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Mouna Béchara

Un Etat exsangue

C’est un thriller de très mauvaise facture que vivent les Libanais au quotidien. Depuis l’Indépendance en 1943 à ce jour, la situation se dégrade au Pays du Cèdre tant sur le plan de la sécurité que sur celui de l’économie. Géré, à quelques exceptions près, par des castes politiques incapables, quand elles ne sont pas corrompues, le Liban va à la dérive. Le sort des citoyens est entre les mains des émirs des communautés qui n’ont d’autre souci que d’arriver, avec le plus grand nombre de leurs partisans, Place de l’Etoile. Ceux qui, pour une et mille raisons, se laissent prendre à leurs vaines promesses, savent-ils qu’ils participent au délabrement des institutions étatiques vidées de leur sens?
Jadis envié de ses voisins, destination de leurs vacances et même de leurs investissements, le Liban est aujourd’hui isolé, mis au banc des pays à risques, et abandonné de ses propres fils. Ses seules richesses reconnues ont été, de très longue date, les cellules grises, l’accueil des visiteurs et les sites touristiques. Qu’en reste-t-il? Les cerveaux quittent la patrie pour enrichir, de leurs compétences et de leur intelligence, des pays qui leur réservent un accueil mérité. De plus en plus isolé, le Liban est appauvri et sert de déversoir à tous les conflits régionaux qui y trouvent un champ libre et facile où vider leurs querelles, parfois hélas, par Libanais interposés.
L’enlèvement des pilotes turcs, à proximité d’un poste de contrôle de l’armée, renvoie pour le moment, malgré leur importance, les multiples autres drames et prises d’otages que connaît et a connus le Liban, au second rang des priorités des services de sécurité. Il remet sur le tapis le projet de réhabilitation d’un aéroport, de sécurité et d’appui, à Kleyate. Un projet qui date des années soixante-dix, constamment remis au placard pour des motifs politiques et même communautaires. Sera-t-il réalisé au vu des dangers qui menacent les voyageurs sur une artère vitale à risque? Ce sombre tableau n’explique-t-il pas la peur des étrangers ou des Libanais vivant à l’étranger et leur hésitation à venir au Liban? Les chiffres du tourisme, principale ressource du pays, parlent d’eux-mêmes.
Le chef de l’Etat durcit, de jour en jour, son discours. Depuis son allocution à l’occasion de la fête de l’armée, il continue à dénoncer tout ce qui entrave l’action de l’Etat et met en péril son existence même. Il rappelle son propre rôle de défenseur de la République et de rassembleur. A-t-il encore le temps de redresser la barre et de changer la donne au milieu du micmac politico-sécuritaire qui règne sur la scène nationale? Pourra-t-il lutter, malgré certains appuis dont il bénéficie, contre les démons communautaires et politiques qui le contrent? Pourra-t-il tenir tête à tous ceux qui n’ont qu’un objectif: vider l’Etat de son sens? Nous sommes à quelques mois d’une fin de mandat présidentiel, pourra-t-on élire un successeur au général Michel Sleiman? Un chef d’Etat dans le vrai sens de la fonction et qui saura maintenir le gouvernail dans la direction dessinée par son prédécesseur? Que nous réserve mai 2014? Peut-on croire encore au miracle libanais? Avons-nous un autre choix, sinon un sursaut populaire bénéfique et un réveil de conscience chez ceux, parmi les dirigeants, qui en ont encore une?

Mouna Béchara

 

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