Turquie-Syrie. La guerre interdite

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    Turquie-Syrie. La guerre interdite
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A la frontière syro-turque, les incidents se multiplient.  La communauté internationale condamne les attaques du régime syrien. Le Parlement turc autorise les opérations à l’intérieur de la Syrie. Réunie en urgence, l’Otan condamne fermement les tirs de l’armée syrienne. Plus modéré, sous la pression sino-russe, le Conseil de sécurité appelle les deux parties à la retenue. Pour ceux qui en doutaient encore, le conflit syrien n’est pas que local, il est régional et international.


Mercredi 3 octobre, suite à la chute d’un obus syrien, une femme et ses quatre enfants trouvaient la mort dans le village frontalier d’Akçakale. Dans ce village turc, situé en face du syrien et sous contrôle rebelle de Tal Al-Abyad, les écoles sont fermées depuis plusieurs mois pour des raisons de sécurité. La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Dans la soirée, Ankara répliquait et bombardait des positions de l’armée régulière syrienne, faisant des morts et des blessés dans ses rangs. En début de semaine, tout espoir d’apaisement demeurait vain, puisqu’un obus tombé cette fois sans faire de dégâts dans la province du Hatay, entraînait une deuxième vague de représailles sur le territoire syrien… puis une troisième suite à une nouvelle frappe sur Akçakale.

Réactions diplomatiques
On mesure souvent l’internationalisation d’un conflit au casting du traditionnel concert des communiqués qui l’accompagne. Et cette semaine, on n’a pas eu des acteurs de série B. Avec la mesure qui les caractérise, les Etats-Unis avaient donné le coup d’envoi en priant tous les pays «d’appeler le président Bachar el-Assad à partir» après qu’un porte-parole du Pentagone eut vu dans cet incident «un exemple du comportement dévoyé» du régime syrien. Au Conseil de sécurité, si tous condamnent les tirs syriens, la présence de la Russie empêche l’adoption d’une résolution à sens unique. Après plus de vingt-quatre heures de négociations, le bulletin final ajoute un appel à la retenue adressé aux deux parties. Les chancelleries occidentales se sont jointes au chœur onusien. Ban Ki-moon souligne, quant à lui, le danger extrême «de l’escalade du conflit à la frontière syro-turque et l’impact de la crise sur le Liban». L’émissaire spécial de l’Onu en Syrie, Lakhdar Brahimi, contacte les deux parties «pour les encourager à faire baisser la tension». Enfin, dernier écho dissonant, par l’intermédiaire de son vice-ministre aux Affaires étrangères, la Russie s’offusque de la partialité des condamnations, espérant qu’une autre résolution dénonce sans ambiguïté les attentats sur le territoire syrien. Elle obtient gain de cause en convainquant ses partenaires internationaux de condamner «les attentats terroristes d’Alep».

La Syrie ne veut pas de guerre
Côté syrien, le ministre de l’information Omran Zoabi a présenté les condoléances de la Syrie «aux familles des victimes et à notre ami, le peuple turc». Par l’intermédiaire de l’ambassadeur aux Nations unies, Bachar Jaafari, on explique que «la Syrie ne cherche pas l’escalade avec ses voisins, y compris la Turquie». On déclare aussi avoir lancé une enquête visant à déterminer l’origine des tirs. Une enquête? Oui. Même si les rapides et catégoriques condamnations onusiennes et atlantistes nous l’avaient presque fait oublier, les éléments factuels demeurent assez flous. Dans une obscure théorie du complot que la tournure des événements syriens ne permet plus d’écarter complètement, il est probable que les obus dont se plaint la Turquie aient en réalité été tirés par les rebelles qui mettraient ainsi la pression sur leurs soutiens pour accélérer leur réaction. Parmi eux, certains croient toujours en la possibilité d’une intervention occidentale directe ou au moins en la constitution d’une zone tampon dans le nord du pays sous l’égide de la Turquie. Ils pourraient donc voir dans ces machiavéliques manœuvres un moyen d’exciter les va-t-en-guerre euro-atlanto-golfistes.
Deuxième hypothèse, le régime souhaite déloger les rebelles qui  occupent un certain nombre de positions sur la frontière. Les éventuelles victimes collatérales n’étant pas le cas de conscience numéro un du président Assad, on comprend que tout soit mis en œuvre pour lui permettre d’arriver à ses fins. Et puis, s’il parvenait à neutraliser des membres de l’ASL en Turquie, il révèlerait ainsi au grand jour le rôle de son voisin en tant que base arrière des insurgés.
Troisième hypothèse, le régime syrien compte sur l’armée turque pour sécuriser sa frontière. Il espère, probablement, rééditer le scénario libanais. La recrudescence des heurts entre rebelles et loyalistes à la frontière, et parfois même sur le territoire libanais, avait déclenché le déploiement de l’armée et rendu plus délicats les mouvements de l’ASL.
 Dans tous les cas, il paraît difficile que la Syrie surenchérisse. Alors même que sur son territoire, les rebelles semblent en mauvaise posture, notamment dans la région de Homs.

Renforts turcs

Côté turc, on assure qu’il s’agit avant tout de dissuader et pas de partir en guerre. Pour autant, la Turquie a accueilli et soutenu l’ASL. Pour autant, le Parlement a adopté, jeudi 4 octobre, une motion qui autorise l’armée, «si nécessaire», à conduire une opération militaire en Syrie.  Pour autant Ankara a dépêché en renfort vingt-cinq F16 supplémentaires dans le sud-est du pays.
«Les actes agressifs perpétrés par le régime syrien à la frontière sud-est de l’Otan constituent une violation flagrante du droit international et représentent une menace évidente pour un membre de l’Alliance». Voilà ce qu’avait déclaré un haut responsable de l’organisation immédiatement après le drame d’Akçakale. La rapidité avec laquelle l’Otan a dégainé prouve, s’il le fallait encore, qu’elle était ravie d’en remettre une couche à l’encontre du régime. Une réunion d’urgence avait été décrétée. Le célébrissime article 5 du traité de Washington, qui oblige un pays membre à courir à la rescousse d’un autre membre agressé, avait beaucoup fait jaser dans les chancelleries et les rédactions. Mais il n’en avait finalement rien été.  
Toutefois, selon Mohammad Nourredine,  directeur du centre d’études stratégiques du Liban et spécialiste de la Turquie, «la situation turque est à 100% liée à l’Otan». En effet, comme il l’énonce clairement, «chaque décision turque est, dans le cadre de l’Otan, une collaboration avec d’autres pays qui ne veulent pas en prendre. Les Etats-Unis, à l’heure d’une échéance électorale cruciale, n’oseront pas s’engager. Ajoutée à cela, l’opposition sino-russe rend difficile une intervention de l’Otan.»   
Dans le dernier communiqué en date, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, précise que l’Alliance atlantique «a mis en place tous les plans nécessaires pour protéger et défendre la Turquie si nécessaire.» Dans le même temps, rappliquent 25 chasseurs F16 supplémentaires dans la région du Sud-Est. Si vis pacem para bellum (qui veut la paix prépare la guerre). La Turquie montre les muscles mais temporise.
Dans le cadre de sa politique d’influence régionale, la diplomatie turque a en effet su tirer parti de la contestation des rues arabes pour se donner l’image du pionnier démocratique islamiste. C’est cette politique qui a éloigné Ankara de Damas, alors même que leurs relations se bonifiaient avec le temps depuis 1998.  
Cependant, l’opinion turque a un tout autre avis sur la politique de l’AKP vis-à-vis de la Syrie. Un sondage du grand quotidien Hürriyet révèle que 62% de la population s’oppose au texte voté jeudi 4 octobre au Parlement. A ce sujet, l’opposition intérieure turque souligne les incohérences entre les nouvelles prétentions de leadership au Moyen-Orient et les politiques menées par le gouvernement à l’encontre des Kurdes.
Le gouvernement Erdogan se retrouve donc tiraillé entre des exigences externes (Otan) et internes (sondages en berne). En fait, le conflit syrien est engagé dans une période charnière. La question n’est plus de savoir combien de temps le régime Assad tiendra encore,  puisque ses troupes reprennent l’initiative sur le terrain (cf encadré), mais s’il est plus coûteux pour les soutiens extérieurs de l’ASL de continuer cette guerre ou de l’arrêter. La continuer, c’est provoquer l’effondrement économique de la Jordanie, c’est sacrifier le Liban, c’est exacerber les divisions communautaires en Turquie et c’est devoir protéger Israël de ce chaos. L’arrêter, c’est laisser les Russes se réinstaller au Proche-Orient et renforcer «l’axe de la résistance antisioniste» au détriment des rêves expansionnistes du Likoud. Etant donné que rien ne se décidera avant les élections américaines, la situation stagne. La paix ou la guerre se décideront après.

Liban à l’abri?
 Selon toute vraisemblance, plusieurs experts pensent que le Liban ne devrait pas pâtir de la régionalisation du bourbier syrien. Mohammad Nourredine commente: «Il y a des influences militaires et sociales claires au Liban. Des militants de l’ASL et des réfugiés sont sur notre  territoire. Mais je ne pense pas qu’il y ait une menace d’explosion directe parce que tous les grands acteurs n’en veulent pas.» Toutefois, sous couvert d’anonymat, une source proche de la majorité avouait son inquiétude au sujet de l’arrivée de voitures piégées en provenance de Syrie.

Antoine Wénisch
 



Offensive loyaliste et attentats rebelles
Dans le reste de la brûlante actualité syrienne, on ne compte plus le nombre d’attentats à la voiture piégée. Le dernier en date, lundi 8 octobre, visait un des sièges des services de renseignements de l’armée de l’air près de Damas. Plusieurs victimes sont à déplorer, l’attaque a été revendiquée par le front al-Nosra, proche d’al-Qaïda. Selon certains observateurs, la multiplication de ce type d’attaques serait le signe d’une incapacité grandissante des rebelles à infliger des revers décisifs à l’armée loyaliste par le biais d’une guérilla traditionnelle. A Damas, Alep et Homs, l’offensive de l’armée et les bombardements redoublent d’intensité. Il semblerait en tout cas, qu’elle ait réussi à renverser un équilibre en sa défaveur il y a peu. L’objectif de l’armée à court terme est de reprendre le contrôle des deux principaux bastions rebelles dans la province de Homs, qui sont la ville elle-même et la grande bourgade de Qusair.


Réunion du CNS à Doha
Le Conseil national syrien (CNS) se réunira à Doha la semaine prochaine. Plusieurs sujets seront à l’ordre du jour. L’incapacité à s’unifier et le manque de légitimité en Syrie seront l’occasion de repenser l’association dans son ensemble et de s’ouvrir en direction des autres mouvements d’opposition. Une décision devrait également être prise quant au successeur de Bachar el-Assad. Le vice-président actuel  Farouk el-Chareh, est un «homme raisonnable n’ayant participé à aucun massacre», selon Ahmet Davutoglu. Le chef de la diplomatie turque le considère à ce titre comme un potentiel successeur à Assad pour une période de transition. Il subsiste en revanche de gros doutes à propos de la réelle envie de Chareh. Le ministre syrien de l’Information a qualifié cette hypothèse «d’ineptie politique et diplomatique», jugeant que «la Turquie et son ministère ne constituaient pas les autorités d’un Empire ottoman ayant compétence pour nommer des gouverneurs à Damas.»

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Éditorial
Sot dans l’inconnu

Il est toujours plus facile, lorsque l’on n’assume pas des responsabilités, et que, par conséquent, l’on n’a pas de comptes à rendre, de s’ériger en donneur de leçons. Il est plus aisé de se livrer à la surenchère quand on n’est pas aux commandes que lorsque l’on est appelé à prendre, tous les jours, des décisions qui engagent le destin d’un pays et qui influent sur l’avenir de millions de personnes. Il faut avoir ces réalités en tête en écoutant Mitt Romney disserter sur la politique étrangère des Etats-Unis et accuser son rival démocrate d’être mollasson. Face à la «passivité» du président sortant, le candidat républicain promet des solutions miracle, basées sur les muscles et les super-budgets militaires. Une bonne partie de son discours électoral est construite autour de la fausse accusation que Barack Obama a «laissé tomber» Israël, oubliant que l’aide militaire, le soutien financier et l’assistance technologique, fournis par l’actuel président à l’Etat hébreu, n’ont jamais été égalés par ses prédécesseurs. En fait, Mitt Romney reproche au locataire de la Maison-Blanche de résister aux pressions -qui frôlent les injonctions- de Benjamin Netanyahu, pour le pousser à couvrir et participer à une attaque préventive contre l’Iran. Accepterait-il, s’il siégeait au Bureau ovale, de s’engager dans une guerre dont les objectifs et les conséquences ne serviraient pas nécessairement les intérêts des Etats-Unis? Mitt Romney plaide donc pour un alignement total de la politique étrangère américaine sur celle d’Israël, même au détriment des intérêts nationaux des Etats-Unis. Un phénomène mis en évidence dès 2006 par les chercheurs John Mearsheimer et Stephen Walt, dans leur remarquable ouvrage sur l’influence du lobby israélien dans les orientations de la politique étrangère américaine. Un travail qui leur a coûté leur emploi, il faut le rappeler. Mitt Romney n’est pas en reste sur le dossier du processus de paix au Proche-Orient. Il affiche un mépris absolu pour les Palestiniens, avec qui la paix «est impensable», peut-on l’entendre dire dans une vidéo filmée à son insu. En d’autres termes, Israël n’a pas l’obligation de rendre les terres qu’il a volées et la situation de conflit et de guerre avec les Palestiniens est appelée à durer ad vitam æternam.    Mitt Romney a exploité à fond l’attaque du consulat américain de Benghazi, au cours de laquelle l’ambassadeur Christopher Stevens a été tué. Il estime que «les attaques contre l’Amérique, le mois dernier, ne doivent pas être prises pour des actes isolés. Elles illustrent la lutte plus large qui traverse tout le Moyen-Orient, une région qui vit son bouleversement le plus profond depuis un siècle.» Le camp républicain a dénoncé la réaction de l’Administration Obama après l’attaque de Benghazi, et le fait d’avoir attendu plusieurs jours avant de la qualifier de «terroriste» et de sous-estimer les menaces anti-américaines. Ces propos sont destinés à la consommation interne car ils n’apportent aucune idée constructive et nouvelle. Pas plus d’ailleurs que ses critiques contre ce qu’il appelle la stratégie d’«espoir» de Barack Obama. Là, le candidat républicain se fend d’une esquisse de stratégie: «Nous ne pouvons pas aider nos amis et battre nos ennemis si nos paroles ne sont pas appuyées par des actes et si la perception de notre stratégie n’est pas celle d’un partenariat mais celle d’une passivité». Traduit en realpolitik, cela ne veut absolument rien dire. Partenariat avec qui? Contre qui? Comment? S’il est élu président, Mitt Romney promet de renforcer les sanctions contre l’Iran pour l’empêcher de développer des capacités nucléaires militaires. Il subordonnerait l’aide financière à l’Egypte au respect du traité de paix avec Israël, augmenterait le budget américain de la Défense. Et, cerise sur le gâteau, il fournirait des armes aux rebelles syriens. Sur ce dernier point, l’actuelle Administration l’a devancé. Car les livraisons d’armes via l’Arabie saoudite et le Qatar –en plus de tous les autres pays qui ne l’ont pas reconnu officiellement- n’auraient jamais pu se faire sans le feu vert des Américains. Concernant l’augmentation du budget militaire, Mitt Romney ne semble pas connaître les chiffres des déficits américains. Sauf s’il compte sur les bons du trésor achetés par la Chine pour financer la dette américaine. Sur l’Iran, l’actuelle Administration a développé le régime des «sanctions intelligentes», douloureuses et efficaces, et qui commencent à donner leur fruit. Mais il n’est pas sûr qu’elles feront plier Téhéran. C’est d’ailleurs fortement improbable.    
Mitt Romney est à cours d’idées. Son discours veut se donner des semblants d’une force qui n’est qu’illusoire, car avec des muscles ramollis et des caisses vides, il ne peut plus mener le monde avec le bâton et la carotte.


 Paul Khalifeh
   

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