Magazine Le Mensuel

Nº 2946 du vendredi 25 avril 2014

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Santé

Sécurité alimentaire. Les ministres défendent leur beefsteak

Le contrôle des origines des produits alimentaires, de leur composition, de leur chaîne de fabrication, est de la responsabilité aussi bien individuelle que générale. Interrogés par Magazine, les ministres de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, et de l’Economie et du Commerce, Alain Hakim, dressent un bilan de la situation au Liban et exposent leur plan d’action.
 

Hussein Hajj Hassan
Un manque chronique de moyens

«Je veux que mes aliments soient sains. Ni malades, ni blessés… sains». Selon le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, les concepts et les principes-clés qui doivent guider la conception et la mise en œuvre d’une sécurité alimentaire adéquate sont les suivants:

La mise en place d’une stratégie, intégrée et conforme aux normes libanaises, visant à assurer sécurité et sûreté alimentaires.
La modernisation des lois.
L’harmonie et la coopération entre les différentes administrations dont la fonction est de veiller sur la sécurité alimentaire.
Le développement et la modernisation des connaissances, du niveau et des capacités des administrations et des services qui travaillent dans le domaine de la sécurité alimentaire.
La modernisation des équipements et des laboratoires.
La fermeté dans le suivi et dans le contrôle.
Le respect des verdicts que prononcent la loi et les juges.
Se placer à un niveau international quant aux normes et s’assurer que celles-ci sont appliquées.
 

Un fossé au ministère
En 2003, le Liban a élaboré une loi prévoyant la création d’une Direction générale de la sécurité alimentaire, indépendante et uniquement rattachée au Premier ministre. Mais ce projet n’a pas été ratifié. Hussein Hajj Hassan en explique la raison: «Avec tout le respect que je porte envers les personnes qui ont préparé cette loi, celles-ci n’ont effectivement pas trouvé de solution. Elles se sont contentées de créer une administration qui a pour but de travailler à la place des ministères de l’Agriculture, de l’Industrie, de l’Economie, de la Santé, de l’Environnement et du Tourisme. Or, si les ministères manquent de personnel, d’équipement et de moyens financiers, qu’est-ce qui garantirait que l’administration n’en manquerait-elle pas elle aussi?». La question est essentielle, selon le ministre de l’Industrie. «Comment voulez-vous que j’accomplisse ma tâche de ministre de l’Industrie en ne disposant pas des moyens indispensables à assurer une sécurité alimentaire digne du peuple? Est-il logique de proposer une loi “promettant” d’assurer l’argent pour une administration et non pas pour un ministère?», se demande Hussein Hajj Hassan.
Qu’en est-il alors de la législation se rapportant à l’étiquetage, à la présentation des denrées alimentaires et à la publicité faite à leur égard? Le ministre affirme que la législation existe et qu’elle est appliquée. La découverte de fraudes ne résulte pas, d’ailleurs, d’une absence de législation mais d’un problème de contrôle dû au manque d’équipement, de personnel et de moyens financiers, selon lui.
Pour Hussein Hajj Hassan, l’affaire de la labné ne constitue pas un scandale, mais plutôt une faute. «Il n’est pas nécessaire d’en faire toute une histoire», dit-il. Dans le domaine de l’agronomie ou de l’agroalimentaire, les erreurs existent et c’est au gouvernement et aux ministères de les faire cesser. «Il faut mettre fin à cette polémique qui prend beaucoup d’ampleur», martèle-t-il.
Il arrive, cependant, que les usines tiennent à modifier une des normes se rapportant à la sécurité alimentaire. Une procédure est alors nécessaire. L’usine en question devra exposer sa proposition à Libnor (institution libanaise de normalisation) qui se charge d’abord de la discussion de cette proposition. L’institution soumet ensuite le projet au ministre de l’Industrie qui va, à son tour, le présenter au Conseil des ministres qui prendra la décision adéquate. C’est parce que rien n’est absolu que nous devons arrêter de sous-estimer notre système de sécurité alimentaire libanais.

Alain Hakim
Le consommateur responsable

«Eveil, responsabilité et communication» est la trinité qui gouverne le travail du ministre Alain Hakim. La sécurité alimentaire tire son essence, d’après lui, de l’esprit du consommateur lui-même. «Si on reprend ce qui s’est passé aux Etats-Unis dans les années 60-70, on remarque que la réaction a été au niveau de la consommation, ce qui a créé un mouvement de consumérisme et s’est répercuté sur l’Etat. Au Liban, ceci existe encore mais d’une manière réduite». Alain Hakim explique que cette réaction se base dans notre pays sur les effets de panique et de peur beaucoup plus que sur l’effet de responsabilité et de responsabilisation.
«Il est toutefois important de noter que la sécurité alimentaire n’est pas à son plus bas niveau. Elle est tenue par trois composantes qui sont l’Etat, la responsabilité des commerçants et des industriels et celle du consommateur (qui est la moindre à ce niveau-là), affirme le ministre de l’Economie et du Commerce. «Il y a des abus certainement comme partout dans le monde, mais ces abus sont suivis et pénalisés quand il le faut», certifie-t-il.
Le «mix de consommation»
A la question de savoir comment est-ce que le consommateur peut devenir un agent de surveillance et de contrôle, le ministère offre plusieurs possibilités. Il met à la disposition du consommateur plusieurs outils de communication qu’Alain Hakim appelle le «mix de consommation». Celui-ci s’étale du site Web au Facebook, au Call Center (accessible au 1739), à un nouveau compte qui vient d’être élaboré et lancé sur Twitter, en plus d’une application (Consumer Protection Lebanon) pour téléphone qui a été lancée le lundi 14 avril 2014.
Les avantages de l’application sont multiples. Elle permet effectivement de pouvoir documenter immédiatement (en prenant des photos par exemple), de rapporter l’incident au ministère de l’Economie et du Commerce, de faire le suivi de cette plainte et d’en connaître le résultat. Chaque plainte déposée est numérotée (grâce à numéro de série), suivie et documentée. L’application donne ainsi à chaque consommateur un outil de surveillance, de contrôle, de rapport, de suivi et de résultat. Elle lui procure aussi des informations utiles quant à ses droits, à la loi et la pénalisation.
L’application constitue donc un moyen permettant d’éviter de rapporter les «affaires alimentaires» aux médias et d’ancrer une panique et une peur au sein de la société libanaise. «Parce qu’il s’agit parfois, au niveau des médias, de cas qui ne sont pas répertoriés. Beaucoup de questions qui se posent restent dans le flou. A mon avis, ce genre de polémique n’entraîne que pertes que ce soit au niveau de l’industriel ou du commerçant et du consommateur», confie Alain Hakim. Ajoutant qu’«en fin de compte, tout le monde est perdant, y compris le programme ou le média qui communique de telles informations pour essayer de faire un genre de scoop publicitaire beaucoup plus qu’un suivi réel».
Quant au compte Twitter, il a été spécialement créé pour la protection du consommateur dans la mesure où les conseils seront fournis par le ministère de l’Economie et du Commerce concernant certains produits, certaines consommations, etc. dans le cadre d’un forum interactif.
Au niveau de la législation, le ministère de l’Economie et du Commerce prend des initiatives. Ceci se manifeste pratiquement par un comité pour l’arbitrage des plaintes qui devait être mis en place le jeudi 17 avril 2014. Ce comité est composé d’un juge, d’un représentant des consommateurs et d’un représentant de la Chambre de commerce et de l’agriculture et constitue un besoin de base pour la sécurité alimentaire du consommateur.
«De même, nous préparons une campagne d’éveil médiatique qui aura lieu après Pâques, comme quoi le consommateur est le principal concerné dans sa consommation. Créer l’éveil, responsabiliser le consommateur et améliorer la communication est notre principal objectif».

 

Le rôle de la presse
Nous avons une presse libre, mais celle-ci doit être responsable. Quand on parle de responsabilité, on parle aussi de limites. Il faut voir certes les médias d’un bon œil en termes d’éveil. Ce sont des moyens d’éveil et de responsabilisation du consommateur. Mais ce qui serait mauvais, c’est de pousser à l’extrême ces «affaires alimentaires» ou les amener à devenir des sujets d’attraction commerciale. D’où l’importance de l’éthique des médias et de l’information», indique le ministre Alain Hakim.

Halte à la panique
«Les technicités locales de contrôle alimentaire sont améliorées par la pratique, par la détermination des responsables et par la science. Les laboratoires au Liban sont crédibles et le devenir de nos produits alimentaires est sécurisé. La preuve, nous n’avons pas arrêté d’en consommer et la moyenne des maladies au Liban n’est pas plus élevée que celle des autres pays du monde. Il faut arrêter de paniquer. Il est clair que nous sommes un pays à problèmes, mais nous n’avons pas que des problèmes!», signale Hussein Hajj Hassan.

Natasha Metni

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