Jorge Alvarez. Un diplomate non traditionnel
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Nº 2883 du vendredi 8 février 2013

Jorge Alvarez. Un diplomate non traditionnel

 
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C’est avec une grande affabilité et une chaleur latine typique, qui vous mettent aussitôt à l’aise, que l’ambassadeur du Mexique vous reçoit. Depuis plus de cinq ans, il est à Beyrouth et cumule les fonctions d’ambassadeur du Liban, du Qatar et des Emirats arabes unis. Portrait de Jorge Alvarez.

Jorge Alvarez Fuentes est né à Mexico dans une famille où la culture prédomine. Il est le troisième fils de l’un des plus grands architectes du XXe siècle au Mexique, de ceux qui ont apporté une grande contribution à l’architecture mexicaine. «Chez nous, il y avait toujours un grand intérêt pour tous les domaines de l’esprit. Mes parents étaient impliqués dans la modernité. Pour eux, être moderne équivalait à voyager et à découvrir le monde, parler le français et l’anglais, connaître de nouvelles cultures, écouter de la musique, lire des livres».
Elève des pères jésuites, son esprit est formé dans le but de «faire quelque chose de sa vie». Il porte un grand intérêt aux affaires mondiales et c’est à travers les archives nationales qu’il a aimé la diplomatie. «Je n’ai pas fait des études classiques, telles que les relations internationales ou le droit, pour devenir diplomate. J’ai étudié l’histoire et la philosophie». Il fait ses débuts aux archives nationales avant qu’on ne lui propose de travailler aux archives du ministère des Affaires étrangères. «C’était un moment important pour la diplomatie mexicaine et je me suis investi dans mon action». Au bout de trois années passées aux archives, on lui propose un premier poste au Canada. Il y passe cinq années, mais Jorge Alvarez, le Mexicain, venu d’un pays chaud, les compte par hiver. «J’ai vécu cinq hivers au Canada. A l’époque, il n’y avait pas d’accord de libre-échange et le Canada était considéré comme un voisin lointain et distant. J’ai été envoyé pour développer les relations entre les deux pays et encourager les échanges à tous les niveaux entre les deux peuples», confie l’ambassadeur du Mexique. Passionné par sa mission, il ne concentre pas son action uniquement à la capitale Ottawa et se rend dans toutes les villes du Canada: Montréal, Québec, Toronto, Vancouver, Calgary… A travers ses contacts et ses relations personnelles, il découvre qu’un grand nombre de peintres canadiens fuyaient les rigueurs de l’hiver canadien et se rendaient au Mexique. Après deux ans d’efforts, en collaboration avec un directeur de galerie, il réussit à créer l’exposition «Canadian art in Mexico» où les artistes canadiens au Mexique ont exposé leurs toiles.


Etre diplomate
Pour Jorge Alvarez, la fonction de diplomate comprend plusieurs volets. Il est non seulement le représentant officiel d’un pays mais le représentant personnel du chef de l’Etat. Il est aussi chargé de la promotion de son pays. Un diplomate doit protéger ses ressortissants dans les pays où il est en fonction. Il doit également négocier des accords concernant les relations et créer des conditions favorables pour les échanges économiques, culturels, académiques et financiers entre les pays. L’ambassadeur du Mexique estime qu’un diplomate doit avoir une personnalité agréable et savoir faire la différence entre sa propre personne et sa fonction. «J’ai reçu un mandat de mon président pour venir au Liban en raison des liens historiques et de l’amitié entre nos deux pays. Il m’a demandé d’aller à Beyrouth pour faire la différence et relever le niveau de nos relations. Je suis là depuis 2007 et j’ai cultivé cette amitié».
Totalement investi dans son rôle, Jorge Alvarez refuse d’être un simple observateur. Il possède un style qui lui est propre et rejette la conception du diplomate distant et lointain qui se tient à l’écart de tout en vue de conserver son impartialité et son objectivité. «C’est la vieille école. Je ne suis pas un diplomate traditionnel. Je suis un diplomate impliqué qui s’investit dans sa mission. Je ne me contente pas d’être présent mais je veux participer à l’action. Après cinq ans au Liban, je sais parfaitement ce qui se passe. Je possède des amitiés qui vont du palais présidentiel de Baabda jusqu’aux villages reculés du Akkar. J’ai des amis dans le milieu des affaires et des amis parmi le commun des mortels. Celui qui reste dans le ghetto diplomatique est perdu», s’exclame Alvarez.
Actuellement, les tractations concernant la loi électorale lui donnent l’impression d’assister à un vaudeville. «Je suis un étranger qui a beaucoup de respect pour la souveraineté libanaise. Je peux dire les choses de manière appropriée mais je me pose des questions. Pourquoi ces conditions féodales?». Ses relations sont très variées et se situent à tous les niveaux. «Je ne m’intéresse pas uniquement à l’élite libanaise qui est charmante, j’aime aussi connaître les bergers et les paysans. Je suis toujours plein d’énergie et enthousiaste de nature. Mon expérience au Liban est extraordinaire, ainsi que celle de mon épouse Claudia et de mes deux enfants, Natalia (22 ans) et Esteban (20 ans). On y est tous parfaitement adaptés. Claudia va partout et connaît le pays mieux que moi et mon fils a même appris l’arabe. Nos liens avec le Liban sont très forts et même si on part, l’on s’y est fait des amis pour la vie». Il avait l’impression de connaître le Pays du Cèdre avant son arrivée et quand on lui a proposé le poste à Beyrouth, il a dit aussitôt oui. «C’était un défi pour moi, une opportunité unique dans la vie». C’est aussi l’occasion pour lui de visiter les pays de la région, l’Egypte, la Jordanie, la Syrie où il a effectué plus d’une vingtaine de visites, ainsi que les pays du Golfe.  


Alvarez et les Libanais
Pour l’ambassadeur du Mexique, l’essentiel de son action est la communication. «C’est une communication sincère et authentique que je cherche à établir malgré le fait que je ne parle pas l’arabe. Je me renseigne sur tout et je pose beaucoup de questions. J’aime les Libanais dans toutes leurs diversités. J’ai juste un problème avec ceux qui affectionnent particulièrement le show-off. Un Libanais tout simple peut vous sortir le grand jeu, alors que les Mexicains d’origine libanaise, pour la plupart de grandes figures, ont une attitude tout à fait différente. Malgré leur grande richesse, ils adoptent tous un profil bas». Même Carlos Slim ne posséderait pas un avion privé selon le diplomate. Aucun Mexicain n’a au moins un ami libanais, ce qui a fait dire une fois au président du Mexique, «Si vous n’avez pas un ami libanais allez en chercher». Jorge Alvarez trouve le Liban très beau, possédant une grande variété de paysages dans sa petite géographie. «Les montagnes et les vallées sont très belles. Si l’on se limite à Beyrouth et Jounié, on obtient une vision limitée. Il faut en sortir pour voir et respirer le Liban». Quoiqu’étant à la fin de sa mission diplomatique, Alvarez s’engage de plus en plus, comme s’il était encore à ses débuts, une façon pour lui de manifester son amour et son attachement aux Libanais. D’ailleurs, il a déjà le projet d’écrire un livre sur son expérience au Liban. «Ce ne sera pas une autobiographie mais je voudrai écrire sur ce que j’ai vu et vécu ici, le mode de vie des Libanais, j’ai essayé de savoir ce qui rend les gens heureux dans cette partie du monde». Un livre vivement attendu puisqu’il sera écrit par un homme si peu traditionnel…

Joëlle Seif

Les Mexicains d’origine libanaise
Selon Jorge Alvarez, un million de Mexicains sont fiers d’être d’origine libanaise. Contrairement au Brésil où presque la totalité des 16 millions de Libanais sont concentrés à Sao Paulo, ceux du Mexique sont dans toutes les villes du pays. Ils sont actifs dans tous les domaines, tels que le commerce, les finances, la politique et les médias. Carlos Slim, l’homme le plus riche du monde, est un exemple de leur réussite. D’ailleurs, les Libanais détiennent à eux seuls 14% du PIB mexicain, alors que le Mexique représente la douzième économie mondiale. A Puebla, les Mexicains d’origine libanaise sont les plus gros producteurs de textile. «Ils font même la concurrence à la Chine dans ce domaine». Et fait très significatif, sur un gouvernement composé de 32 ministres, six sont d’origine libanaise.


Ce qu’il en pense
-Le Printemps arabe: «Je suis de très près l’éveil arabe. Pour moi un processus historique. C’est le début de la manifestation de la volonté des Arabes de prendre eux-mêmes leur destin en main, alors que pendant plus de trois générations, ils ont vécu les idées des puissances coloniales. Même si je suis inquiet par les conflits internes en Egypte, en Tunisie, en Libye et en Syrie, il est clair que les Arabes ont décidé d’écrire eux-mêmes leur histoire. Ceci va prendre du temps mais les Arabes veulent la démocratie, la justice et la paix.  La situation est dangereuse et les solutions au Moyen-Orient sont toujours difficiles et complexes. Malheureusement, la vie humaine n’a plus de prix et ce qui se passe est atroce. Toutefois, c’est une opportunité de faire des transformations de fond même si certains passages sont violents. Ma présence au Liban fait que je suis dans la première ligne d’observation. Le Liban est si petit et fragile mais il est un miroir dans lequel se reflètent tous les événements».
-Ses loisirs: «Le hiking et le trekking sont pour moi la manière la plus agréable d’avoir une perspective profonde du Liban. Il est vrai que c’est un petit pays, mais il est tellement complexe. Il faut non seulement lire des livres pour le connaître, mais surtout lire dans les yeux de ses habitants. C’est ainsi que j’ai découvert beaucoup de régions, surtout au Mont-Liban. J’ai été aux Cèdres, à Kornet el-Saouda, à Ehden… J’ai même participé durant trois jours au Lebanon Mountain Trail. C’est aussi l’occasion de rencontrer des personnes très intéressantes. Je suis également un grand amateur de musique et j’aime la lecture».
-Social Networking: «Je suis très actif sur Facebook où je possède un compte personnel. L’ambassade également possède une page et dans quelques jours je serai sur Twitter».

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Éditorial
La leçon de Ersal

L’incident survenu à Ersal rappelle combien les Libanais font preuve de légèreté en s’impliquant dans le conflit syrien. Quelles que soient les erreurs que la troupe ait pu commettre, et c’est encore à prouver, elle ne peut être empêchée de la sorte de remplir sa mission: l’arrestation d’un terroriste. L’armée n’est pas une machine à tuer, les salafistes-jihadistes le sont. Pour être efficace, l’armée doit être techniquement capable et soutenue politiquement. A Nahr el-Bared, elle a montré une grande capacité d’adaptation à ses faibles moyens et une combativité remarquable. Les obstacles politiques sont dressés tant par certains leaders sunnites que par le Hezbollah. Les premiers voient un complot contre leur communauté chaque fois que l’armée s’en prend à un de leurs coreligionnaires. Si, les cheikhs Salem el-Rifaï, Bilal Dokmak, Omar Bakri et consorts devenaient les principales figures sunnites, les actuels représentants de la communauté devront renoncer aux costumes- cravates, aux barbes bien taillées, aux sièges parlementaires, renoncer tout court à la République au profit d’émirats islamistes qui ne leur pardonneront pas leurs compromissions passées avec les «apostats». Le Hezbollah dresse, quant à lui, deux obstacles. Le premier dit qu’un Etat moderne efficient ne peut s’accommoder d’un dédoublement des forces armées, ou déléguer à un parti son droit souverain à déclarer la guerre. Le second obstacle est motivé par la peur du Hezbollah et des chiites d’être la cible d’une guerre menée par ces mêmes jihadistes. Cette peur s’est amplifiée depuis le 11 septembre, l’invasion américaine de l’Irak et la guerre en Syrie, où l’on entend crier, avec passage à l’acte, la haine des chiites. Cette peur est légitime, tout autant pour les chrétiens que pour les druzes. Mais ce ne sont pas les missiles Zalzal, capables d’atteindre Tel-Aviv qui les protégeront. Les salafistes-jihadistes appartiennent à deux écoles. D’abord, les internationaux, les universels, ceux qui pensent que le monde leur appartient comme un don de Dieu. Il ne leur importe pas de contrôler impérativement un territoire. L’invasion physique n’est qu’un des multiples moyens d’imposer - ce qui est essentiel à leurs yeux - la loi de Dieu comme ils l’ont pervertie. On a vu comment ils se sont évaporés au Mali face à l’armée française sans avoir, ou si peu, combattu. Ils reviendront secrètement, pour appliquer leurs lois, cette fois par la terreur, leur moyen le plus efficace. Bref, le scénario du XIIIe siècle où les mamelouks envahissaient et vidaient le Kesrouan, sabrant, indistinctement, chiites, druzes et chrétiens, n’est plus d’actualité.  Contre cet ennemi mobile et caché, seule une armée et ses services de renseignements, détentrice unique des armes létales, acceptée et aidée par toute la population, peut arrêter ceux qu’elle juge suspects. L’expérience américaine en est la démonstration. Occupant le territoire afghan, l’Amérique, malgré ses moyens, n’a pu venir à bout des taliban. Par contre, sur son territoire, la force américaine a, depuis 2001, déjoué tous les attentas en gestation. L’autre genre de jihadistes est celui des nationaux. Pour les combattre, les mêmes arguments concernant l’armée peuvent être répétés. Mais de plus, ces jihadistes attachés à un territoire ne peuvent survivre que s’ils parviennent à se fondre dans une population qui leur est favorable. Or, le Hezbollah aide à rendre le milieu sunnite favorable aux jihadistes. En plus d’être accusé de concurrencer l’armée, des affaires crapuleuses touchent des proches de ses dirigeants. L’opération du 7 mai baptisée «Journée glorieuse» et l’épisode des «chemises noires» étaient humiliants pour la communauté sunnite. Sa participation aux combats en Syrie aux côtés d’un régime accusé de despotisme à l’égard des sunnites, la met mal à l’aise. Il suffit pour s’en convaincre de lire les communiqués laconiques qui annoncent la mort de l’un de ses combattants, sans préciser sa mission ou le lieu de son décès. Les héros de 2006 du Hezbollah doivent se retourner dans leurs tombes. Enfin, son implication supposée dans l’attentat contre des Israéliens en Bulgarie le dessert dans son différend avec l’Occident. Pour toutes ces raisons, pour faire face tant aux menaces physiques que politiques, le Hezbollah ne pourra se défendre que s’il s’accorde à la normalité institutionnelle de tout parti politique; s’il cesse de prétendre à un particularisme, quelles qu’en soient les motivations. Il se sauvera et le Liban avec, permettant une meilleure action contre le terrorisme et la lente désintégration de la République. Pourquoi insister sur le Hezbollah? C’est parce qu’il est le seul à pouvoir beaucoup donner, faire la différence, tout en gardant les acquis d’une communauté longtemps négligée.


 Amine Issa
   

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