Magazine Le Mensuel

Nº 2921 du vendredi 1er novembre 2013

Editorial

«Ni voyous, ni moutons»

Les pontes de la République, visiblement ignorants, ou désireux d’occulter les difficultés que vivent les familles sur le double plan social et sécuritaire, blâment les Libanais qui quittent le pays pour des horizons plus cléments, sinon plus prometteurs, si tant est que le Pays du Cèdre puisse l’être dans un avenir pas trop lointain. Nous avons entendu l’un d’entre eux, occultant le coût de la vie et ses difficultés, reprocher aux jeunes diplômés et aux pères de familles, d’abandonner la patrie alors qu’ils pourraient se contenter d’une rentrée de quelque 600 dollars par mois en attendant une amélioration problématique de leurs situations et de celles de leurs familles. L’échelle des salaires, selon lui, ne saurait plus tarder à être appliquée, son financement ne posant plus problème. Comment? Seuls ses pairs et lui-même le savent. Mais qui a encore confiance en eux? Ceux parmi les victimes de la tragédie des boat people, qui ont payé de leurs vies l’aventure dans laquelle ils s’étaient lancés, ne l’ont-ils pas fait par désespoir de voir les dirigeants du pays tenir leurs promesses, si souvent mensongères? Ces derniers, bien ancrés dans leurs fauteuils, assurés d’être intouchables et de pouvoir compter sur une confortable retraite, ont la possibilité de mettre leurs enfants à l’abri dans des écoles et des universités à l’étranger.
Comment dès lors ne pas leur reprocher de ne rien connaître des réalités du terrain? Pris par leurs querelles byzantines, discutant du sexe des anges, noyés dans des débats stériles, ils laissent le pays et ses citoyens aller à vau- l’eau. Entre-temps, ceux qui détiennent la force en jouent  impunément pour exiger ce qu’ils pensent être leurs droits. Le jeune et courageux député, Sami Gemayel, dénonce dans une sainte colère, ceux qui ignorent l’Etat et traitent, sans vergogne, avec des hors-la-loi, même «pour une bonne cause», en l’occurrence  la libération des otages d’Aazaz dont il partage, par ailleurs, la joie et le soulagement. Il déplore cependant la politique des deux poids, deux mesures qui laisse croupir dans les geôles syriennes, ceux auxquels le député Kataëb refuse le qualificatif de disparus que leur a donné Hassan Nasrallah. Leur sort, dit-il, est connu de leurs parents et de leurs compagnons, dont la faiblesse est de vouloir agir dans la légalité et de se soumettre à l’Etat.
Le Liban serait-il devenu le refuge des repris de justice avec lesquels, en outre, on négocie et que chacun gère selon ses méthodes? A cela, Sami Gemayel répond en affirmant son allégeance, comme celle de tous les véritables patriotes, aux institutions de l’Etat. «Vous avez voulu, dit-il, nous pousser à obtenir ce qui nous est dû par nos propres moyens, nous vous répondons: nous ne sommes ni voyous ni moutons». Comprenne qui veut.
Les années passent et les gouvernements, dits d’union nationale qui se sont succédé, ont prouvé leur incapacité et leur inefficacité. Bien fort est celui qui pourrait citer une seule réalisation relevée dans le bilan de ces gouvernements. Le dernier en date, celui qui règle aujourd’hui les affaires courantes, a consacré si besoin l’était, la paralysie totale de l’Exécutif. Faut-il être inconscient pour réclamer encore une énième expérience d’un gouvernement où toutes les parties sans exception seraient représentées? Faut-il renoncer, pour remplir le vide que connaît le pays, au respect de la déclaration de Baabda, base d’une liberté et d’une autonomie du pays? Faut-il une fois de plus se soumettre aux lois des armes?

 

Mouna Béchara

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