Magazine Le Mensuel

Nº 2997 du vendredi 17 avril 2015

Confidences Liban

Confidences Liban

La politique contagieuse de Salam
Il semble que la méthode adoptée par le président du Conseil des ministres, Tammam Salam, pour redynamiser le gouvernement d’intérêt national après les difficultés qu’il a connues ait fait école auprès du pouvoir législatif, qui ne sera plus convoqué à se réunir avant un accord préalable sur la qualité de nécessité absolue des lois présentées au vote. Les propositions seront adressées à tous les députés avant la réunion, exactement comme cela a été fait par le président du Conseil. Les séances seront décidées à la lumière des commentaires apportés sur les questions qui seront soumises au vote.

 

Le message de Blinken à Beyrouth
L’adjoint au secrétaire d’Etat américain en charge du Moyen-Orient avait fixé la date de sa visite à Beyrouth avant le projet d’entente américano-iranienne. Antony Blinken portait déjà un grand intérêt à cette région. Dans ses entretiens avec les responsables libanais, il a passé deux messages: le premier concernant le projet d’entente avec l’Iran dont les opposants n’ont rien à craindre; le second met en garde contre le danger de rompre le statu quo actuel et de déstabiliser le gouvernement de Tammam Salam. Blinken, dit-on, n’a abordé le problème de la présidence que sous l’angle de l’urgence d’une solution. Dans son entretien avec Walid Joumblatt, il a entendu des propos clairs sur les raisons qui empêchent cette élection dont le fait que l’Iran, à travers ses alliés, s’y oppose. Autrement, pourquoi ces derniers boycotteraient-ils les séances parlementaires?

Berry l’équilibriste
Le président de la Chambre, Nabih Berry, équilibre ses relations avec l’Arabie saoudite et l’Iran. Aux médias saoudiens, il déclare que l’escalade au Yémen menace tout le Golfe arabe et nous voulons l’éviter. Il insiste sur l’importance de la crise yéménite et rappelle que le royaume saoudien est le premier à appeler au dialogue. A l’Iran, il a adressé deux messages: l’un à l’ayatollah Ali Khamenei et le second au président Hassan Rohani, les félicitant de l’accord sur le nucléaire et souhaitant que le climat de confiance soit rétabli entre les voisins arabes. Au général Michel Aoun qui lui rendait visite à Aïn el-Tiné, Berry a précisé qu’il était contre toute prorogation dont celle du mandat du commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, mais tout autant contre le vide aux postes-clés.

La chance lui sourit
Nabih Berry, disent ses proches, se félicite de ne pas avoir un membre de son bloc au ministère des Affaires étrangères dans les conditions actuelles où on assiste à une dure confrontation entre l’Iran et les Etats du Golfe. De fait, ce portefeuille, depuis l’accord de Doha, avait sans cesse été dévolu à une personnalité de l’entourage du président de la Chambre.

Débat autour des séances parlementaires
Certaines forces chrétiennes hésitent à revoir leur politique à l’égard des séances qui n’auraient pas pour objet l’élection présidentielle. Les Kataëb, eux, refusent toute législation, le Bloc du Changement et de la Réforme accepte l’idée de voter les deux projets de loi concernant le droit des émigrés à la nationalité et celui du relèvement de l’âge de la retraite militaire. Les Forces libanaises insistent sur la priorité absolue de l’élection présidentielle, mais pourraient accepter le vote d’une nouvelle loi électorale et la loi du budget. Le président Nabih Berry voudrait consacrer les séances uniquement sur des sujets précis ne permettant pas de penser que le pays peut se passer d’un chef d’Etat. Walid Joumblatt, de son côté, se demande si les chrétiens réalisent ce que coûtent leurs positions.

Jusqu’où Riyad peut-il aller?
Selon une source proche du Hezbollah, les capacités matérielles de l’Arabie saoudite sur la scène libanaise peuvent lui permettre de saboter une situation, mais certainement pas de changer des réalités. C’est pourquoi elle renforce la tension et la pression sur le dialogue du Hezbollah et du Futur, sans pour autant réussir à le torpiller. Toute aventure menée sur la scène libanaise ferait perdre à l’Arabie toute influence au Liban. Pour cette raison, Riyad ne s’aventurera pas à provoquer une explosion au pays du Cèdre.

Les priorités du général
Les visiteurs de Rabié rapportent que la conviction du général Michel Aoun est que la guerre du Yémen repousse sans aucun doute l’élection présidentielle au Liban, autrement dit prolongerait le vide au sommet de l’Etat. C’est pourquoi Michel Aoun porte tout son intérêt sur le report du départ des officiers et lui donne la priorité, sans pour autant renoncer à sa candidature.

 

Un tandem en suspens
Des tentatives ont été menées pour consacrer la Rencontre consultative en assise politique chrétienne comprenant deux anciens présidents de la République, Michel Sleiman et Amine Gemayel. Mais cette tentative n’a réussi que sur le plan de la rencontre républicaine lancée par Michel Sleiman le 13 avril dans sa résidence à Yarzé et par le président Gemayel qui retourne à sa base du parti Kataëb. Alors que certains voient dans le tandem Sleiman-Gemayel une réplique de celui de Frangié-Chamoun dans le cadre du Front libanais, d’autres ne le voient pas ainsi et considèrent que l’équilibre n’est pas réalisé sur le plan de la popularité des hommes. La réalité, selon ces derniers, est que les chrétiens sont condamnés jusqu’à nouvel ordre par le tandem Aoun-Geagea.

 Aide aux réfugiés: magouilleurs à l’œuvre  
Quelques jours après le sommet de l’Onu au Koweït portant sur les aides aux réfugiés syriens, des sources du Akkar révèlent que la directrice d’une école appartenant à une organisation affiliée aux Ikhwan (Jamaa islamiya) a obtenu des dizaines de milliers de dollars du ministère de l’Education pour financer l’ouverture d’une classe du secondaire destinée à accueillir dans l’après-midi des élèves syriens. Mais il s’est avéré que rien n’avait été fait et que nombre d’enseignants se sont absentés et que tous les prétextes étaient bons pour renvoyer des élèves. La dénonciation de la corruption des associations libanaises et étrangères est confirmée par le spectaculaire enrichissement des responsables des organisations, selon les mêmes sources. Ceci étant, les forces régionales et internationales ont réduit leur financement. Les organisations locales et régionales acculées ont entrepris de vendre les aides en nature qui se trouvaient dans leurs dépôts, alors que de modestes quantités étaient distribuées aux réfugiés devant les caméras. Les associations humanitaires avaient réclamé au sommet du Koweït 8 milliards de dollars pour les besoins des réfugiés syriens, mais le sommet ne leur a accordé que 5 milliards.

Promotion locale des «daechistes»
Une source avertie met en garde certains politiciens et chefs religieux qui participent à la promotion des «daechistes» au Liban. Les slogans qui ont accompagné les funérailles du terroriste Oussama Mansour, et la tentative de certains de s’en prendre aux forces de sécurité, à la suite de son assassinat, ont prouvé la faiblesse des députés et de Dar el-Fatwa à démanteler la base populaire des éléments takfiristes. Cette source ajoute que certains jeunes gens se passent le film réalisé et distribué par l’Etat islamique (Daech) sur l’assassinat de Mansour qu’ils ont surnommé Le lion sunnite moujahed. Compter sur l’effondrement sécuritaire des réseaux takfiristes c’est occulter la guerre au terrorisme dans laquelle le Liban a réussi à ce jour grâce à une stratégie et relativement au moindre coût. La même source s’interroge sur les raisons qui ont fait que Dar el-Fatwa, notamment à Tripoli, se retire de la confrontation avec les terroristes, abandonnant la rue aux ulémas musulmans qui émettent des doutes sur les forces de sécurité de pouvoir maîtriser la foule et empêcher les risques sécuritaires et politiques que peut entraîner l’absence de contrôle. L’expérience en Afghanistan, en Irak et dans d’autres pays montre que ceux qui faiblissent devant la terreur en deviennent les principales victimes. Le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, avait demandé à cette instance de ne pas se laisser prendre aux fausses informations concernant les forces de sécurité.

Les dangers des faux passeports turcs
Un expert sécuritaire met en garde contre des rapports arabes qui indiquent que Daech possèderait des milliers de passeports turcs falsifiés. Il précise que ce soutien logistique est fourni par un réseau agissant dans l’intérêt de cette organisation terroriste. Ces passeports sont utilisés dans d’autres pays et des centaines ont été envoyés en Chine. Le Liban, dit-il, est appelé à prendre de sérieuses mesures, surtout depuis que Véra Jourova, déléguée de la justice européenne, a déclaré que la lutte contre le terrorisme impose à l’Union européenne de signer des accords de sécurité avec la Turquie et d’autres Etats. Pour le même expert, si les informations s’avèrent, les pays qui ont annulé l’obligation d’obtenir un visa, dont le Liban, sont dans l’obligation de coopérer avec Ankara pour sécuriser leurs frontières et empêcher l’infiltration de terroristes ou leurs assauts. Toujours selon cet expert, il existe quelque trente mille Turcs et ressortissants d’origine turque de pays d’Asie centrale dans les rangs de Daech en Irak et en Syrie, ce qui constitue un danger pour la sécurité au Liban. Ce qui renforce cette menace est la présence d’éléments militant sous couverts religieux ou humanitaire entre le Liban et la Turquie et qui ne sont pas toujours contrôlés.  

Guerre au Sud?
L’intérêt d’Israël se porte sur le sud du Liban et sur les déclarations provocatrices des responsables de la région qui, pour le général Moti Katz, annoncent une percée de tunnels par le Hezbollah en prévision d’une prochaine guerre. Katz, commandant du régiment de la Galilée dans l’armée israélienne, et dont le mandat a pris fin depuis quelques jours, répète qu’un affrontement ouvert avec le Hezbollah peut éclater à n’importe quel moment. Pour l’expert, l’annonce par Katz d’une guerre-surprise révèle la peur de défis jamais connus par des militaires israéliens. L’importance des menaces de Katz de ramener le Liban deux siècles en arrière est une façon d’obliger l’adversaire à accepter le cessez-le-feu. Les déclarations du général israélien sont, dit l’expert, autant d’aveux de l’incapacité d’Israël à prévoir les résultats d’une guerre future. Surtout après l’affirmation du commandant du front interne, le général Eyal Eisenberg, que le Hezbollah est capable de lancer 1500 missiles quotidiens sur la Palestine occupée.

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