Magazine Le Mensuel

Nº 3008 du vendredi 3 juillet 2015

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Etre berger. Un gagne-pain en voie de disparition

Ingrat, fatigant, assurant des revenus très modestes, le métier de berger se fait très rare. Pourtant, quelques derniers mohicans continuent calmement à faire paître leurs troupeaux dans les prés verts de nos montagnes. Nous sommes partis à leur rencontre pour recueillir leurs témoignages.

Vu les conditions difficiles de vie et le peu de rendement que cela assure en contrepartie, le métier de berger attire de moins en moins au Liban. Ils sont devenus très rares ces hommes qui ont décidé de s’occuper, à plein temps, de leurs troupeaux. Et pourtant, dans les montagnes libanaises, on retrouve parfois cette magique image comme sortie d’un autre temps. Celle d’un berger, entouré de ses moutons et brebis, avec qui il communique dans un langage qu’ils sont les seuls à comprendre. Anouar a décidé de consacrer sa vie à ce qu’il appelle tendrement ses bêtes. Il ne sait d’ailleurs rien faire d’autre, précise-t-il. «J’ai embrassé ce métier, dit-il à Magazine, dès l’âge de 14 ans. J’en ai 50 aujourd’hui. Je me sens ainsi plus proche de la nature, des rythmes d’une vie naturelle, calme, authentique, moins artificielle, où l’on prend son temps. Mon campement change selon les saisons. En été, je me déplace avec mon troupeau d’une montagne à une autre. En hiver, je descends vers le littoral. J’installe ma tente dans un pré vert où les montons trouvent de quoi se nourrir. Le problème, c’est que les propriétaires des terrains ne nous voient pas d’un bon œil et nous dénoncent auprès des municipalités qui nous lancent un ultimatum strict pour débarrasser les lieux. C’est pourquoi nous sommes constamment obligés de nous déplacer d’un lieu à un autre. Ce qui est épuisant. Nous vivons au rythme de la nature. Nous nous réveillons à l’aube et nous sortons le troupeau dans les champs avoisinants pendant toute la journée. Nous ne rentrons au campement qu’avec le coucher de soleil. Si épuisés d’avoir couru par monts et par vaux, que nous nous couchons avec nos bêtes très tôt. Moi, je n’échangerai ma vie pour rien au monde, bien que je vive si modestement», souligne Anouar.
«Les difficultés jalonnent notre vie», raconte Ahmad. Ce berger de naissance est un homme d’une quarantaine d’années, mais qui en paraît bien plus. Il ne vit que pour son troupeau. La peau brûlée par les intempéries, le corps noué par la fatigue, il ne perd jamais son sourire. «C’est ma passion, dit-il. Je ne pourrai jamais renoncer à ce métier. Je l’ai dans les gènes. Je vis modestement. J’ai très peu de besoins. Je vends le lait de mes bêtes et cela me permet de survivre. Il faut dire que je n’ai pas de famille. Ni d’habitat fixe. Donc, mes besoins sont restreints. Je vis au rythme de mes moutons. Je me déplace inlassablement avec eux d’une région à une autre. Etre berger exige une vigilance à chaque instant. Quand l’un d’eux est malade, je le veille toute la nuit comme on le ferait avec un enfant. L’Etat ne s’occupe pas de nous et ne nous assure aucune couverture. Pourtant, ce métier fait partie du patrimoine et est en net recul à cause des conditions de vie extrêmement dures», se plaint-il.
 

Vivre péniblement
Etre berger n’est certes pas vraiment du travail, mais ce sont des heures et des heures de garde. Il faut être là, les sens en éveil, de façon permanente… Les bergers ont une panoplie de signes qu’ils connaissent par instinct. Par exemple, la cloche qui s’emballe est le signe qu’une partie du troupeau se prend à faire fausse route. Un bêlement étrange les prévient qu’une bête est en difficulté. La pierre qui roule indique que quelques chèvres ont entrepris d’escalader la falaise. Il faut intervenir avant qu’elles ne s’y trouvent coincées… Les bergers cheminent avec leur troupeau, par monts et par vaux. Ce qui peut s’avérer épuisant quand on prend de l’âge. C’est un métier à plein temps; on peut difficilement être berger et avoir une autre activité en parallèle. La vie est cadencée par les rythmes naturels, le rythme du jour et de la nuit, des saisons. Un berger vit avec la météo, dort plus l’hiver et moins l’été. Il subit le rythme des bêtes, les mises bas la nuit, les traites… Le berger n’est pas toujours en très bonne forme physique, même s’il en a l’apparence. Le corps vieillit, s’use, prend des coups. Sans oublier le stress lié au travail, à la météo, au réchauffement climatique…
Leurs conditions sont rudes au plan logement, surtout en altitude. Les bergers prennent la météo de plein fouet… Ils peuvent faire face à quatre ou cinq jours de pluie de suite. En cas de sécheresse, ils risquent de faire faillite. Si une bête tombe malade, le berger passe beaucoup de temps auprès d’elle et consacre beaucoup d’énergie à la sauver. Il est très rare que les bergers aient recours aux vétérinaires. Cela leur coûte cher et, puis, perdus dans leur campement, ils n’y ont pas facilement accès d’autant plus que l’Etat n’offre aucune facilité dans ce sens. Les bergers ont une relation donnant, donnant entre eux et leurs bêtes. Ils les nourrissent et s’en occupent. En contrepartie, elles leur donnent du lait. Les bergers ont aussi une relation avec la mort de l’animal. Elle fait partie du quotidien… Il faut sélectionner les animaux, les envoyer à l’abattoir… Ils les aiment, mais il faut les sacrifier pour assurer des rentrées. Cela fait partie du métier. Le berger vit dans la solitude dans son campement durant toute l’année. Seuls moutons et brebis lui tiennent compagnie. Souvent, il a un chien pour l’aider à rassembler les bêtes quand elles se dispersent trop. Un chien de protection, difficile à dresser, exclusivement destiné à la protection des troupeaux, ou un chien de conduite, utilisé pour diriger les troupeaux. La protection peut être également assurée par un âne qui les accompagne toujours les regardant de son œil distrait.

Danièle Gergès

Tout ce que vous devez savoir 
Les moutons sont des mammifères herbivores souvent élevés en troupeau de bétail ou dans des fermes. Ils peuvent être utilisés pour leur viande, leur laine ou leur lait. Ils ont une espérance de vie de 6 à 14 ans, mais certains peuvent vivre jusqu’à 20 ans. Les moutons peuvent s’adapter à divers climats et on en trouve dans le monde entier. Il existe plus de 200 races de moutons qui se développent selon certaines conditions. L’herbe et la paille sont leur nourriture. La quantité de pâturage nécessaire varie en fonction du climat et de la fertilité du champ. Dans un climat tempéré, vous pouvez compter un hectare de pâture pour 6 moutons. Un climat chaud ou froid donne souvent des champs moins fertiles, il faut donc augmenter la dimension du terrain. Les moutons avec une laine longue et épaisse doivent être tondus deux fois par an. Vous pouvez tondre vos moutons un peu avant l’été pour que leur laine repousse avant l’hiver.

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