Magazine Le Mensuel

Nº 2964 du vendredi 29 août 2014

Economie & Finances

Ministère de la Santé. Abou Faour pourrait-il éradiquer la corruption?

Echaudée par une série de tentatives peu sérieuses entreprises de la part de l’Etat pour lutter contre la corruption, la société civile a du mal à croire que la réforme tant attendue du secteur public commencerait par le ministère de la Santé publique. Pourtant, le paysage qui se présente aux Libanais montre que le ministre de la Santé, Waël Abou Faour, est décidé à contrôler d’une poigne de fer les fuites dans son département et à couper l’herbe sous les pieds des fraudeurs quelle que soit l’influence des groupes de pression qu’ils représentent et qui les protègent. La tâche est loin d’être une sinécure dans la mesure où il est question de lobbies d’hôpitaux, de médecins, d’importateurs d’équipements médicaux et de produits de soins de santé.
Le ministre a donné la couleur de sa politique d’action au cours de son mandat: les administrations des hôpitaux qui ne seraient pas d’accord avec ses instructions seraient priées de se présenter au ministère pour résilier leur contrat avec l’Etat. Partant de là, sa première consigne à l’intention des hôpitaux contractuels a consisté à leur interdire de refuser l’admission d’urgence d’un patient sous aucun prétexte. Sa deuxième décision a porté sur la prise en charge par l’Etat du paiement de tous types de prothèses. En fait, celles-ci créaient un créneau permettant des fuites énormes d’argent. L’importation de ces prothèses assurait des rentrées illégales tant aux hôpitaux qu’aux médecins et sociétés importatrices. Dans la majorité des cas, les patients devaient débourser de leurs poches jusqu’à 50% du prix de la prothèse, les parties traitantes arguant du fait que celle qui convient au patient n’appartient pas à la catégorie importée ou couverte par le ministère de la Santé. Dorénavant, le patient qui a besoin d’une prothèse n’aura à payer que 5% de son prix dans les hôpitaux publics et 15% du prix dans les hôpitaux privés.
Dans l’objectif de régler le problème de fuite à la source, le ministère de la Santé lancerait incessamment un appel d’offres auprès des sociétés  importatrices de prothèses afin de choisir le ou les fournisseurs qui proposeraient la meilleure offre qualité/prix. Ainsi le patient se rendrait au ministère de la Santé pour l’obtention d’une autorisation préalable d’achat de la prothèse, le fournisseur n’aurait plus aucune relation avec le médecin et/ou l’hôpital. Cette démarche est susceptible sans nul doute de juguler le nombre d’opérations d’implants non nécessaires. Des chiffres circulent en ville faisant état de 10 100 opérations d’implants de ressorts cardiaques qui auraient eu lieu en 2013 à la charge du ministère de la Santé, à l’exclusion des opérations de même nature effectuées à la charge de compagnies d’assurances et/ou de mutuelles, un nombre gigantesque en comparaison avec la taille de la population. Ce phénomène n’est pas sans nous rappeler des faits qui avaient eu lieu au début des années 2000 lorsque MedNet (devenue il y a quelques années GlobMed), la compagnie chargée de la gestion du portefeuille santé d’un pool de compagnies privées d’assurances, avait donné l’alerte en dénonçant le phénomène sans précédent de la multiplication du nombre de femmes qui accouchaient par césarienne par rapport au nombre de femmes enceintes en rythme annuel. L’accouchement par césarienne est plus coûteux en termes de nombre de nuitées à l’hôpital et d’honoraires du gynécologue. Ceci dit, le grand pas franchi par le ministre Abou Faour demeure l’audit informatisé de l’ensemble des factures hospitalières, alors que le contrôle de ces factures portait sur 10% de celles-ci et s’effectuait manuellement.

 

Transaction
Où en est l’industrie pharmaceutique libanaise?

Integrated Pharma Solutions (IPS), filiale libanaise de la multinationale qui porte le même nom, a acquis 52,48% de la firme égyptienne de produits pharmaceutiques, Meivo. La transaction a été supervisée par BSEC, le bras financier de la banque Bemo. «Cette démarche s’inscrit dans la stratégie du groupe IPS visant à la création d’un réseau d’industries pharmaceutiques dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord», a déclaré le P.-D.G. d’IPS-Liban, Ahmad Yacout. Il a souligné «l’important potentiel de croissance de Meivo, qui fabrique déjà une cinquantaine de médicaments phare dans le domaine de la thérapie», et a mis l’accent sur l’importance de la région Mena, qui connaît une rapidité de la croissance de sa population de plus en plus éduquée et mieux sensibilisée à la prévention et au traitement des maladies. Dans le même sillage, Ahmad Yacout a insisté sur le fait que la région Mena représente un important pourcentage du PIB mondial et que le pouvoir d’achat de sa population grandit vu ses réserves en pétrole. «C’est un marché porteur pour l’industrie pharmaceutique et médicale», a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il est conscient de sa difficulté compte tenu de sa fragmentation et des différentes législations qui régissent cette industrie dans les pays de cette région.
Pour ce qui est du marché du Liban, celui-ci enregistre une lente croissance. Business Monitor International (BMI) a évalué les dépenses sur les produits pharmaceutiques à 3% du PIB en 2014, contre 3,1% du PIB respectivement en 2012 et 2013. Les prévisions de la même source ont évoqué  des dépenses équivalentes à 3% du PIB en 2015, pour reculer à 2,9% en 2016, à 2,8% en 2017 et 2,7% en 2018. Toutefois, ces dépenses au Liban demeurent parmi les plus élevées dans le monde en raison de la dépendance en grande partie du marché domestique de l’importation des médicaments et d’un abus excessif de l’administration de prescriptions médicales. Par ailleurs, BMI a considéré que l’industrie pharmaceutique est relativement faible en raison d’une série de défaillances de la loi sur la protection de la propriété intellectuelle, des législations portant sur la politique de fixation des médicaments qui freine les investissements directs étrangers dans cette industrie. Cependant, celle-ci pourrait présenter des opportunités dans la mesure où le gouvernement libanais entend encourager la production locale à la lumière d’une forte augmentation de la demande et l’existence d’une large marge des profits faisant croire à une réelle possibilité de recul des prix des médicaments.   

Investissement direct
La BEI achète des actions à la FNB

First National Bank (FNB), l’une des 14 premières banques au Liban, a émis des actions préférentielles pour un montant de 15 millions de dollars. Ces actions ont été entièrement souscrites par la Banque européenne d’investissement (BEI). Ainsi. la FNB devient la première banque au Moyen-Orient et en Afrique du Nord où la BEI a directement participé au capital. Les actions préférentielles émises sont cumulatives, convertibles et ont un rendement annuel de 3,5% par action. La souscription aux actions préférentielles est associée à une option de convertibilité de celles-ci en actions ordinaires après cinq ans à compter de la date de l’émission des actions préférentielles, cette option pouvant être levée plus tard à chaque date anniversaire de l’émission de ces actions.

 

Liliane Mokbel

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