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Livre

Anthony Shadid. L’ultime hommage aux Etats-Unis

 

Oklahoma city. La ville où a grandi le journaliste américain d’origine libanaise, Anthony Shadid, a tenu à lui rendre un ultime hommage. Sa famille, ses amis, ses proches saluent la mémoire de cet homme décédé récemment. Et ses confrères arabo-américains continuent de le voir comme leur mentor.

 

Pauline Mouhanna, Etats-Unis

Dans cet amphithéâtre du Civic Music Center Hall, tous sont venus saluer celui qui est mort d’une crise d’asthme en traversant la frontière syro-libanaise. A cette occasion, les présents ont découvert le dernier livre d’Anthony Shadid, House of stone: a memoir of home, family and alost Middle East (La maison de pierre: mémoires d’une maison, d’une famille et d’un Proche-Orient perdu, Houghton Mifflin Harcourt Trade).
Sorti peu avant cette commémoration, ce livre a été écrit à la suite d’une longue pause. Après la guerre de 2006, Shadid s’était installé au Liban, à Marjeyoun. Dans cette ville qui lui est si chère, puisqu’elle est celle de ses ancêtres, il réside un an. De ce séjour, il tire ce livre où il mêle l’histoire familiale, celle de la ville et celle de tout le Proche-Orient. Unanimement salué, ce livre a suscité l’émotion auprès des présents à la commémoration. Auparavant, le maire, Mick Cornett, avait souligné qu’«Anthony Shadid a appris à Oklahoma des valeurs et a tenu à les appliquer à son métier: le courage et surtout la différence entre le bien et le mal». Quant à ses lecteurs, ses collaborateurs et bien sûr sa famille, ce jour-là, ils se sont rappelé ses immenses qualités. Sa plume riche et sa passion pour le Moyen-Orient. Anthony Shadid savait raconter l’histoire de cette région aux Américains. Avant lui, ces derniers étaient habitués aux récits fades et associaient les Arabes aux terroristes, aux femmes opprimées… Mais lui a su briser ces stéréotypes. Lors de son travail sur le terrain, il donnait la parole aux personnes qu’on n’entendait pas souvent et n’interviewait pas seulement les diplomates et les politiciens. Il allait à la rencontre des familles ordinaires et tenait à tout prix à montrer aux Américains l’autre visage des Arabes. Shadid dénonçait l’hypocrisie de la politique américaine. Rappelez-vous comment, avant le Printemps arabe, Washington soutenait les dictatures. Le journaliste se rebellait contre cette réalité. Sa réponse à lui c’était de faire parler les individus, sans aucun parti pris. Outre ces reportages de l’Egypte, de l’Irak ou d’autres pays arabes, le journaliste a mis en lumière les populations de la région dans ces divers livres. Dans Nightdraws dear: Iraq’s people in the shadow of the Americain war (La nuit approche: les Irakiens à l’ombre de la guerre américaine, Henry Holt and Co., 2006), il donne à voir les Irakiens pendant la terrible décennie passée. Et dans son premier livre, Legacy of the Prophet: despots, democrats and the new politics of islam (L’héritage du Prophète: despotes, démocrates et les nouveaux courants de l’islam politique, Westview Press), il montrait déjà comment les militants islamistes ont de plus en plus renoncé à la violence dans le but de former des partis politiques et d’entrer dans la société civile. C’était en 2002. Comme si lui comprenait bien avant les autres les changements qui allaient survenir dans les pays arabes. Mais au-delà de son talent, les journalistes arabo-américains soulignent son profond humanisme. Ils l’ont même baptisé «le saint patron du journalisme arabo-américain». Parce qu’il s’empressait à faire des appels téléphoniques aux éditeurs de haut niveau, à rédiger des recommandations et alerter les journalistes arabo-américains sur les offres d’emploi.
En découvrant la personnalité d’Anthony Shadid, un autre journaliste libanais nous vient à l’esprit. Samir Kassir. Ces journalistes étaient tous les deux des visionnaires. Tous les deux sont surtout partis très tôt. P.M.

 

Bio en bref
Anthony Shadid a étudié l’arabe à l'Université de Wisconsin puis à l'Université américaine du Caire. Il commence sa carrière au bureau de Los Angeles d'Associated Press. En 1995, il s’installe au Caire pour cette agence. En 1999, il rejoint le Boston Globe.En 2003, le Washington Postavec qui il remporte un premier Prix Pulitzer en 2004 pour sa couverture de l'Irak. En 2010, il travaille pour le NewYork Times et gagne un second Pulitzer toujours pour ses articles sur l'Irak.

 

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