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Mohamed Choucair. La politique au service de l’économie

 

Du monde des affaires d’où il vient, il est normal qu’il se trouve un jour à la tête de la Chambre du Commerce, de l’Industrie et de l’Agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban. Elu le vendredi 17 février 2012 à Barcelone, Mohamed Choucair est aussi le président de l’Association des Chambres de Commerce et d’Industrie de la Méditerranée (ASCAME) qui compte 220 Chambres autour du pourtour méditerranéen.

Né le 25 juin 1968, Mohamed Choucair a vécu la plus grande partie de sa vie en dehors du Liban, essentiellement en France, où il a fait ses études scolaires et universitaires, et ce n’est qu’en 1992 qu’il est rentré définitivement. Pourtant, de 1992 à 1996, il passe la majeure partie de son temps en dehors du pays et ne se trouve pratiquement que 2 mois par an à Beyrouth. Il est marié à Amna Kabbani, qui est à moitie hollandaise. «Je l’ai rencontrée à Beyrouth et j’ai aimé en elle ce mélange qui associe les qualités européennes et orientales. Elle avait la simplicité et la modestie occidentales alliées à la chaleur humaine typiquement orientale», confie Mohamed Choucair en parlant de son épouse. Mariés en 1996, ils ont quatre enfants, une fille et trois garçons: Nour (16 ans), Nizar (14 ans), Yehia (12 ans) et Amine (6 ans).
Le Liban ne représentait pas grand chose pour Mohamed Choucair, jusqu’au jour où, en 2003, Rafic Hariri lui propose de l’accompagner dans un voyage au Brésil. «Durant ce voyage,  j’ai connu de près Rafic Hariri et j’ai découvert le Liban à travers ses yeux. Je suis rentré du Brésil fier d’être Libanais. C’est alors qu’a commencé mon parcours au service de l’économie et du secteur privé», se souvient Choucair. A ce moment-là, Rafic Hariri lui demande d’occuper une fonction dans les Chambres ou les Associations. «La seule place vacante était à la Chambre du Commerce Internationale. J’ai alors fait mes débuts en tant que membre et trésorier. Ensuite, j’ai fondé avec mon ami Charles Arbid, la Lebanese Franchise Association, puis je suis devenu membre de la Chambre du commerce et de l’Industrie de Beyrouth et du Mont-Liban, responsable de la commission industrielle de la Chambre. En juin 2010, je fus élu président de la fédération des Chambres de Commerce du Liban», poursuit Mohamed Choucair.
L’un des buts que le président s’est fixé est celui de changer la mentalité des politiciens libanais. «Il est grand temps que les hommes politiques comprennent qu’ils sont au service de l’économie et non pas l’inverse! Le jour où cette mentalité prévaudra, le Liban sera un des plus forts pays au monde sur le plan économique», affirme Choucair. Dès le début de son mandat, il a commencé à se préparer pour les élections de l’ASCAME qui comprend 23 pays. «J’ai participé à toutes les réunions de l’ASCAME et j’avais confiance dans les capacités du secteur privé, grâce auxquelles le Liban était capable de présider cette association. Ainsi avec l’aide de l’équipe de la CCIA et l’appui des instances économiques, j’ai été élu président de l’ASCAME pour 4 ans. Pour la première fois, des élections ont eu lieu et non pas des compromis, comme cela était l’usage, et je considère cette victoire celle du secteur privé libanais», raconte Mohamed Choucair. Sa foi dans le secteur privé est immense et il demeure convaincu que si ce n’était le secteur privé, le Liban aurait disparu depuis longtemps.    
Dans un pays où souvent le monde des affaires sert de porte d’entrée au monde de la politique, Mohamed Choucair manifeste son opposition à ceux qui se servent de l’économie comme tremplin pour faire de la  politique. «Je suis contre l’utilisation d’un poste dans les instances économiques pour faire de la politique et je réclame l’adoption d’une loi interdisant à toute personne occupant une telle fonction d’exercer une activité politique avant un délai de 2 ans après avoir quitté son poste. Le jour où l’économie sera indépendante de la politique, les instances économiques pourront alors gouverner le pays», clame-t-il.
Cet homme d’affaire est également un grand défenseur de la femme. «Je suis très fier d’être Libanais mais j’ai honte lorsque je pense que la femme dans notre pays n’a pas tous ses droits. Je suis très satisfait que, pour la première fois dans l’histoire de la Chambre, il y ait 5 femmes membres du conseil d’administration. J’ai beaucoup de respect et d’estime pour elles. Je reconnais que ce sont elles qui travaillent le plus et qui proposent les idées les plus intéressantes. Au cas où je serai réélu à la présidence de la Chambre, je vais porter la représentation féminine au conseil d’administration à 50%», affirme Choucair.    
Si une grande amitié qui remonte à leur enfance passée à Paris, lie Mohamed Choucair à Saad Hariri, ceci ne l’empêche pas d’avoir de bonnes relations avec toute la classe politique. D’ailleurs, dans son bureau trônent plusieurs clichés le montrant avec le président Michel Sleiman, avec Nabih Berry ou avec le Premier ministre Najib Mikati. «J’ai de mauvaises relations avec toute personne qui ne veut pas l’intérêt de l’économie nationale». Des ambitions politiques, il n’en a pas vraiment selon ses dires mais il confie: «Je ne pourrais être ministre que dans un gouvernement présidé par Saad Hariri». Pour ce sunnite ouvert et modéré, la montée de l’extrémisme est une source d’inquiétude. «Un jour quelqu’un a demandé à Rafic Hariri qui étaient ses amis. Il leur a répondu le musulman modéré et le chrétien modéré. La modération dans toutes les religions est très importante et le Liban doit rester un pays ouvert à tous, un pays où l’église et la mosquée se côtoient. C’est cela le Liban. Je comprends parfaitement la peur des chrétiens puisque les musulmans ont peur. Je me demande si mes enfants vivront ici ou s’ils seront obligés de quitter le pays», confie  Choucair. Pour lui, tant qu’il y a des Libanais qui croient en leur pays, le Liban ne peut pas mourir. «Nous allons continuer à investir et créer des emplois malgré tout ce qui se passe et malgré tout ce que l’on voit». Pour Mohamed Choucair, le plus important demeure l’amour des gens. «L’argent peut tout acheter, mais il n’achète pas l’amour. La franchise et l’honnêteté sont primordiales. Dès le premier jour où j’ai occupé mes fonctions, je ne fais pas de promesse que je ne peux pas tenir. J’essaie autant que possible d’aider les gens en créant des offres d’emploi», dit-il. Pour lui, personne ne peut venir à la Chambre du Commerce et de l’Industrie sans appartenir auparavant à une société qui a réussi. «C’est alors l’expérience et le savoir- faire qu’on met au service de cette institution. C’est tout aussi important pour le départ. On ne s’attache plus à la fonction quand on sait qu’il y a une compagnie florissante et en pleine expansion qui vous attend». Joëlle Seif

 

Patchi, Un produit purement libanais
Créé par son père Nizar Choucair, Patchi porte bien haut le nom du Liban. «Mon père a travaillé très dur pour agrandir Patchi qui est présent dans 37 pays. Je suis très fier que Patchi soit le nom arabe le plus répandu dans le monde. Ce succès est dû au travail et aux efforts de 4500 employés qui ont fait de la société ce qu’elle est aujourd’hui», confie Mohamed Choucair. Patchi compte 178 magasins dans le monde, 5 usines réparties entre le Liban, l’Arabie saoudite, Dubaï, le Koweït, l’Egypte, Londres et Paris qui, à part la production du chocolat, fabriquent l’argenterie, les accessoires, les fleurs artificielles…  CEO du groupe pendant 12 ans, Mohamed Choucair vient de présenter sa démission. «C’est la décision la plus difficile que j’ai dû prendre, surtout au moment où Patchi s’apprête à faire son entrée  en bourse. Je ne peux pas continuer à exécuter mes fonctions de CEO avec toutes les responsabilités que j’ai à la Chambre. Je pense qu’il faut savoir s’arrêter au bon moment», dit-il.

 

Ce qu’il en pense
La lecture: Je lis tous les jours deux heures de temps, la nuit entre 11h 30 et1h 30. Je lis surtout des ouvrages politiques et économiques. Nous avons un bureau d’études qui fait des rapports sur la situation économique régionale et mondiale que je lis régulièrement.
Facebook: «Je suis très actif sur Facebook, ce qui commence à empiéter sur le temps que je consacre à la lecture. Depuis trois mois que je suis sur Facebook, j’ai déjà plus de 13000 like sur ma page.»

Le sport: «En deux ans, j’ai réussi à perdre 35 kilos sans avoir recours à la chirurgie. Au début, je mangeais la moitié de ma portion puis petit à petit j’ai commencé à sauter les dîners. Aujourd’hui, où le soir que je suis invité, j’y vais mais je ne mange pas. Au début, j’arrivais à peine à marcher 3 kms par jour, aujourd’hui je fais 8 kms aisément».

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