Magazine Le Mensuel

Nº 2931 du vendredi 10 janvier 2014

general

Jihadistes jordaniens. En premières lignes en Syrie

Les jihadistes jordaniens jouent un rôle de premier plan au sein de la rébellion syrienne contre le régime du président Bachar el-Assad. Ayant rejoint pour la plupart le Front al-Nosra, ces jihadistes ont laissé derrière eux leurs frères d’armes qui, ainsi que des experts, livrent à Magazine leur vision de la guerre qui se déroule en Syrie. Eclairage.
 

Les Jordaniens constituent un des bataillons jihadistes des plus importants en Syrie. Selon Mohammad Chalabi, alias Abou Sayaf, chef des jihadistes en Jordanie, près de 1 200 éléments jordaniens combattraient actuellement en Syrie, où près de 200 d’entre eux auraient trouvé la mort ces deux dernières années. Le nombre de Jordaniens engagés dans le conflit est toutefois revu à la baisse par l’expert Hassan Abou Hanié, spécialiste des mouvances salafistes en Jordanie, qui estime ce chiffre à 700 personnes.
Ces jihadistes se battent pour la plupart aux côtés de groupes tels que le Front al-Nosra ou l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), factions toutes deux affiliées à la mouvance d’al-Qaïda. «Ces hommes sont en majorité soit des combattants aguerris soit des théologiens conseillant les deux mouvements pour ce qui est des questions religieuses», ajoute Abou Hanié.

 

Créer un califat
Des différends théologiques avec l’EIIL ont poussé les brigades jordaniennes vers le Front al-Nosra. «Les combattants jordaniens sont en désaccord avec certaines positions extrêmes adoptées par l’EIIL, essentiellement pour ce qui est du traitement des diverses minorités et de certaines pratiques guerrières», précise Abou Hanié. L’EIIL avait profané de nombreuses églises dans la ville syrienne de Raqqah. En novembre, des membres de la mouvance ont fait décapiter un homme qu’ils ont accusé de collaboration avec le régime Assad, lequel, en fait, s’est avéré être un membre du groupe islamiste rebelle Ahrar al-Sham. «Le Front el-Nosra condamne les querelles fratricides avec les autres factions islamistes», ajoute l’expert.
En outre, l’EIIL a rendu publique son intention de créer un califat s’étendant de l’Irak au Liban. Le Front al-Nosra, qui cautionne le projet officieusement, se cantonne dans une position officielle plus pragmatique afin d’éviter de perdre le soutien des populations locales.
L’adhésion des combattants jordaniens au Front al-Nosra peut également être interprétée par les relations liant les jihadistes jordaniens aux dirigeants du groupe tels Moustafa Abdellatif el-Saleh, plus connu sous le nom d’Abou Anas el-Sahaba, commandant au sein du front, ou Iyad Toubasi, alias Abou Gelebeb. Ce dernier, beau-frère d’Abou-Moussab el-Zarqaoui (ancien chef d’al-Qaïda en Irak) a la fonction d’émir dans les secteurs de Deraa et Damas.
Une nouvelle génération de jihadistes alimente les rangs des rebelles syriens originaires, selon Hanié, de Zarqa, Salt, Maan et, plus récemment, Irbid, une ville située près de la frontière syrienne.
La participation des Jordaniens à la guerre en Syrie trouve son origine profonde dans la lutte religieuse contre les ennemis de l’islam. En effet, selon Abou Sayaf, le jihad en Syrie permettra l’établissement d’un «Diyar Tamkeen», un califat-forteresse servant de base pour un nouveau jihad.
«L’oppression des sunnites se déroule par le truchement du régime Nusayri (alaouite). La lutte contre Assad est un devoir religieux pour chaque musulman», conclut Abou Sayaf.

Mona Alami

Pragmatisme au Liban
Abou Hanié met en relief les dangers provoqués par ce nouveau jihad dont la Syrie est devenue le théâtre, exacerbant des rivalités ethniques 
et religieuses pouvant potentiellement se 
répercuter dans tout le Moyen-Orient, Liban compris. «Les considérations du Front al-Nosra pour les spécificités nationales se traduisent par la dépendance du groupe d’un acteur local comme les Brigades Azzam, afin de cibler les intérêts du Hezbollah au Liban», souligne Abou Hanié. Les Brigades Azzam ont revendiqué la responsabilité de l’attentat de l’ambassade d’Iran, qui a entraîné la mort de vingt-sept 
personnes le mois dernier.
Selon l’agence de presse UPI, le Front al-Nosra et l’EIIL ont affirmé vouloir établir une présence militaire au Liban.

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