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Nº 2918 du vendredi 11 octobre 2013

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Ali Khreiss, député du mouvement Amal. «L’attente entraîne des vides»

Les divergences autour du dossier du pétrole, la formation du gouvernement, le contenu de la déclaration ministérielle et, plus généralement, le danger de la partition de la région en mini-ghettos confessionnels: tour d’horizon avec Ali Khreiss, député du mouvement Amal.
 

D’abord le différend qui oppose le président Nabih Berry au ministre de l’Energie, Gebran Bassil, au sujet de l’octroi des licences pétrolières et gazières. Le chef de l’Assemblée veut que les contrats couvrent l’ensemble des dix blocs, alors que le ministre 
souhaiterait concéder les blocs chacun seul…
Lorsque le président Berry évoque la question de l’exploitation au Sud, c’est parce qu’il sait que les ambitions de Tel-Aviv sont majoritairement concentrées sur les blocs de cette région. Lorsqu’il parle d’une adjudication globale, ce n’est pas pour poser des conditions, mais pour dissuader les Israéliens de s’approcher de n’importe quel bloc, sachant que le gouvernement libanais l’a déjà donné en concession.

Un autre différend vous oppose à l’équipe aouniste, il porte sur l’identité des compagnies à sélectionner…
Notre position à ce sujet ne concerne pas une société en particulier. Style, nous voulons traiter avec celle-ci et pas avec celle-là. Il y a un cahier des charges, des demandes vont être soumises. Nous appuyons toute société qui offrira des conditions satisfaisantes pour le Liban. Nous n’avons posé aucune condition sur la société qui obtiendra le contrat. Nous ne nous mêlons pas de cela.

Quel est votre avis sur les conditions posées pour la formation du gouvernement, et l’attachement du Hezbollah à l’insertion de l’équation armée, peuple et Résistance dans la déclaration ministérielle?
Pourquoi coller toutes les conditions sur le dos du Hezbollah? C’est aussi notre position, en tant que mouvement Amal: armée, peuple et Résistance. Lorsque le président Berry a pris l’initiative et appelé à un accord quelconque à sceller en quatre ou cinq jours, il signifiait la question gouvernementale et aussi la déclaration ministérielle. Il est évident qu’il est impossible de régler l’ensemble des questions conflictuelles en cinq jours, en un mois ou même en un an… comme par exemple, la stratégie de défense qui nécessite du temps, la question syrienne sur laquelle les Libanais sont partagés, ou encore la loi électorale. Lorsqu’on s’installe face à face pour discuter de l’intérêt et de la stabilité du pays, les choses se dénouent, surtout pour ce qui est de la mise sur pied du gouvernement et de la déclaration ministérielle.

Pensez-vous que la solution au Liban passe par une entente irano-saoudienne?
Nous avions placé nos espoirs dans le sommet irano-saoudien, mais le pèlerinage a été reporté. C’est là que réside le problème, nous attendons le règlement de l’extérieur. Supposons que le sommet irano-saoudien n’ait pas lieu ou qu’il soit organisé dans six mois ou dans un an, devrions-nous tout garder en suspens jusqu’à l’intervention d’un accord entre Riyad et Téhéran?

Est-il possible de retarder la formation du 
gouvernement jusqu’à parvenir à une entente 
globale incluant l’élection présidentielle?
Retarder la naissance du gouvernement est un problème grave. Ainsi, nous vivons dans une ambiance de vide gouvernemental: le Parlement est paralysé, nous approchons de l’échéance présidentielle et nous craignons d’aboutir à une vacance au niveau de la fonction présidentielle. L’attente entraîne le vide. Allons-nous attendre le dossier syrien? Attendre les résultats de la rencontre irano-saoudienne? Le pays sera alors paralysé et toutes les institutions souffriront du vide. C’est pourquoi les Libanais doivent saisir l’occasion de s’asseoir ensemble pour régler la question du gouvernement en ne comptant que sur Dieu.

Il semble que le 14 mars va exercer des pressions sur les présidents Michel Sleiman et Tammam Salam pour que le gouvernement voie le jour dans les plus brefs délais. Comment réagirez-vous?
Ils ont déjà fait pression, dans un premier temps et à plus d’une reprise, sur les deux présidents pour qu’ils composent un cabinet qu’ils ont surnommé de «fait accompli», mais cette formule n’a pas vu le jour. Nul ne peut éliminer l’autre, et l’élimination ne fonctionne pas dans ce pays. Un gouvernement du fait accompli est désormais écarté.

A partir de Genève, le président Berry a souhaité que l’on n’en vienne pas à regretter les accords de 
Sykes-Picot. Quelles sont ses craintes?
La situation régionale est sans doute mauvaise. Comme si le complot visait à la décomposition et à la pulvérisation des Etats en mini-ghettos communautaires. Si cela se produit, c’est excessivement grave. Nous en viendrons à regretter Sykes-Picot. Nous souhaitons que le sommet russo-américain en marge du G20 ait pu réorienter les choses dans le bon sens, mais je suis pessimiste quant à la conjoncture régionale.

Propos recueillis par Saad Elias

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