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Nº 3003 du vendredi 29 mai 2015

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Tebnine, Liban-Sud. Ouverture d’un centre culturel français

La municipalité de Tebnine a ouvert, en partenariat avec l’Institut français du Liban, son propre centre culturel français pour promouvoir la langue et la culture françaises. A l’origine du projet, Nabil Fawaz, maire de la localité depuis cinq ans et entrepreneur d’exception, aujourd’hui à la tête du groupe Socodile, a reçu Magazine dans son complexe flambant neuf.

Pour Nabil Fawaz, c’est un peu la suite logique d’une tradition familiale, entreprise par son oncle, Saïd Fawaz (qui ouvrit la première école de la ville), puis son père. Son épouse, Carmen Fawaz, et directrice du centre à ses côtés, s’en réjouit. «C’est un peu son bébé! Mon époux est de Tebnine, il était important pour lui de mener à bien ce projet ambitieux», dit-elle. C’est dans ce village du Liban-Sud qu’a donc été inauguré le Centre culturel de la localité, en présence de Patrice Paoli, ambassadeur de France, et de Rony Araiji, ministre libanais de la Culture. Situé en plein cœur de Tebnine, le centre est hébergé dans une jolie maison récemment terminée, juchée sur une hauteur qui surplombe la vallée. Ce projet, unique dans la région, a été construit grâce au financement de la Banque islamique de développement (fonds saoudien) et du CDR (Conseil du Développement et de la Reconstruction). Il sera équipé par le fonds koweïtien. En termes de fonctionnement, le centre sera financé, en grande partie, par Patrick Chalhoub, copropriétaire du Groupe Chalhoub (groupe de luxe au Moyen-Orient).
Soutenu par l’Institut français du Liban, auquel il est lié par «un contrat de A à Z» (l’Institut français envoie ses enseignants de Tyr et Saïda et apporte un soutien technique: livres, manuels, jeux de société, etc.), le centre reste cependant totalement indépendant. «Le but de ce projet est d’aider les personnes qui souhaitent apprendre le français. Quand les élèves partent étudier à Beyrouth ou ailleurs, ils se voient fermer des portes car ils n’ont pas le niveau requis en français, et sont obligés de reprendre un an de cours, voire plus. Nous voulons donc leur éviter de perdre du temps en travaillant cette langue en parallèle de l’école. Cela leur permettra d’avoir un certificat, une sorte de diplôme qu’ils pourront utiliser par la suite». Pour Nabil Fawaz, «le niveau insuffisant en français dans cette région du Liban est problématique, dans la mesure où certains jeunes se voient refuser un visa pour l’étranger: ils échouent au test et ne peuvent pas partir pour se spécialiser. Le but du centre est de les pousser à se perfectionner. Aussi, tout le monde n’a pas la possibilité d’aller étudier à Beyrouth, le centre répond à leur besoin de proximité…».
Parmi les activités proposées par le centre de Tebnine, les travaux manuels, l’artisanat, les expositions, la musique, la couture ou encore un bazar reconstitué, qui font partie de la longue liste établie par Carmen Fawaz. Un théâtre de 300 places est aussi en construction, où seront programmées les pièces des grands dramaturges français.
Au sein du bâtiment, chaque salle de classe, d’une capacité de 13 élèves, est prévue pour un enseignement particulier. Mais l’élément le plus remarquable du centre est sans doute son cinéma. D’une capacité de 200 places et bientôt équipé de véritables fauteuils, il proposera les films cultes du cinéma français. A l’étage, une grande salle polyvalente est aménagée avec une bibliothèque, un coin pour les enfants et de larges fenêtres à encadrement typiquement libanais, offrant une vue imprenable sur la région. Symboles de l’ouverture sur l’autre et sur l’avenir…
Derrière le bâtiment du centre, la construction de l’école municipale, dont les travaux doivent se terminer d’ici à 2017, est prévue pour accueillir 3 000 élèves. «La proximité de l’école et du centre est une chance. Il sera facile de venir au centre pour les élèves qui le souhaitent, après leurs cours». Une proximité exceptionnelle, qui pourrait bien encourager les jeunes étudiants à venir suivre quelques heures de cours de français après la classe, dans un tout autre environnement que celui de la scolarité. D’autres pourront simplement venir se détendre,  à travers des activités ludiques pour les plus jeunes, et plus intellectuelles pour les plus âgés, le tout dans la langue de Molière. Mme Fawaz a sa propre technique: «Ici, quand les enfants me posent des questions en arabe, je fais semblant de ne pas comprendre pour les inciter à répondre en français. Ils doivent comprendre que s’ils se trompent ce n’est pas grave, au contraire. C’est comme cela qu’on apprend».
A l’extérieur du bâtiment, le centre culturel abrite une grande terrasse panoramique. Elle donne sur les collines d’en face, ponctuées d’une multitude d’habitations modernes, dont certaines constructions sont encore en cours: «Avant, les gens ne s’engageaient pas dans la construction de maisons, dans la région et à Tebnine. La crainte que les bombardements israéliens ne redétruisent tout à chaque fois décourageait les particuliers à construire. Aujourd’hui, c’est redevenu relativement calme, mais nous ne sommes jamais à l’abri», dit Mme Fawaz, illustrant le contexte si particulier dans lequel le centre culturel ouvre ses portes. Cet endroit, très lumineux et ingénieusement conçu, est prévu pour accueillir les élèves qui souhaiteraient fêter leurs anniversaires, ou d’autres événements. «C’est un endroit où l’on peut organiser des petites fêtes et des rassemblements pour les élèves qui auraient obtenu de bons résultats aux tests de langue!». Un peu plus loin, les platebandes en plateaux qui bordent les escaliers, et menant à la terrasse, attirent l’attention de Mme Fawaz et de son époux, qui s’interrogent encore sur le genre de fleurs qu’ils pourraient y planter. Des géraniums peut-être? L’avenir le dira. En attendant, tout semble prêt pour accueillir les visiteurs, toutes générations confondues.

Marguerite Silve

Une opportunité
Pour Carmen Fawaz, très impliquée dans ce projet, ce centre est une véritable opportunité pour les jeunes souhaitant apprendre le français, et pour toute la région qui fut en grande partie détruite par les bombardements israéliens de la guerre des 33 jours, en 2006: «C’est une manière d’aller de l’avant. La culture et la langue sont deux qualités inestimables pour s’en sortir. Pour nous, cette guerre des 33 jours a équivalu à une guerre de 30 ans. Nous avons envie d’aider les jeunes de la région à s’accomplir».

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