Fouad el-Saad. Droit comme un chêne
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Nº 2909 du vendredi 9 août 2013

Fouad el-Saad. Droit comme un chêne

 
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Il appartient à l’une des plus anciennes familles du Liban dont les racines remontent à 1585. Un Liban qui a depuis disparu avec ses us et coutumes, mais dont la mémoire reste vivace et laisse un arrière-goût d’amertume. Portrait du député et ancien ministre Fouad el-Saad.  

Tout a commencé en 1582, lorsqu’une délégation de la famille druze des Atallah s’est rendue au Kesrouan à la recherche d’un curé maronite qui accepterait de s’installer à Rechmaya, en zone druze, pour y servir une paroisse composée de paysans et de bergers maronites. C’est ainsi que fut trouvé le prêtre Béchara Moubarak, ancêtre d’une nombreuse descendance répartie en plusieurs branches: dont l’un des descendants est le président de la République cheikh Béchara el-Khoury et l’autre le président de la République sous le mandat français, Habib Pacha el-Saad et Fouad el-Saad. Après son oncle Amine el-Saad, qui fut ministre des Travaux publics et député, c’est à Fouad qu’échoit la charge de poursuivre la tradition familiale. Elu député pour la première fois en 1992, il fut battu aux législatives de 1996. En 2000, il est de nouveau élu et depuis il est le député maronite de Aley. Il fut également ministre d’Etat en charge de la Réforme administrative.
L’histoire de la famille commence par une boutade que raconte Fouad el-Saad. Depuis le père Béchara Moubarak, quatre générations de prêtres se sont succédé avant que l’un d’eux ne participe à la fameuse bataille de Aïn-Dara et qu’il soit ennobli par l’émir Haïdar sur le champ de bataille. «A la fin de la bataille de Aïn- Dara, l’émir Haïdar, en lui confiant Rechmaya, demande au père Abdallah: Pourquoi, alors que tout le monde combat l’épée à la main, utilises-tu le «dabbouss»? Le père de répondre: «Mon émir, je suis un curé chrétien et Jésus-Christ a dit qui tue par l’épée périra par l’épée. Il n’a rien dit concernant le dabbouss». Le dabbouss est une masse d’armes comprenant une chaîne en fer au bout de laquelle se trouve une grosse boule cloutée que les Croisés ont importée d’Occident. On la faisait tourner en visant la tête qu’on écrabouillait. «Le père Abdallah s’était rendu à Chartoune, village du Chouf, chez un ferronnier à qui il a commandé sa masse d’armes», explique Fouad el-Saad.
«J’ai vécu dans une maison où, à 6h du matin, il y avait déjà du monde. Je sortais en pyjama dans le hall et, autour de mon père, des gens étaient là sollicitant différents services auxquels il fallait répondre. C’était la vieille école politique au Liban, qui reposait sur les services rendus aux électeurs dans une période où l’Etat faisait ses premiers pas», se souvient Fouad el-Saad. Depuis, les choses n’ont pas beaucoup changé et on en est toujours au même stade dans ce domaine. «La politique passait par des services rendus, beaucoup plus que par l’idéologie politique ou le parti auquel on appartient». Quand on envoyait Fouad el-Saad au lit, les gens étaient encore là. «Des gens de toutes les communautés, des druzes et des chrétiens en particulier, qui venaient voir mon père». La demeure de Aïn-Trez et son fameux chêne, vieux de plus de mille ans, ont une place très particulière dans son cœur et tous ses souvenirs d’enfance s’y rattachent. «Ce n’est ni une maison, ni un palais, mais c’est une dar qui qualifie le mieux cette demeure». C’est une propriété de famille qu’il a fermement l’intention de conserver et de préserver. «Notre présence dans la région remonte à 1585», dit-il.
Son parcours est traditionnel. Après des études scolaires au collège Notre-Dame de Jamhour, il obtient une licence en droit de l’Université Saint-Joseph. «J’étais influencé par le climat familial qui me poussait vers la politique. Je voulais être bien armé pour la carrière que j’entendais suivre. C’est pour cela que j’ai fait le droit, les sciences politiques, ainsi que l’histoire-géographie à l’école des Lettres. Bien qu’il échoue, il réussit à rassembler un nombre important de voix qui attirèrent l’attention sur lui. Proche de Ghassan Tuéni, il est candidat en 1972 sur une même liste. Lorsque la guerre éclate en 1976, il se préparait de nouveau à être candidat aux côtés de Ghassan Tuéni, mais la prorogation du Parlement met fin provisoirement à ses projets. Il a exercé le métier d’avocat quoique celui-ci fût sa façon de rendre service aux électeurs en sauvegardant leurs intérêts et leurs droits par le canal juridique.

Le bonheur bleu
Marié à Jacqueline Baz, ils ont une fille unique, Lamia, à laquelle Fouad el-Saad est profondément attaché. «Lamia est une handicapée de guerre. Elle a reçu en 1990 un éclat d’obus au visage et a été atteinte d’une paralysie partielle du côté gauche». Ce drame ne l’a pas pour autant empêchée de poursuivre sa vie avec beaucoup de courage. Elle raconte son expérience dans un livre intitulé Le bonheur bleu, à travers lequel elle lance un message d’espoir et d’amour. Bleu comme la couleur de la tristesse. «Elle a voulu dire que l’on peut être heureux même si l’on est handicapé», confie le député. Aujourd’hui, Lamia est écrivaine et historienne. Elle a rédigé un deuxième ouvrage, Effeuillages et elle écrit régulièrement dans les pages de L’Orient littéraire. Si, au départ, la politique l’a quelque peu tenu éloigné de sa famille, Fouad el-Saad souligne que depuis l’accident de sa fille, toute sa vie est centrée sur elle. «Je suis excessivement proche d’elle, d’ailleurs c’est réciproque».

Avec les druzes, un mariage maronite
Député d’une région dominée par Walid Joumblatt et en dépit de la froideur dans la relation entre les deux hommes depuis «l’avant-dernier» revirement du seigneur de Moukhtara, qui a fait chuter le gouvernement de Saad Hariri en se rapprochant du 8 mars, Fouad el-Saad estime que, malgré les apparences, sa relation avec le bey est au mieux. «Je suis lié à lui par la guerre de la Montagne et ses conséquences, par l’histoire politique de la montagne du sud du Mont-Liban, ainsi que par les relations familiales ancestrales et une amitié personnelle qui, de mon côté, est à toute épreuve», confie le député de Aley. Actuellement, les deux hommes sont en contact. «J’ai dû prendre une position différente de la sienne concernant la candidature de Najib Mikati à la place de Saad Hariri, mais nos relations ont repris petit à petit. C’est devenu de l’histoire ancienne. Il faut regarder vers l’avenir dans un pays où celui-ci devient de plus en plus incertain». Sur le plan régional, le député de Aley souligne qu’il est solidaire de Walid Joumblatt même quand il adopte des positions différentes des siennes. «Je dois d’ailleurs lui reconnaître l’élégance de ne nous avoir jamais demandé quoi que ce soit. C’était à nous de décider et de prendre position», dit-il.  Fouad el-Saad se voit dans le rôle de conciliateur et de pacificateur. «A cause de ce rôle, j’ai été kidnappé par les Palestiniens à Ghobeiri, en 1975, et j’ai reçu en 1976 une balle dans le ventre qui aurait pu me tuer ou me rendre tétraplégique». Il est très heureux d’appartenir à cette région druzo-chrétienne et c’est sur une note d’humour qu’il clôt notre entretien: «Il y a entre les el-Saad et les druzes une sorte de mariage maronite», dit-il.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

Les livres, sa passion
Ce qui vous frappe dans la maison de Fouad el-Saad, c’est le nombre de bibliothèques qui existent. Dans le bureau, la salle de séjour, partout où l’on circule dans la maison, ce sont des pans énormes de murs recouverts de livres du sol jusqu’au plafond. Un des murs de la salle de séjour est recouvert par la Pléiade. «Ce qui cause un sérieux problème lorsqu’il faut faire le ménage et enlever la poussière», souligne son épouse. Il possède plus de 7000 livres portant sur les sujets qui l’intéressent. «Les livres c’est ma passion. J’aime leurs odeurs: celles du papier, de l’encre, de la colle et de poussière qui s’y dépose. J’aime leur vue alignés sur les rayons, entassés sur les tables et tabourets attendant leur tour d’être lus. J’aime le bruissement de la page qu’on tourne, le toucher du papier et celui de la couverture parfois lisse et d’autres fois rugueuse. J’aime la compagnie des livres et le cadre des bibliothèques dans lequel j’aime m’asseoir et m’y engloutir».

Ce qu’il en pense

Social media: «Toute cette technologie me fait peur».
Ses loisirs: «Je suis un sportif matinal. Tous les jours de la semaine, je nage de 7h à 8h dans la piscine de Yarzé. Je suis aussi un grand lecteur et je possède une bibliothèque composée de plus de 7000 livres».
Sa devise: «Religion et patrie. C’est d’ailleurs la devise de la famille qui est inscrite sur notre blason. C’est venu avec le titre qui nous a été décerné par le pape Léon XII en 1898».
 

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Éditorial
Salade de discours

Les hommes politiques étaient particulièrement communicatifs la semaine dernière. Ils se sont fendus d’une littérature tellement abondante que les Libanais sont servis pour un bon bout de temps: trois discours en mets principal, une flopée de déclarations pour le dessert et, cerise sur le gâteau, un brin de prises de position, assaisonnées d’un zest de commentaires bien pressés. Ils ont néanmoins pu vérifier, une fois de plus, que la quantité et la qualité sont, souvent, inversement proportionnelles. Une partie de ce qu’ils ont entendu était, en effet, tout bonnement indigeste, une autre difficile à avaler, et une troisième plus ou moins raffinée. L’ennui c’est qu’après avoir séparé les belles pièces des morceaux infects, il ne restait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Friands des nouveautés, il a fallu qu’ils goûtent à tout pour réaliser qu’il aurait été préférable pour eux de se mêler de leurs oignons... s’ils n’aiment pas qu’on leur raconte des salades. Le plat de résistance était offert par le secrétaire général du Hezbollah. Bien qu’il ait utilisé les ingrédients habituels, sayyed Hassan Nasrallah a un peu trop épicé la sauce, cette fois-ci. Son discours, presque exclusivement consacré aux questions régionales – la crise syrienne, le conflit israélo-arabe, la Palestine... – était plutôt destiné à une clientèle étrangère, car les Libanais restent attachés, en majorité, à la cuisine locale. Visiblement, le chef du Hezbollah trouve le marché domestique trop exigu et envisage d’investir au-delà des frontières, dans le cadre d’une stratégie d’expansion régionale. Cependant, dans le contexte actuel de crise, ce pari est risqué, surtout que le menu qu’il propose, bien que très en vogue entre les années 60 et 90 du siècle dernier, pourrait ne pas être du goût de la génération fast-food. Mais tel qu’on le connaît, Hassan Nasrallah n’est pas près de rendre le tablier... il continuera à servir le même plat jusqu’au bout. De son fourneau saoudien (il fait 41 degrés à Jeddah, température idéale pour cuire à feu doux), Saad Hariri a sorti la carte «menu pour enfant», une formule standard proposée dans toutes les branches de la chaîne 14 mars. Depuis 2005, c’est pratiquement la même salade qui est offerte. A toutes les sauces, on retrouve le Hezbollah et ses armes, responsables, selon l’ancien Premier ministre, de tous les maux dont souffre le Liban. Hariri a vendu sa marchandise à la criée, répétant 45 fois le mot «armes». Sans le savoir, il se fait le promoteur de la théorie de la relation dialectique entre la quantité et la qualité. Le chef du Courant du futur a une vision diamétralement opposée à celle de Hassan Nasrallah et propose le chemin inverse: un retour vers le marché domestique, car l’on n’obtiendra jamais un panier mieux garni que celui que l’on cueille dans son propre jardin. En outre, le marché régional est déjà occupé par ceux qui sont en train de cuisiner les Syriens, les Egyptiens, les Irakiens, les Tunisiens, les Libyens... Les petites bouchées de dessert ont été présentées – sous forme de honteuses surenchères – par les seconds couteaux des deux grands chefs. Gluantes et visqueuses, elles étaient tout simplement repoussantes. Nous ne citerons point les noms de ces assistants car ils ont la réputation de prendre mal les critiques... Avec un tel menu, on voit bien que le palais n’a pas été gâté. Heureusement que l’entrée a été offerte par le président Michel Sleiman. Bien qu’elle n’ait pas été du goût de tout le monde, une bonne partie des clients en a apprécié la saveur. Il a proposé un retour aux sources, aux racines, au bercail, car il n’y a de meilleure cuisine que celle du terroir. Tout compte fait, en cette ère des prorogations tous azimuts, une prolongation de quelques jours du mois du Ramadan aurait été la bienvenue. Car le menu proposé était tellement peu alléchant qu’il aurait mieux valu jeûner plutôt qu’ingurgiter du junk food.


 Paul Khalifeh
   

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