Magazine Le Mensuel

Événement

Vivre ensemble. Le «oui» de la jeunesse

 

Une rencontre sur le thème de la tolérance a réuni des centaines de jeunes de différentes confessions religieuses sur le site de l’Université Saint-Joseph, samedi 3 mars. Les responsables des autorités religieuses ont fait le déplacement pour soutenir l’initiative.

 

A l’appel du projet CILT (Christians islamic living together), les lycéens de quatorze établissements scolaires ont participé à cet atelier inédit, portant sur la cohabitation communautaire. Quelque trois cents étudiants présents ont exposé les travaux réalisés en classe sur le sujet. C’est la première fois pour nombre d’entre eux qu’ils sont amenés à rencontrer des jeunes d’autres confessions que la leur. Une occasion également de discuter avec la réalisatrice Nadine Labaki, qui aborde le sujet de la cohabitation communautaire dans son dernier long-métrage. Des heures de dialogue s’en sont suivies entre les nouvelles générations et sept personnalités, représentants des autorités religieuses et de l’Etat libanais ainsi que membres de la société civile.
Voila presque deux ans que les membres du CILT sillonnent les routes du pays, pour enseigner les bienfaits de la tolérance et du dialogue dans les écoles. Idée développée par quatre doctorants en Sciences religieuses (deux chrétiens et deux musulmans), cet échange intergénérationnel a choisi de viser la moelle épinière de la société, par l’éducation. Chapeauté par l’Université Saint-Joseph, le programme connaît vite un grand succès, tant au sein des administrations scolaires que chez les élèves eux-mêmes. «On voyait dans leurs yeux l’envie de connaître l’autre», affirme Christophe Raddish, membre du CILT. D’où l’idée de rassembler pour une journée d’échanges les élèves des établissements qui ont participé au projet: ils sont des jeunes catholiques, orthodoxes, chiites, sunnites et druzes, élèves d’écoles mixtes et non-mixtes. Sept écoles ont fait parvenir une trentaine d’étudiants chacune pour les représenter, les sept autres convois ayant, à leur grand malheur, été bloqués par la neige qui s’est abattue la veille sur les zones montagneuses.

Parole aux jeunes
Sami Khalifeh, membre fondateur du CILT, a appelé en préambule la jeune génération à ses responsabilités, celles d’effectuer un inventaire lucide sur la situation du pays, et sur les conflits identitaires qui n’ont cessé de ponctuer sa récente histoire. Une analyse qui favorisera la création aux dépens de la reproduction, et l’entente aux dépens de la discorde. Empruntant les mots du Pape Jean-Paul II et de l’Imam Sadr, le professeur appelle la jeunesse à «refuser l’héritage de la peur». Un précepte à la paix qui fut trop souvent couronné d’échec par les anciennes générations, ce qui imprègne un certain malaise dans les esprits de leurs enfants. Si bien qu’aujourd’hui encore, les plaies des guerres intestines peuvent trouver échos dans la bouche des générations nouvelles. C’est pour vider cette rancœur que le CILT s’engage dans le dialogue avec la jeunesse du pays, pour l’armer contre les discussions souvent rétrogrades dont ils sont témoins quotidiennement. «C’est un combat de tous les jours que doivent mener les jeunes», affirme Sami Khalifeh.

Les préjugés et les amalgames, ce sont justement ce que les élèves des différentes confessions se sont chargés de démonter, lors de leurs présentations. Les orateurs de chaque école se sont succédé sur l’estrade de l’amphithéâtre Pierre Aboukhater, pour exposer leur travail sur grand écran. Les intervenants ont quitté l’estrade sous des tonnerres d’applaudissements. Une preuve de la volonté des adolescents de travailler pour leur union, mais aussi un exemple d’écoute et d’estime mutuelles. «Nous avons montré que nos religions étaient presque les mêmes, à l’exception de différences dans les noms», explique Hadi, élève de première à l’école de l’Imam Hussein. «Les chrétiens et les musulmans peuvent très bien vivre en paix, mais seulement faut-il qu’ils en aient envie», conclut-il lucidement. Les élèves du Sacré-Cœur des Frères Gemmayzé, ont de leur côté, parlé de leur interprétation du film de Nadine Labaki Et maintenant, on va où», qui traite des relations entre musulmans et chrétiens dans un village libanais au cours de la guerre civile. Hamad, élève du collège Sacré-Cœur, justifie le choix de ses camarades: «Nadine nous a aidés à réfléchir, elle nous offre des solutions contre ces stéréotypes. D’autres horizons que ceux que l’on a vu avec les guerres de 2006 et 2008». La cinéaste, qui a par la suite assisté à une séance de question/réponse avec les adolescents, s’est montrée très touchée par l’enthousiasme des intervenants. «Comme si l’intention de mon film était arrivée dans leur cœur. Ça me donne beaucoup d’espoir», a-t-elle affirmé.

 

Une page blanche
Si le CILT déploie tant de forces dans l’éducation, c’est qu’il a la conviction que la paix politique passe par une avancée des mentalités. Construire avec l’autre, c’est commencer par l’accepter, tel qu’il est. C’est en ce sens que les représentants des différentes confessions et organisations œuvrant pour la paix entre les communautés ont encouragé l’auditoire à tourner une nouvelle page du Liban. Dans son allocution, le secrétaire général du comité du dialogue islamo-chrétien libanais, Dr. Mohammad Sammak, appelle la jeunesse a ne pas reproduire les erreurs du passé: «Vous êtes l’avenir du Liban, c’est maintenant à vous de bâtir le respect de la différence. La diversité est un cadeau de Dieu. C’est une source de richesse et non pas de conflit».  Cheikh Oussama Al-Haddad s’est également dit émerveillé par la spontanéité de cet échange interconfessionnel, en souhaitant qu’il se propage sur tous les pans de la société. C’est très ému qu’il cédera son microphone.
Il faut imaginer combien il est difficile, pour les nouvelles générations, de penser la tolérance, alors que le modèle dont ils héritent est lui-même bâti sur le socle des différences. Ce paradoxe libanais n’est pas insurmontable, ont affirmé les participants. Seulement implique-t-il une intransigeance intellectuelle redoublée. Sayyed Ali Al-Hakim, en lisant des versets du Coran prônant le respect de l’autre, insiste sur l’importance de ne pas mal interpréter les livres sacrés. Il s’est adressé au cœur des jeunes musulmans, en soulignant la nécessité d’une unité entre les différentes confessions. Pour le père Aziz Hallak, le constat est le même. Clôturant un discours basé sur l’entente et le partage, il appelle la nation libanaise á «sortir de sa bulle». Au membre du Conseil constitutionnel, Antoine Messara, d’ajouter que «s’il n’y a plus de barricades dans les rues, il y en a encore dans les têtes. La gestion démocratique de la diversité au Liban passe par leur éradication».
Si les centaines de jeunes se sont montrés fort réceptifs aux débats de fond, c’était surtout l’occasion pour eux de faire des rencontres inédites, et d’établir des liens avec des gens du même âge et de confessions différentes. Une journée dont chacun se souviendra, tant il est encore rare pour un jeune libanais, de croiser le chemin de l’autre. Maud, sourire aux lèvres, nous confirme l’aspect exceptionnel de la rencontre: «Nous avons pu parler ensemble pour la première fois. C’est tellement rare qu’on se trouve autour de la même table». Il en est de même pour sa camarade de classe Tania, qui assure s’être fait des amis… bien qu’elle ne s’y attendait pas ! Hassan aussi voit avant tout l’évènement comme une opportunité de faire des rencontres, «c’est génial, d’avoir des chrétiens et des musulmans réunis dans la même salle. Cela nous apprend à mieux vivre ensemble».  

La rencontre restera dans les mémoires des participants. Il reste á espérer que son contenu se propage dans les discussions quotidiennes. Les membres du CILT assurent que de telles initiatives se reproduiront, et tous demeurent confiants sur le fait que cet élan finira par s’imposer sur le champ des idées. Ainsi le Liban de demain pourra-t-il, enfin, assumer la responsabilité qui est la sienne, de montrer au monde que la diversité est une force, lui qui de par sa structure fait office de véritable laboratoire. Lorgné de tous cotés, les observateurs internationaux soulèvent ses choix au rang de conclusions universelles sur la possibilité de vivre ensemble. Le Liban est capable á l’aube de la paix, de retrouver sa tradition de cohabitation pacifique. Partie intégrante de son héritage, elle fut mise à mal par les discours revanchards qui traînent jusqu’à présent comme des cicatrices profondes. Devant cela, les travaux de la jeunesse, de connaissance et de lucidité, sont les préceptes du changement. Car quoi qu’il arrive, les mentalités n’attendent pas la bonne volonté politique. Cyril Founeris

 

L’Annonciation pour unifier les croyants
Le 25 mars prochain sera l’occasion pour les chrétiens et les musulmans de se réunir pour une célébration commune, autour de la figure de Marie. Le jour de l’Annonciation, événement cité dans l’évangile et dans le Coran, est depuis 2010 le premier jour férié islamo-chrétien au Liban. Nagy el-Khouri, président de l’amicale des anciens élèves de Notre-Dame de Jamhour, et le cheikh Mohammed Noccari, professeur á l’Université Saint-Joseph et membre du Groupe de recherche islamo-chrétien (GRIC) avaient travaillé sur la mise en pratique de cette célébration commune depuis 2007. Trois ans plus tard, elle est décrétée fête nationale par le gouvernement de Saad Hariri.

 

 

Faute de respect et de dialogue
Les jeunes, vecteurs de violence

 

La violence s’exerce sur les plus jeunes qui la reproduisent. Comment sortir de ce cercle vicieux? C’est la question que se pose le collège Notre-Dame de Jamhour, en organisant une conférence suivie d’ateliers sur le thème Plus puissant que la violence: le respect.

Pas de violence pour battre la violence. Plutôt du calme et de la connaissance. Pointer du doigt le phénomène. Saisir les enjeux juridiques. Envisager un environnement plus saint. Un travail mené par les philosophes, les juristes et les psychanalystes, que les intervenants de la conférence ce mardi 6 mars prennent le soin d’exposer devant les parents d’élèves du collège Notre-Dame de Jamhour. Mounir Chamoun, psychanalyste et professeur à l’Université Saint-Joseph, lance les débats, en soulignant que la violence n’est pas l’adage du coup de poing ou de la gifle. Elle est aussi nommée chantage, mutisme, cris et gesticulations.
Et si certains enfants ont des comportements violents dès le plus jeune âge, ce n’est pas la faute de leur code génétique. La violence est imitée, elle est acquise voire encouragée. C’est là que les familles ont un rôle crucial à jouer pour en terminer avec ce cercle vicieux. Aux spécialistes de constater que de nombreux enfants sont encore victimes de violences domestiques. La violence sur les enfants est «un phénomène mondial, indépendamment du milieu social et du revenu», rappelle Me Elisabeth Sioufi, secrétaire de la Commission des Droits de l’Homme de l’Union internationale des avocats.
Les Etats s’arment d’un système juridique pour combattre ces pratiques. C’est dans ce but que le Liban a par exemple ratifié la convention internationale des droits de l’enfant (voir encadré). Ainsi, la loi libanaise punit-elle l’exploitation des enfants, la mendicité et le vagabondage, tout comme les abus sexuels et corporels sur mineurs. Mais les pratiques persistent malgré les lois qui les condamnent. Un silence flotte autour de ces actions, dû en grande partie à une mauvaise maîtrise des droits des enfants et des juridictions pénales par les enfants eux-mêmes. Peur d’être puni, peur d’être humilié, peur de parler, demeurent les principales causes du mutisme des victimes.
La violence traîne depuis de nombreuses années dans la société, ce qui rend difficile son éradication. Me Melhem Khalaf est l’un des cofondateurs de l’association OffreJoie, qui œuvre depuis 1985 pour le dialogue et le respect mutuel au Liban. Pour lui, la violence est avant tout une conséquence de la peur. Pas étonnant que la violence soit présente au Liban. Les zones d’habitation et les écoles monochromes au Liban ne laissent aucun espace à la communication et au dialogue. «La violence est une volonté de s’assumer seul, par la négation de l’autre», dit-il. Face à cela, «le respect est un premier pas, et l’estime de l’autre en est un second». Pour le professeur, une transformation des mentalités est un précepte incontournable pour lutter contre la violence dans le pays.
Me Sioufi, sur les violences subies par les plus jeunes, appelle l’ensemble de la société civile a prendre ses responsabilités, pour prévenir et punir les délits, ainsi qu’encourager les plus jeunes à témoigner des violences dont ils sont victimes en leur exposant leurs droits. Au-delà des impératifs juridiques, elle appelle les parents à «prévenir plutôt que punir», en rappelant que les familles sont les premières responsables devant ce phénomène. Le Dr Chamoun insiste également sur la primauté des institutions familiales. Il s’agit, selon lui, d’y instaurer un climat de respect mutuel, fondé sur une autorité saine et fonctionnelle, afin d’éviter les sentiments de frustration et de culpabilité vecteurs de violence.
«De telles initiatives doivent être régulières pour être efficaces. Cette conférence est un vaccin. Après, il faut des rappels», explique le Dr Chamoun. Une série d’ateliers seront mis à la disposition des parents d’élèves du collège. Des psychiatres et psychologues étaleront leurs savoirs sur le sujet jusqu’au 18 avril prochain, avec pour but de déceler et prévenir la violence chez les parents comme chez leurs enfants. Cyril Fourneris

 

Convention internationale des droits de l’enfant
Votée à l’unanimité en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies, tous les Etats y ont depuis adhéré (le Liban en 1991) à l’exception du Sud-Soudan, de la Somalie… et des Etats-Unis où certains Etats pratiquaient encore la peine de mort sur les mineurs. Comme toutes les conventions internationales, le texte n’engendre aucune conséquence pénale dans les pays. La responsabilité de son application incombe à chaque Etat, qui peut ou non suivre les protocoles législatifs proposés par les Nations unies. Les Etats membres sont tout de même priés de présenter des rapports périodiques relatifs aux évolutions des droits des enfants sur leur territoire. Le dernier en date au Liban a été soumis il y a trois ans.

 

 

Violences faites aux femmes
Non à la discrimination et à l'inégalité

 

A l’occasion de la journée internationale  de la femme, célébrée le 8 mars dernier, l’Institut Français au Liban a rendu hommage aux associations qui militent pour les droits de la femme. «La lutte contre les violences faites aux femmes», tel était le thème de la conférence organisée à cette occasion.

Le sujet a réuni des militants des associations de femmes et des droits de l’homme avec la secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe, Maud de Boer-Buqhicchio, l’ambassadeur de France au Liban, Denis Pietton et la chef de la délégation de l’Union européenne, Angelina Eishhorst. Les intervenants, profitant de cette journée ont rappelé ce qui restait à faire pour réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes. Au Liban, les femmes ne peuvent transmettre leur nationalité à leurs enfants, et cette inégalité juridique n’est qu’un exemple, parmi d’autres, des discriminations que subissent les femmes libanaises. «Les femmes continuent de subir des violences qui ne sont pas de simples faits divers mais constituent des crimes, affirment les intervenants. Ces violences ne relèvent pas de la sphère privée, elles constituent un enjeu politique essentiel et interpellent une responsabilité collective et une solidarité nationale». Au Liban, les associations et les pouvoirs publics s’engagent à faire adopter une loi pour protéger les femmes. Un projet de loi toujours à l’étude et dont certaines dispositions ne font pas encore l’unanimité. Les intervenants soulignent que, pour être pleinement efficace, la lutte contre les violences faites aux femmes doit s’inscrire dans la durée et dans une démarche globale. Elle doit établir des priorités comme la protection des victimes, la prévention des violences et la solidarité. Cette lutte est l’affaire de tous et de toutes. Elle doit mobiliser l’Etat, les professionnels, les associations et la société toute entière. Parler des violences faites aux femmes est une nécessité. Pour faire reculer ce phénomène, il faut sensibiliser le grand public à la prévention de toutes les formes de violence, partout où elles s’exercent.

 

Une priorité politique
Selon la secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe, Maud de Boer-Buquicchio, les formes de violence à l’égard des femmes sont multiples et le nombre de victimes incalculable. Elles sont nombreuses à éprouver trop de crainte ou de honte pour demander de l’aide. Elles paient souvent leur silence de leur vie. Mettre un terme à la violence doit être une priorité politique pour tout gouvernement d’un pays démocratique. Le Conseil de l’Europe a adopté, l’année dernière, sa Convention sur la prévention et la lutte conte la violence à l’égard des femmes et contre la violence domestique. La prévention de la violence, la protection des victimes et la poursuite des auteurs de ces violences sont les principes fondamentaux de la Convention. Les intervenants ont évoqué, par ailleurs, l’importance de faire évoluer les mentalités en incitant les membres de la société, en particulier les hommes et les garçons, à changer leur comportement en vue d’éradiquer les préjugés, les coutumes, les traditions et tout autre pratique fondée sur l’idée de l’infériorité des femmes. L’Association libanaise Kafa qui s’est donné pour objectif de combattre la discrimination, sous toutes ses formes, à l’égard des femmes, a profité de l’occasion pour rappeler l’importance d’adopter le projet de loi qui consiste à protéger les femmes libanaises et à veiller à empêcher que les excuses dictées par la culture, la tradition, la religion ou le prétendu honneur ne soient acceptables pour aucun acte de violence. NADA JUREIDINI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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