Magazine Le Mensuel

Nº 2927 du vendredi 13 décembre 2013

  • Accueil
  • Culture
  • Nidal el-Achkar incarne el-Wewiyeh. Au cœur de la tourmente arabe
Culture

Nidal el-Achkar incarne el-Wewiyeh. Au cœur de la tourmente arabe

On l’attendait impatiemment, depuis l’annonce du retour de Nidal el-Achkar sur scène, après plus de vingt ans d’absence. Ca y est; les représentations de la pièce El-Wewiyeh, mise en scène par Nagy Souraty, ont débuté au théâtre al-Madina.

El-Wewiyeh c’est avant tout Nidal el-Achkar qui enjambe à nouveau les planches, avec audace et courage, pour se glisser dans la peau de la wewiyeh justement. Un personnage adapté de la pièce Mère Courage et ses enfants de Bertolt Brecht. Une très libre adaptation qui plonge la pièce et le public au cœur de la tourmente des pays arabes. Et c’est d’autant plus évident que les trois fils de la wewiyeh se prénomment al-Qods, Bagdad et Dimachk.
«La guerre toujours engendre de l’ordre, sans guerre il n’y aurait pas d’ordre». Sur ces mots lancés par Nidal el-Achkar s’ouvre la pièce mise en scène par Nagy Souraty. Et c’est en temps de guerre que la wewiyeh se prête au négoce pour vivre et faire vivre ses enfants. Ses sentences sonnent comme des aphorismes sur l’impossibilité d’une paix, sur la vie qui continue tant bien que mal au-delà de la guerre et de la mort, mettant l’homme dans la peau d’un joueur invétéré qui se refuse à arrêter de jouer pour ne pas compter ses pertes. Une pièce qui tombe tellement à point en ces temps de perturbations intenses.
Sauf qu’il y a quelque chose qui manque. Le tressaillement, l’émotion ne sont pas au rendez-vous. El-Wewiyeh se présente comme un assemblage de saynètes disparates auquel manque un fil commun. La pièce de Nagy Souraty est chargée, surchargée, trop chargée de tellement d’éléments scéniques que le spectateur se perd, ne sachant plus où concentrer son attention; dans la mise en scène, le texte adapté et traduit par Elie Adabachi, le décor, la musique composée et interprétée sur scène par Ali Hout et Abed Kobeissi, le répertoire chanté par Khaled el-Abdallah, les marionnettes, ou plutôt les têtes, manipulées par Nadim Deaibes. Et ce qui renforce la faiblesse de la pièce, c’est qu’aucun de ces éléments n’est suffisamment fort pour faire oublier au spectateur le manque de cohésion générale qui règne sur la représentation. A vouloir trop intellectualiser, symboliser sa pièce, Nagy Souraty la rend complètement hermétique, voire facilement oubliable. On n’en retient pas grand-chose; le texte passe, sans accrocs ni accroches, à part quelques répliques fulgurantes. Pour son retour sur les planches, Nidal el-Achkar aurait mérité mieux.
El-Wewiyeh c’est tous les jeudis, vendredis et samedis à Masrah al-Madina, à 21h.

Billets en vente au Virgin Megastore.



D.J. Marc présente Noël à Saint-Tropez
Pour que vive la chanson française

D.J. depuis dix ans, Ayman Massoud, alias D.J. Marc, présente la soirée Noël à Saint-Tropez, le 22 décembre, au restaurant Caprice Lounge, à Jal el-Dib.

Cela fait dix ans que D.J. Marc a fait de sa passion pour la musique française un deuxième boulot. En 2003, Ayman Massoud, sélectionneur à la radio France FM, est sur le point de passer à l’antenne. Son nom ne cadrant pas avec l’univers de la chanson française, il opte pour le surnom de D.J. Marc qu’il garde toujours. Et l’aventure commence.
De soirées en événements musicaux, au Liban puis à Dubaï, au Qatar, en Syrie, D.J. Marc a imposé sa signature dès le départ: la musique des années 80, essentiellement française. Pourquoi la musique française? «C’est mon éducation, répond-il, c’est ce que j’aime écouter et que je voulais partager avec les autres». Et l’engouement pour ce genre de musique se fait de plus en plus sentir. «Ceux qui ne connaissent pas la musique française croient qu’elle relève exclusivement d’une ambiance romantique, sentimentale. Mais pas du tout. Tout comme en disco, il y a Abba, Boney M…, en français également il y a des tubes sur lesquels on peut s’éclater à fond; Claude François, le groupe Ottawan… c’est du disco, du funk, de la pop».
Derrière ses platines, D.J. Marc suit son instinct, pour agencer une chanson après l’autre. Il ne prépare jamais ses sets d’avance. Peut-être les quelques premières chansons, puis il improvise, en fonction de ce dont le public a besoin. Pour lui, un D.J. «doit avoir une très bonne oreille musicale et savoir ce que le public veut. Devant son set, il doit tout oublier autour de lui et se concentrer sur son audience. Et il atteint son but si le public quitte la soirée en en gardant de très beaux souvenirs». D’ailleurs, ajoute-t-il, «plus le public est content, plus le D.J. a envie de se dépasser».
Alors, rendez-vous le 22 décembre, avec la soirée Noël à Saint-Tropez, première soirée d’une série d’événements entièrement organisés par D.J. Marc lui-même. «Un concept pour renforcer la francophonie au Liban, explique-t-il. Et puis je réalise un rêve d’organiser moi-même une soirée. De dire enfin: D.J. Marc présente». Alors certes, il y aura de la chanson des années 80, mais également des années 70, de la génération Piaf, jusqu’à la musique française contemporaine, renforcée par des projections vidéo, de concerts et d’extraits de films français, comme il a l’habitude de faire.
Informations: 76988554.



Ka3eb 3alé de Jacques Maroun
De triangles amoureux en triangles mimétiques

Après Reasons to be pretty l’année dernière, Jacques Maroun revient avec une nouvelle mise en scène, Ka3eb 3alé, au théâtre Monnot, jusqu’au 19 janvier.

Il s’affaire tranquillement à préparer l’appartement pour recevoir sa fiancée à dîner. Et voilà qu’elle apparaît en coup de vent, avec ses talons aiguilles, bousculant ses plans et surtout sa pensée. Lui, c’est André, alias Talal el-Jurdi, un professeur de littérature arabe, vivant un peu dans une ère révolue. Elle, c’est Georgie, interprétée par Rita Hayek, sa voisine du dessus, une jeune femme sensuelle, sexuelle qui ne peut s’empêcher d’émailler ses discours d’insultes. Voilà Pygmalion et sa créature; c’est du moins ce qu’on comprendra à la fin de la première scène. D’un coup, au détour d’une phrase, André lance cette image que le spectateur a du mal à situer au cœur de l’intrigue, parce que surgie comme de nulle part. D’autant plus qu’elle renvoie à une situation devenue cliché à force d’être utilisée: celle d’une pauvre jeune fille issue d’un milieu défavorisé, sans éducation, sans argent, sans bonnes manières, qu’une âme charitable – mais pour quelles raisons! – aurait aidé. On dirait un vague air de My fair lady, mais sans la grandeur de ce chef-d’œuvre cinématographique.
Et les choses se compliquent davantage, dessinant au fur et à mesure, plusieurs triangles amoureux, emmêlant le patron de Georgie et ami d’André, Eddy, un avocat sans scrupules, campé avec élégance par Ammar Chalak, et Lydia, alias Nisrine Abi Samra, la fiancée aristocratique, délaissée et rejetée. L’amour, le désir, la passion, le harcèlement sexuel, les relations amicales, les relations homme-femme, les relations ambiguës, l’image de la femme dans la société… autant de sujets sérieux et profonds qui s’entremêlent au cœur de cette pièce, mais qui sont traités parfois de manière superficielle. Les comédiens, eux, s’en sortent bien, très bien même, et c’est ce qui pourrait sauver le spectacle.
Adapté de la pièce Spike Heels de Theresa Rebeck, Ka3eb 3alé est une pièce qui, se basant sur une intention de profondeur humaine et d’audace – elle est interdite au moins de 18 ans – propose au final du divertissement pur et simple. Il est temps de se poser la question: qu’attend-on encore du théâtre? Du divertissement, comme sur le petit écran, comme sur le grand écran. Un simple passe-temps. Et même dans ce cas, qu’attend-on encore des planches? Un minimum de divertissement respectueux du public.
Ka3eb 3alé se poursuit au théâtre Monnot, jusqu’au 19 janvier, du jeudi au dimanche, à 20h30.
Billets en vente au Virgin Megastore.


Marseille Amman Beirut de Rafik Majzoub
De l’anxiété, de l’angoisse, de la douleur, de la tristesse, une âme d’écorché vif, entre un verre et un autre, entre une ville et une autre. Rafik Majzoub traîne ses émotions esquissées à l’encre noire et au café, de Marseille à Amman à Beyrouth. Une série d’autoportraits essentiellement, avec sa touche tellement particulière, tellement poignante, presque traumatisante. En quelques traits, il parvient à donner vie et palpitations à une émotion, à un sentiment de noirceur qui se noie au bout d’un rêve ambré en un engourdissement artificiel.
Rafik Majzoub vient de publier son troisième livre d’esquisses, après Sober Days, Drinking from a broken glass, voici Marseille Amman Beirut, également produit par Plan Bey, à édition limitée, tiré à 99 exemplaires numérotés, dont le design est signé encore une fois Karma Tohmé.
Entre un autoportrait et un autre, vous êtes envahi par cette impression inexplicable que rien n’a changé, que tout a changé, au détour d’une infime nuance saisie conjointement par le cœur et le corps qui tressaillent jusqu’à l’étonnement. Au fil des jours, des mois, les derniers de 2012 et le premier de 2013, au fil des quelques mots qu’il avance, en anglais et en arabe, comme nés d’une conscience inconsciente, d’un vécu imbibé de rêves, de lassitude, de solitude, de tant et tant d’envies de renouveau, de se perdre encore et encore.

Nayla Rached
 

Related

A place to stay de Pauline Drand. En attendant, la musique

admin@mews

Toni Geitani. Questionner l’état des choses

admin@mews

Dans les recoins de Beyrouth

admin@mews

Laisser un commentaire