communication engineering, confirme à Magazine qu’il existe au Liban une seule plainte déposée par les parents d’un mineur à ce sujet. «Les parents ont présenté cette plainte après avoir réalisé que leur enfant mineur se scarifiait. Nous avons effectué une enquête, le problème a été résolu depuis». Le lieutenant Tajeddine insiste sur les campagnes de sensibilisation entreprises auprès des écoles, des universités et des associations pour mettre en garde contre les jeux dangereux qui apparaissent sur la Toile. «Dans nos conférences, nous évitons de nommer le Blue Whale Challenge par son nom pour éviter que les jeunes le cherchent sur le Net mais nous leur expliquons les modalités de ce jeu macabre en leur montrant tous les dangers qu’il comporte». De même, explique l’officier, les photos publiées sont utilisées et vendues au marché noir.
Toutes les investigations et les décisions du bureau de la lutte contre la cybercriminalité sont prises en coordination avec le Parquet et les juridictions spécialisées. «On ne peut pas fermer des sites mais on peut réclamer qu’ils soient bloqués. A la suite d’une décision judiciaire, nous adressons une demande en ce sens à Ogero et aux fournisseurs d’Internet afin de bloquer la page concernée». Dans son action de sensibilisation, le bureau appelle les jeunes à avertir des adultes de toute demande qui leur est adressée concernant des jeux sordides et poussent les parents à être plus vigilants et à surveiller de plus près leurs enfants lorsqu’ils sont sur Internet.

Joëlle Seif

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Éditorial
Confiance déficitaire

Face aux immenses défis, notamment économiques, auxquels le Liban est confronté, les hommes politiques font figure de nains essayant, comme Atlas, de soulever sur leurs épaules la voûte céleste. Le temps précieux perdu en verbiage et en fanfaronnades autour de la loi électorale aurait pu être investi dans une profonde réflexion pour imaginer des idées, élaborer des plans et trouver des ressources permettant à l’économie de se redresser. Au lieu de cela, la classe politique a dilapidé, à coups de polémiques inutiles et de chamailleries stériles, une grande partie du capital-confiance du nouveau mandat, clé de voûte de tout projet d’avenir.De fausses batailles sont menées au nom de la défense du destin du Liban, qui résiderait, à en croire certains hommes politiques, dans le code-barre d’une carte magnétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de gonfler et les capacités de l’Etat à trouver des ressources pour son financement deviennent de plus en plus aléatoires. L’ingénierie financière imaginée il y a presque un an par le gouverneur de la BDL serait à bout de souffle. C’est l’Association des banques du Liban (ABL) qui l’annonce, dans son rapport annuel. L’ABL exprime sa crainte de voir les dépôts, attirés l’année dernière par le montage de Riad Salamé, refaire le chemin inverse.Cette mise en garde illustre une inquiétude à peine voilée de la part des banques de ne pas voir affluer au Liban, en 2017 et 2018, des capitaux en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de l’Etat libanais en financement, et du secteur privé en investissements. L’incertitude est alimentée par des facteurs régionaux, nés de la profonde division qui a frappé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) après le bras de fer entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’un côté, le Qatar de l’autre. L’absence de perspectives positives concernant une remontée du prix du pétrole n’améliore pas la situation. Les émigrés, qui ont longtemps contribué généreusement aux transferts de capitaux vers la mère-patrie, sont contraints de se serrer la ceinture à cause de ces fâcheux développements. D’ailleurs, un début de mouvement de retour des familles de travailleurs libanais du Golfe, dissuadés par la cherté de vie, est enregistré.Le moins que l’on puisse dire est que la conjoncture n’est pas favorable au Liban. Il y a certes des éléments positifs, comme le redémarrage du tourisme après cinq années de recul. Cela reste toutefois insuffisant pour relancer des pans entiers de l’économie.Une meilleure gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amorce de réformes et le début de l’exploitation des ressources en hydrocarbures auraient pu apporter, partiellement, des solutions de rechange. Mais ce ne sont pas des hommes politiques comateux ou qui jouent aux Don Quichotte qui seront capables de le faire.


 Paul Khalifeh
   

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