Confidences Liban
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Nº 3004 du vendredi 5 juin 2015

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A Tripoli, chacun pose ses pions
Si l’ex-président Saad Hariri soutient le général Achraf Rifi, ce n’est pas uniquement pour des raisons liées à la situation interne du Moustaqbal, estiment des milieux politiques tripolitains. Il est vrai qu’il faut dompter le ministre Nouhad Machnouk et freiner ses ambitions, mais l’appui à Rifi concerne la situation tripolitaine interne et la confrontation ouverte avec le président Najib Mikati que Hariri considère comme l’adversaire principal qui menace son leadership dans la ville. Le chef du Moustaqbal estime que le seul capable de tenir front à Mikati, parmi les cadres de son parti dans le chef-lieu du Liban-Nord, est bien Rifi.
D’après les mêmes sources, Saad Hariri a essayé de s’allier avec l’ex-ministre Fayçal Karamé qu’il a invité en Arabie saoudite avec tous les honneurs, mais il a découvert que Karamé, non seulement ne souhaite pas prendre part à la politique des axes tripolitains, mais aussi n’envisage pas de sacrifier sa relation avec Mikati avec lequel il a eu une bonne expérience au sein du gouvernement précédent.

 

Berry s’emporte
Le président Nabih Berry a commenté l’initiative du général Michel Aoun et la rencontre des chrétiens du 14 mars à Bkerké. «L’élection d’un président de la République au suffrage universel exige une entente à tous les niveaux à l’interne, comme à l’externe», a dit le président de la Chambre. Il est par ailleurs convaincu que les chrétiens, surtout ceux du 14 mars, ne sont pas favorables à cette proposition. Il estime aussi que l’organisation des législatives, avant la présidentielle, est irréaliste en ces circonstances exceptionnelles que traverse le Liban. Sans vouloir se prononcer sur la question du quorum, il a évoqué le communiqué immédiat et explicatif de Bkerké, émis après la réunion du 14 mars, qui ne soutient pas la théorie de l’élection d’un chef d’Etat à la moitié des voix des députés, plus une. Berry a ajouté que la séance du scrutin présidentiel est ouverte depuis le 24 mars 2014. «Je n’ai de leçons à apprendre de personne. Je sais comment faire pour convoquer la Chambre», a-t-il dit.

Un super-ambassadeur de France
Le président François Hollande a désigné son conseiller pour les Affaires du Moyen-Orient, Emmanuel Bonne, au poste d’ambassadeur de France à Beyrouth. Bonne est un jeune diplomate de 44 ans qui connaît bien le Liban. Venu une première fois avec une ONG humanitaire durant la guerre civile, il y est souvent revenu. Il a ensuite travaillé comme chercheur au Centre d’études du Moyen-Orient contemporain à Beyrouth, où il a achevé une étude sur la vie publique au Liban et obtenu le prix Michel Seurat du CNRS. Il a appris l’arabe et fait de nombreuses navettes entre Beyrouth et Damas en vue de rédiger sa thèse sur la Syrie, avant de rejoindre, en 2000, le ministère des Affaires étrangères où il a pris en charge les dossiers de l’Iran et de l’Irak. Entre 2003 et 2006, il était à l’ambassade de France à Téhéran en tant que responsable du dossier nucléaire, de la stratégie et de la politique étrangère iranienne. Il a également appris le perse qu’il maîtrise fort bien. De 2006 à 2009, Emmanuel Bonne est à Riyad au poste d’adjoint à l’ambassadeur, avant de rejoindre New York, à la tête d’une équipe d’experts au sein de la délégation française à l’Onu, jusqu’en 2012. Lorsque le président Hollande a été élu, il l’a pris comme conseiller pour les Affaires du Moyen-Orient.

Quatre à dîner
Préparatifs en vue d’une rencontre quadripartite entre les pôles du 8 mars (Hassan Nasrallah, Nabih Berry, Michel Aoun et Sleiman Frangié). La réunion aura lieu la nuit au cours d’un dîner à la résidence de sayyed Hassan Nasrallah. Objectif? Evaluer la conjoncture et les développements au Liban et dans la région et synchroniser les positions après que plusieurs divergences sont apparues au grand jour, ces derniers temps.

Initiative vaticane et présidentielle
En prévision de l’arrivée de l’émissaire du Vatican à Beyrouth, l’ex-ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège, le cardinal Dominique Mamberti, le nonce apostolique, Monseigneur Gabriele Caccia a entrepris une tournée auprès de tous les leaders chrétiens. Il a voulu ainsi tâter le terrain pour savoir s’il était possible d’ouvrir le débat sur la présidentielle. Une tournée qui a précédé son voyage au Vatican. D’après les informations, Caccia a eu la nette impression que nul n’était disposé à donner un coup de pouce à l’initiative vaticane, chacune des parties souhaitant que l’on comprenne ses choix.

Entre le commandant et le président
Il n’est pas permis de nommer un nouveau commandant en chef de l’armée sans l’approbation du président de la République. Ce motif donné par l’ex-Premier ministre Saad Hariri au général Michel Aoun ne tient pas la route, comme le dit ce dernier. Ce n’est qu’un prétexte pour contourner la nomination du général Chamel Roukoz à ce poste.
Le chef du Courant patriotique libre (CPL) a expliqué que, depuis les accords de Taëf, trois chefs d’Etat ont accédé au pouvoir. Aucun d’entre eux n’a donné son avis sur la nomination d’un chef à la tête de l’armée. Le président Elias Hraoui souhaitait que le général Fahim el-Hage obtienne cette fonction, et elle est revenue à Emile Lahoud. Le président Lahoud lui-même préférait que ce soit le général Assaad Ghanem qui prenne les commandes, mais ce fut le général Michel Sleiman qui fut nommé. Le président Sleiman n’était pas favorable à l’arrivée du général Jean Kahwagi au début, mais le ministre de la Défense de l’époque, Elias Murr, a fini par le convaincre.

Aoun et le commandement de l’armée
Le conseiller de Saad Hariri, Ghattas Khoury, lors de sa dernière visite à Rabié, a franchement dévoilé au général Michel Aoun que le Courant du futur était disposé à appuyer le général Chamel Roukoz en septembre prochain, en ajoutant: «Tentons de résoudre la question de la présidence». Et pour tranquilliser encore plus le général, il a continué: si le mandat du général Roukoz expire sans qu’une entente à ce sujet soit trouvée on pourra le rappeler, même hors du cadre. «Sur quoi vous-êtes vous basé pour faire cette proposition?», a demandé Aoun. Réponse de Khoury: «La loi sur la Défense peut être amendée». Aoun a rétorqué: «Je ne modifierai pas la loi de la Défense pour une personne, même le général Roukoz refusera une telle solution».

Le cas de Ersal
Le débat politique essentiel au sein du Conseil des ministres a eu lieu entre les deux ministres Hussein Hajj Hassan et Nouhad Machnouk. «La bataille de Qoussair est venue confirmer que l’attaque est le meilleur moyen de défense. Nous ne pouvons pas permettre la reproduction des expériences de Ramadi et Palymyre», a dit le ministre de l’Industrie. Machnouk a, pour sa part, mis en exergue «le brasier communautaire qui nous entoure. Soit nous allons vers lui de notre propre initiative, soit nous décidons de nous protéger». Il a ajouté: «Politiquement, nous sommes d’accord sur le rôle de l’Etat et de l’armée. Au chapitre militaire, il faudrait que le commandement de l’armée nous explique la situation. Si la bataille de Ersal est déclenchée, il n’en résultera pas 300 tués, comme l’a dit le ministre Samir Mokbel, ce sera l’explosion généralisée dans le pays».

Berry, le modérateur
Le président Nabih Berry comprend très bien l’inquiétude du Moustaqbal quant aux développements à Ersal et son voisinage, comme l’affirme un parlementaire. Il est impossible que le président de la Chambre accepte que les résultats des batailles du jurd soient exploités dans l’équation interne, si ce n’est pour consolider la stabilité interne. D’ailleurs, il insiste sur le fait que le Hezbollah partage cette position et représente l’assise du dialogue sunnite-chiite qui se poursuit au Liban, en dépit du feu qui embrase le triangle arabe qui s’étend entre l’est de la Méditerranée, le Golfe de Basra et Bab el-Mandeb. Le point faible dans l’attitude du Moustaqbal et celle de son leader Saad Hariri, ajoute le député, c’est l’existence d’un courant opposé au dialogue qui privilégie la confrontation. Ce sont les symboles de ce courant non haririen qui émettent des ondes négatives à caractère communautaire. Ce courant, malgré son apparente modernité, pousse loin l’exploitation des réflexes communautaires extrémistes de certaines catégories sociales sunnites et chiites. Le chef du Parlement commence à percevoir les effets de sa stratégie, qui vise à éviter les divisions du tissu national et à privilégier le dialogue, sur certaines parties régionales.

Les Ikhwan plus actifs au Liban
L’élection du cheikh Ahmad el-Omari à la tête du Comité des ulémas musulmans a une signification politique, selon des milieux beyrouthins. Omari est le second Beyrouthin, après le cheikh Hassan Katargi, à présider aux destinées du comité dont la présence dans la capitale est traditionnellement faible et qui a toujours été placé sous l’influence des Tripolitains et des Akkariotes. Omari mène l’organisation de la Jamaa islamia à Beyrouth et jouit d’une grande influence auprès des associations caritatives des Ikhwan au Liban dont le nombre dépasse la centaine. Contrairement aux Ikhwan beyrouthins qui misent sur la fibre fanatique des familles, Omari est une personnalité kurde dotée d’une force financière qui lui a permis d’attirer des disciples. L’impact acquis par les Ikhwan sur le comité est similaire à l’influence qu’il a eue sur les élections du Conseil chérié islamique, indiquent les milieux, ajoutant que la montée des Frères musulmans au Liban est contraire à la tendance qui prévaut en Egypte et en Jordanie, mais elle aurait pour origine une volonté américano-turque dont l’objectif est de relancer le rôle des Ikhwan à cette étape dans les pays arabes dont le Liban. Ces milieux rappellent que Omari s’était rendu en Arabie saoudite l’an dernier en compagnie du député Imad el-Hout, alors que la colère de Riyad contre les Ikhwan était à son apogée.

Enième revirement du Bey
Le député Walid Joumblatt s’achemine vers un nouvel alignement politique, raccourcissant la distance qui le sépare du 8 mars, présume une source informée proche de cette coalition. Serait-ce la découverte d’une cellule de Daech à Choueifat qui a accéléré le réseau de communication entre Moukhtara et Haret Hreik et qui a entraîné une visite de Wafic Safa à Clémenceau, la semaine passée? Le leader druze devait sans doute avoir pris connaissance d’un communiqué distribué par l’opposition syrienne à quelques personnalités libanaises sur sa vision de la situation à venir et sur un nouveau tracé des lignes de front après la prise de Palmyre par Daech. Selon ce rapport, les groupes de ce mouvement takfiriste s’apprêtent à avancer vers les régions est du Qalamoun par le désert pour s’approcher du sud-est de Homs et de certains villages libanais à l’extrême nord de la Békaa. Le même rapport signale que ces forces se dirigent de Palmyre à travers la route du désert vers l’est de Soueida, dans des régions druzes que Joumblatt se doit de soutenir contre Daech. Les Renseignements de l’armée avaient arrêté quelque 20 éléments de Daech armés et équipés d’appareils de communication à Choueifat, au sud de Beyrouth, une arrestation qui a choqué les habitants de cette région multiconfessionnelle.

La Réunion consultative réactivée
Les membres de la Rencontre consultative, regroupant les trois ministres Kataëb, les trois fidèles au président Michel Sleiman et les deux ministres Boutros Harb et Michel Pharaon, se sont retrouvés au domicile du président Amine Gemayel à Horch Tabet, après une éclipse de plusieurs semaines. Les participants ont souligné la nécessité de la mise sur pied de cette structure à ce stade et approuvé la tenue de réunions cycliques mensuelles au domicile des membres, à tour de rôle. La troisième se déroulera chez Boutros Harb.

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Éditorial
Idées berceuses

La réunion entre Michel Aoun et Samir Geagea était prévisible, après six mois de discussions entre leurs représentants respectifs et, surtout, en raison des conseils prodigués par le Vatican. Elle casse l’angoissante routine dans laquelle se complaisait la vie politique libanaise. Sur un plan strictement chrétien, la rencontre Aoun-Geagea peut contribuer à solder un passif vieux de 25 ans entre les deux hommes, et, par conséquent, à apaiser les tensions latentes au sein de la communauté. A condition, bien entendu, que cette démarche ne reste pas orpheline et fasse l’objet d’un suivi assidu, à travers des initiatives au niveau de la base populaire des deux grands partis chrétiens. Les sceptiques dans les deux camps sont nombreux et ne croient pas au sérieux de cette réconciliation. Pour la renforcer, il faut prouver qu’ils ont tort.La réconciliation personnelle entre Michel Aoun et Samir Geagea est certes importante mais elle n’est pas suffisante, car les deux hommes ne représentent pas uniquement leur auguste personne, mais deux projets politiques, qui s’opposent sur plusieurs points. Pour qu’elle soit solide et durable, l’entente doit donc comporter un volet politique. Le fait d’avoir signé une déclaration d’intentions est la preuve d’une volonté commune d’aller au-delà de la dimension personnelle de la relation. L’accord conclu entre les deux partis comporte des principes généraux, qui expriment effectivement les appréhensions des chrétiens. Mais ils ne dépassent pas le cadre d’idées, qu’il faut maintenant essayer de traduire en mesures concrètes afin d’initier un réel changement. Or, c’est là que le bât blesse. Car pour transformer en actes certaines des idées formulées, des réformes importantes sont nécessaires, ce qui déplaît fortement aux alliés respectifs des deux leaders chrétiens. Prenons par exemple l’accord sur la nécessité d’élire un président «fort» et «représentatif» au sein de sa communauté. En évoquant la question de l’élection présidentielle au Liban devant la délégation libanaise conduite par Tammam Salam, le roi Salmane d’Arabie saoudite a énuméré des critères qui s’appliquent plus à un président consensuel que représentatif. Les deux candidats «forts», à savoir Michel Aoun et Samir Geagea, sont donc exclus d’emblée de la course.L’attitude des deux partis chrétiens vis-à-vis de la bataille des jurds de Ersal pourrait être une autre source de problème entre eux s’ils ne parviennent pas à gérer la question avec doigté. Michel Aoun estime prioritaire l’éradication des groupes terroristes, qui occupent quelque 400 kilomètres carrés du territoire national dans cette région. Il appuie le Hezbollah dans sa stratégie, y compris la décision du parti de mener lui-même la bataille si l’Armée libanaise n’obtient pas le feu vert du gouvernement. Samir Geagea, quant à lui, refuse d’accorder une quelconque couverture au Hezbollah et estime que seule l’armée est habilitée à défendre les frontières du pays. Toutefois, le Courant du futur, avec derrière l’Arabie saoudite, ne semble pas pressé d’enlever cette épine «jihadiste» du pied du Hezbollah et du gouvernement syrien.On peut égrener comme cela, pendant des heures, les sujets qui séparent Michel Aoun et Samir Geagea, pour des raisons de politique locale ou à cause de leur positionnement régional.Il en ressort que la rencontre entre les deux hommes est un développement nouveau, sans pour autant être un événement exceptionnel, susceptible d’initier des dynamiques inattendues. Sauf si les deux partis sont prêts à tourner le dos à leurs alliés… ce qui est fort improbable dans cette vie, comme dans l’au-delà.


 Paul Khalifeh
   
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