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Nº 3064 du vendredi 29 juillet 2016

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Olivier Cadic, sénateur des Français de l’étranger. «Le Liban doit être récompensé pour sa gestion des réfugiés»

Présent au Liban pour le Centre d’information et de formation aux métiers de l’eau (CIFME), projet créé l’année dernière en collaboration avec le ministère libanais de l’Energie et de l’Eau, le sénateur Olivier Cadic, représentant des Français établis hors de France et membre de l’Union des démocrates et indépendants présidée par Jean-Christophe Lagarde, a accordé un entretien à Magazine.

Vous êtes un sénateur, représentant les Français établis hors de France. Que fait la France aujourd’hui pour ses expatriés?
La France est le pays le plus avancé dans la représentation des Français de l’étranger. Vingt-trois parlementaires, dont douze sénateurs et onze députés s’occupent des affaires de deux millions et demi de Français à l’étranger. Cette mission comporte de nombreux enjeux tels que l’enseignement, l’aide sociale, le commerce extérieur et bien d’autres. Nous travaillons sur plusieurs domaines pour nous assurer que les Français sont écoutés et que les textes votés en France prennent en compte les intérêts des Français de l’étranger.  

La politique exercée par la France prend-elle en considération la sécurité des Français?
Il peut y avoir des prises de position qui affectent les Français vivant dans des pays à risque. Il faut s’assurer que leur sécurité ne soit pas mise en danger à cause de la position de la France.

Aujourd’hui, la France est le pays qui subit le plus grand nombre d’attaques terroristes…
C’est la contrepartie de tout ce que la France représente comme valeurs. Ce sont les valeurs républicaines, qui ont rayonné dans le monde et permis aux peuples d’obtenir leur liberté, qui sont attaquées aujourd’hui. Les terroristes veulent atteindre cet art de vivre. A la différence de certains politiques français, je pense que ce n’est pas la France qui est en guerre, mais c’est le monde qui est en guerre. La veille de l’attentat du Bataclan, il y en a eu un autre à Beyrouth. Un mort à Beyrouth a la même valeur qu’un mort en France. La France a un côté symbolique et en l’attaquant c’est comme si on attaquait tout le monde. Dans la même logique, il faut comprendre qu’aider le Liban c’est aider le monde parce que le Liban est en première ligne par rapport à la migration syrienne. Dans votre pays, il y a un art de vivre qui attire. Les gens ont plus envie de vivre au Liban qu’en Syrie.

Pensez-vous que la France devrait reprendre le dialogue avec le président Bachar el-Assad?
La position de la France a été définie et je n’ai pas qualité de dire ce qu’elle doit faire. Je suis un sénateur-entrepreneur. L’objectif est-il d’avoir la paix en Syrie? Si oui, il faut alors réunir toutes les parties et faire la paix. La guerre crée un facteur de déstabilisation. Les gens sont malheureux et les phénomènes de déstabilisation vont en chaîne. Les migrants sont devenus une arme utilisée par Daech qui, avec le déplacement des populations, sait qu’il va créer des troubles car il cherche à déstabiliser les pays. Il faut savoir comment sortir de cette situation. Le monde entier est frappé et Daech se trouve aux frontières du Liban. Il faut rétablir la paix en Syrie. Je ne peux pas décider qui va diriger la Syrie et comment. C’est aux Syriens de le faire.

Avez-vous évoqué la question des déplacés syriens dans vos entretiens avec les responsables libanais?
Je suis totalement conscient de la situation du Liban avec 1,6 million de déplacés syriens sur son sol et j’en ai discuté avec le président du Conseil, Tammam Salam. Je vais m’assurer que mes collègues en France soient informés de cette réalité. Cette présence représente un grand facteur de déstabilisation. Le ministre Arthur Nazarian a comparé la situation du Liban à celle d’un haltérophile qui supporte un poids énorme, mais il suffirait désormais d’un petit rien pour qu’il s’écroule sous son poids. Si on arrive au point de rupture, le pays sera déstabilisé. Le Liban a été exemplaire dans sa manière d’affronter la situation et dans sa gestion de la crise sur le plan de la sécurité. L’armée a repoussé Daech et l’a empêché d’entrer au Liban. Il y a eu un consensus de la population libanaise pour que le pays ne soit pas déstabilisé et c’est dans ce sens que le Liban a été exemplaire. J’ai rencontré le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi. Il était important de l’écouter et je voudrais que les parlementaires français l’écoutent. Je vais demander à ce qu’il soit auditionné en France pour voir comment le Liban a résisté à Daech. C’est un exemple en tant que sécurité passive. Le Liban a développé sa propre approche de lutte contre le terrorisme, il doit être écouté en France. Concernant les déplacés, il faut établir un plan de désengorgement. Qui dit déplacés, dit besoins scolaires, alimentaires, hygiéniques, hydrauliques, électriques, etc. Le Liban ne peut plus faire face seul. Il faut une véritable prise de conscience à propos de cela en Europe. Je ne suis qu’un facilitateur. En politique, un entrepreneur ne règle pas le problème, il facilite sa résolution. Si la France devrait accueillir la même proportion de réfugiés que le Liban, on en aurait 30 millions et notre pays basculera. Il faut retrousser les manches et aider les Syriens à rentrer chez eux. Il faut créer les conditions pour les ramener dans leur pays, trouver des solutions dans ce but. Sinon, les terroristes auraient gagné. Ils vont se servir de cette carte. Derrière les migrants, quelques terroristes vont se cacher et cela va rejaillir sur tout le monde. Mon rôle est d’expliquer, en France, que nous sommes tous sur le même bateau. Le Liban est en premières lignes sur la question des réfugiés et son attitude doit être récompensée. Les problèmes du Liban sont ceux de l’Europe.
 
Avez-vous discuté de l’élection présidentielle avec vos interlocuteurs libanais?
Je souhaite fortement que le Liban ait un président de la République. Cela contribuera à améliorer la situation. Chacun est conscient de l’importance de trouver une solution. Le statu quo n’est pas le choix des interlocuteurs que j’ai rencontrés.
 

Quel était l’objectif direct de votre visite?
C’est ma deuxième visite au Liban. Je suis là pour la concrétisation du Centre d’information et de formation aux métiers de l’eau 16 mois après son lancement. Tous les interlocuteurs m’ont encouragé dans mon action. Si je peux éclairer les collègues au Parlement à comprendre la problématique à laquelle sont confrontés les Libanais, j’en serai ravi. En tant que chef d’entreprise, tout le monde attendait ce que j’allais décider. J’ai alors décidé de ne plus rien décider. De cette manière, j’ai obligé mon équipe à travailler avec moi pour trouver une solution de manière à ce que chacun sente que c’est lui qui a pris la décision. C’est le meilleur moyen de travailler en commun. Comment prétendre aider le Liban si l’argent payé par les donateurs étrangers ne tient pas compte des besoins des Libanais? On ne peut pas demander que les réfugiés seuls bénéficient de l’aide. De plus, une aide véritable ne doit pas être conditionnée. Il existe une urgence dans le besoin d’aide. Le Liban a été admirable et n’a pas agi comme la Turquie en posant des conditions pour l’aide qu’elle apportait aux déplacés. L’approche du Liban devrait être récompensée, car sa taille n’est pas du tout la même que celle de la Turquie et parce que le risque de déstabilisation totale du pays existe.

Vous résidez en Angleterre. Que pensez-vous du Brexit?
Le résultat du Brexit c’est qu’il stoppera l’immigration des Européens en Europe. Il y a trois millions d’Européens en Angleterre. Pratiquement, on va arrêter la libre circulation. Si jamais celle-ci est bloquée, les Britanniques vont bloquer leur liberté commerciale. Le problème réside dans le fait qu’ils n’ont toujours pas dit ce qu’ils allaient faire. De cette manière, ils n’auront plus accès au marché unique et au commerce avec l’Union européenne. Nous sommes confrontés à une décision qui n’a aucun sens. Certains disent que l’Europe a échoué. C’est faux. L’Europe a été créée pour la paix. L’euro est la deuxième monnaie mondiale.
Nous avons créé le programme Erasmus, qui a permis à des milliers d’étudiants de faire des études partout en Europe. Aujourd’hui, les gens sont attirés par l’Europe et veulent y vivre.

Propos recueillis par Joëlle Seif

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