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Mouna Béchara

Défis anciens et nouveaux

Avons-nous tellement endurci notre carapace que, non seulement nous surmontons les difficultés du quotidien, mais nous n’en faisons même plus cas? Pourtant, nous sommes soumis à des pressions toujours plus fortes et nous en avons assez de payer pour les autres. Interrogé sur les raisons réelles de notre situation, un expert en sociologie déclare: «La véritable pauvreté du Liban tient au fait que des jeunes, à peine sortis de l’adolescence, et avant même d’achever leurs études universitaires, sont déjà scotchés sur les réseaux sociaux dans l’espoir de trouver rapidement une oasis à l’étranger et une profession qui leur rendrait la vie plus clémente». Il n’en reste pas moins que c’est sur la jeunesse libanaise que repose le destin du pays. C’est sur elle, et seulement sur elle, que le pays compte pour retrouver son énergie. Conscients des méfaits des agressions contre le secteur bancaire, les partisans des Kataëb, des Forces libanaises, du Parti national libéral et du Courant du futur se sont rassemblés devant la Banque centrale en signe de solidarité avec son gouverneur, Riad Salamé, et pour dénoncer l’attaque contre la Blom Bank. Une manifestation civile et civique s’il en fut, qui fait honneur à toute cette nouvelle génération du pays, qui a saisi le sens et l’objectif de cette agression, même si elle ignore encore l’identité des véritables instigateurs d’un acte aussi odieux.
Les informations, qui nous sont livrées par les médias audiovisuels ou écrits étrangers, nous donnent le sentiment de revivre des épisodes de notre vie: fictions ou films d’horreur. Mais nous ne sommes plus les seuls sur la carte des terroristes, de plus en plus de pays parmi les mieux sécurisés sont frappés aveuglément par cette nouvelle vague qui s’affiche sous la bannière sordide de Daech.
Aujourd’hui, dans un pays qui se targuait d’être le dernier bastion de la démocratie dans cette région qui n’en connaît pas le sens, des élections municipales, très relativement réussies, sont qualifiées de véritable exploit et signe d’une récupération des institutions. Voilà où nous en sommes, alors que nous continuons à être régis par les lois de la jungle et des règles totalement ignorées par des malfaiteurs jamais inquiétés. Les tirs de joie ou de victoire, aussi injustifiés les uns que les autres, continuent à faire impunément des victimes innocentes dont le seul péché est de se trouver dans leur ligne de mire. Jusqu’à quand pourrons-nous vivre, ou plutôt accepter de survivre, ainsi entourés de hors-la-loi dans tous les domaines? Cette question est celle que chacun de nous se pose sans y trouver une réponse fiable. Nous ne sommes pas injustes en évoquant sans répit la corruption et le laxisme des gestionnaires du pays, car rares sont ceux parmi eux qui peuvent affirmer avoir la conscience tranquille. Les incorruptibles appartiennent à une race rare, mais ne sont-ils pas également coupables de ne pas demander justice pour les corrompus, si tant est qu’ils ne les couvrent pas?
La démission des ministres Kataëb du gouvernement handicape certes son action. Mais comme l’a si bien exprimé, au nom d’une grande majorité des Libanais, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel: «Il n’était plus possible de faire comme si tout allait bien et d’assumer la responsabilité de la dégradation des institutions et de l’Etat dans son ensemble». Si l’armée échappe aux critiques et demeure le dernier bastion, elle ne souffre pas moins de l’absence d’autorité. Tout départ légal à la retraite s’accompagnant de conflits autour du nom de son successeur, les priorités étant disputées par des supporters politiques, bloquant ainsi toute possibilité de rendre justice aux plus compétents et, en tout cas, aux ayants droit.
Ainsi vit le Liban, au jour le jour, dans un climat délétère. Le peuple aguerri contre l’adversité et les duretés de la vie, qui a réussi à libérer son pays des tuteurs et des envahisseurs, se trouve paralysé aujourd’hui par des menaces d’un ordre nouveau, celles que profèrent des compatriotes affiliés à des forces qui ambitionnent d’étendre leur pouvoir sur la région en utilisant le pays le plus fragile, ou plutôt, le moins armé, le pays du Cèdre. Mais les Libanais peuvent être accusés de tous les défauts, mais sûrement pas de lâcheté. Chacun sait qu’ils ne lâcheront pas prise. Ils en ont donné la preuve tout au long de leur Histoire. Une fois de plus, ils sont appelés à relever les défis toujours plus nombreux, réussiront-ils malgré tout. Il faut y croire.

 

Mouna Béchara

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