Zaven Kouyoumdjian raconte la télévision. D’histoires, de mémoire et d’Histoire
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Nº 3008 du vendredi 3 juillet 2015

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Zaven Kouyoumdjian raconte la télévision. D’histoires, de mémoire et d’Histoire

 
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    Zaven Kouyoumdjian raconte la télévision. D’histoires, de mémoire et d’Histoire
    Après Lebanon shot twice, Zaven Kouyoumdjian a récemment publié, aux éditions Hachette/Antoine, l’ouvrage Assaada llahou Massa’akoum - Cent moments qui ont créé la télévision au Liban. Au fil de l’entretien...
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Après Lebanon shot twice, Zaven Kouyoumdjian a récemment publié, aux éditions Hachette/Antoine, l’ouvrage Assaada llahou Massa’akoum - Cent moments qui ont créé la télévision au Liban. Au fil de l’entretien chaleureux avec Zaven, au fil des pages, se dévoile une œuvre portée tout près du cœur pour réchauffer toute maison libanaise.
 

Un moment télévisé, c’est le concept sur lequel a décidé de travailler Zaven Kouyoumdjian. «C’est le moment où le spectateur se fige devant le poste, où son souffle se coupe, et où, premier réflexe, il cherche la télécommande pour augmenter le volume. Chaque jour à la télé, poursuit-il, il y a une multitude de moments; certains deviennent une partie de la mémoire, d’autres constituent le bavardage du jour». Le moment ne peut toutefois pas être défini selon une approche scientifique, mais en prenant en considération différents points de repère, tels que sa popularité, son impact sur l’industrie, à quel point est-il devenu une partie de la culture populaire, à quel point reflète-t-il le contexte historique, politique et social… autant d’éléments qui font partie des 12 critères établis par Zaven pour sélectionner les «100 moments qui ont créé la télévision au Liban».
Cinq ans de travail acharné, de recherches, d’obsession et de plaisir. Cinq ans durant lesquels il a visionné des milliers et des milliers d’heures de télévision, en noir et blanc, en couleur, lu, relu, fouillé et retenu les colonnes d’al-Chabaka, du Dalil an-Nahar pour repérer l’heure de retransmission des programmes, interviewé plus de 200 personnes, tout autant des acteurs de l’industrie ou des citoyens lambda sur leur participation, leurs souvenirs… certains étant aujourd’hui décédés… Cinq ans de détermination pour compiler 55 ans de télévision au Liban depuis sa création en 1959. L’aventure ne fait que commencer…
Le livre n’est pas juste à propos de la télévision, mais aussi à propos du Liban, de l’histoire du Liban à travers la télévision, de la culture populaire du pays, parce que, selon Zaven, la télé n’est pas que du divertissement, puisqu’elle a façonné l’identité libanaise. Avant son apparition, le pays était divisé; on ne mettait pas les enfants au lit en leur racontant la même histoire, du nord au sud, à l’intérieur même de Beyrouth, chaque région vivait à un rythme différent, selon d’autres valeurs, d’autres histoires. «La télévision a uni les Libanais qui ont commencé à s’endormir à la même histoire, celle de la télé justement. Elle a instauré de nouvelles valeurs, des valeurs communes, qui ne sont ni chrétiennes ni musulmanes, des valeurs populaires, une culture libanaise».
Même plus tard, dans les années 70, quand la télé libanaise a commencé à être diffusée dans la région, les pays arabes ont perçu alors le rêve libanais, l’esprit libanais à travers les séries dramatiques. A tel point que, et confirmant ses dires, Zaven rappelle que le célèbre écrivain arabe el-Moutannabi a, depuis la création d’une série éponyme, un visage, celui de l’acteur Abdel-Majid Majzoub; ou, autre exemple, pour toute une génération dans les pays du Golfe, quand on évoque l’image d’une belle jeune fille dans le désert, c’est tout de suite Samira Toufic qui vient à l’esprit… «Tous ces gens sont devenus des icônes, aussi bien nationales, que pour le monde arabe, chaque génération ayant produit et s’attachant à ses icônes qui disparaissent avec elle», sauf si… Zaven avance cette autre idée, fil rouge de son livre, son intention de départ: «La mémoire nationale se construit quand quelqu’un transforme ces icônes d’une génération passée en icônes nationales autour desquelles les gens peuvent s’unir».

 

Et si la nostalgie se modernise?
C’est dans le complexe amalgame entre le passé et la mémoire que réside la nostalgie, cet état devenu presque une seconde entité des Libanais, même de la nouvelle génération qui n’a pas pourtant aucun souvenir de cette période-là. Parce que, selon Zaven, notre mémoire n’est pas continue. «Les Libanais n’ont pas eu une vie normale avec un cheminement précis. Notre vie est morcelée, notre mémoire n’est pas reliée. Il y a les moments d’avant la guerre, durant la guerre, il y a la guerre, l’après-guerre, la guerre après la guerre… Tous ces moments sont disparates. Il y a eu une rupture, des ruptures. Tout ce qui a été après la guerre ne s’est pas normalement ajouté à ce qui a été avant… En raison de la guerre, de l’insécurité, des changements, les Libanais sentaient alors qu’un jour viendra où les choses seront à nouveau belles, où Beyrouth sera à nouveau la Suisse du Moyen-Orient, le jour viendra où… Cette mémoire-là qui les confortait, ils se refusent encore à la manipuler, à jouer avec». C’est en cela précisément que réside la différence entre la nostalgie du Libanais et celle qui empreint le monde où la mémoire est remodelée, placée dans un nouveau contexte.
Dans son ouvrage, Zaven semble prendre un grand plaisir à placer chaque moment dans son contexte au cœur d’une histoire nouvelle, tour à tour drôle, amusante, touchante, vivante. Il joue avec ces personnages, avec ces icônes, pour les inscrire dans la mémoire nationale, pour en faire des Idées, quitte à créer une controverse. Sabah, par exemple, est immortalisée à travers ce que Zaven considère être son «moment» le plus important, qui a effacé les nombreux autres moments qu’elle a créés: son mariage avec Fadi Lebnen. «Pourtant, c’est le moment le plus noir dans sa vie mais, par ce mariage, elle a défié Dieu, la nature, clamant haut et fort qu’à 60 ans on peut toujours être une femme, on peut aimer, épouser un homme tellement plus jeune. Elle a ouvert les limites de notre esprit et élargi l’âge de la femme. D’ailleurs, c’est Fadi Lebnen lui-même qui l’a surnommée al-Oustoura (la légende) et il n’avait pas tort, sinon on l’aurait seulement appelée al-Chahroura».
Conscient de cette «grande responsabilité» qui l’a tenu éveillé des nuits durant, par crainte de ne pas rendre justice à certains, tout en respectant ses critères, Zaven tenait, par ce livre, à inscrire ces personnages télévisés dans l’histoire. Dans l’espoir que la nouvelle génération, qui n’est pas influencée par le passé, s’en empare pour les traduire, les réinterpréter, les réincarner selon les critères d’aujourd’hui. «Ces personnages-là sont des valeurs, tels des monuments dans la ville qu’on peut parfois colorier, sur lesquels on peut graver, dessiner ou en faire un film… le monument n’en sera que plus beau». Et d’ajouter, lucide quant à n’être qu’un «bout de bois dans cette grande cheminée qu’est la télévision qui ne se soucie que de la chaleur qu’elle procure» et non des branches qu’elle consomme et consume, «ce livre est mon moyen de remporter une victoire sur la télévision et non le contraire, mon outil pour gagner et pour aider tous ces gens-là à gagner la bataille. C’est mon héritage. C’est mon moment».

Nayla Rached

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Éditorial
Un peu de sérieux, bon sang!

Dans les années 30 du siècle dernier, un certain nombre d’hommes politiques et d’intellectuels mettaient en garde contre les conséquences de la montée du nazisme en Allemagne. Ils voyaient dans cette idéologie un danger pour la paix et la stabilité en Europe et une menace pour l’Humanité. Mais les principaux dirigeants occidentaux ont ignoré ces «lanceurs d’alerte» de l’époque, estimant que l’urgence était de faire face à l’Union soviétique.Joseph Staline réfléchissait de la même façon. Dans son échelle des dangers prioritaires, «l’Occident capitaliste» passait devant le national-socialisme naissant. Dans cette optique, les ministres allemand et russe des Affaires étrangères, Joachim Von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov, ont signé, à Moscou, quelques semaines seulement avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, le fameux pacte de non-agression. Les Occidentaux et Staline pensaient, à tort, pouvoir instrumentaliser Hitler dans leur bras de fer. On connaît la suite de la tragédie. Le fait d’avoir sous-estimé le danger, représenté par l’idéologie nazie, a plongé la planète dans la plus terrible guerre de l’histoire, qui a fauché 60 millions de vies.C’est un peu le même scénario qui est en train de se reproduire aujourd’hui. Les dirigeants occidentaux ont tardé à reconnaître le danger que constitue pour l’Humanité le groupe Etat islamique. Ils continuent de sous-estimer sa force et ses capacités de nuisance et se fourvoient sur ses véritables objectifs. Certaines puissances, grandes et moyennes, se croient assez subtiles pour pouvoir mettre Daech au service de leurs stratégies. C’est le cas de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, qui durcit ses positions contre l’organisation terroriste lorsqu’elle ose se rapprocher du Kurdistan irakien, mais fait preuve de laxisme quand elle attaque Ramadi ou Palmyre. La Turquie aussi se livre au même jeu. Elle n’hésite pas à accorder des facilités logistiques à Daech pour stopper la progression des Kurdes dans le nord de la Syrie, et ferme les yeux sur la contrebande de pétrole, via son territoire, qui constitue une des principales sources de financement de l’Etat islamique.Daech n’est plus cette branche locale d’al-Qaïda en Irak, isolée dans le désert d’al-Anbar. Elle est devenue un Etat, qui contrôle la moitié de la Syrie et le tiers de l’Irak, soit un territoire de 300000 kilomètres carrés. Elle dispose, selon les estimations les plus modestes, d’une armée de 50000 hommes en Syrie et deux fois plus en Irak. Elle a saisi, lors de la prise de Mossoul, en juin 2014, 2000 véhicules militaires, dont des dizaines de chars, abandonnés par l’armée irakienne. Elle s’est aussi emparée d’un immense butin de guerre lors de la prise de Ramadi. D’importantes branches d’al-Qaïda dans le monde ont prêté allégeance au «calife» Ibrahim el-Samurraï: au Nigeria, au Sahel, en Algérie, en Libye, dans la péninsule arabique et dans le Caucase. Le monde a découvert avec surprise, mercredi 1er juillet, les grandes capacités militaires de la banche de l’EI dans le Sinaï.Face à ce monstre, l’Occident n’a rien fait, ou pas assez en tout cas. D’abord, il se perd dans les subtilités sémantiques, dans le but de faire la distinction entre «les méchants très méchants» et les «méchants moins méchants», c’est-à-dire Daech et le Front al-Nosra. Cette dernière organisation est la branche officielle d’al-Qaïda en Syrie, elle a été fondée sur ordre d’Abou Bakr el-Baghdadi par l’un de ses lieutenants, Abou Mohammad el-Joulani. Ce n’est pas parce que ce dernier s’est retourné contre son maître pour prêter allégeance à Ayman el-Zawahiri qu’il en devient plus fréquentable. Les tentatives de lui acheter une respectabilité sont honteuses et dénotent le manque de sérieux de certains pays occidentaux ou régionaux dans la lutte contre le phénomène terroriste. Parmi ces pays figure Israël, qui a soigné dans ses hôpitaux quelque 1500 extrémistes syriens, dont des membres d’al-Nosra.Avec douze ans de retard sur George W. Bush, Manuel Valls a parlé d’une «guerre de civilisation». Il s’agit en fait d’une guerre entre l’humanité et la barbarie. Il est temps de choisir son camp. Paul Khalifeh


 Paul Khalifeh
   

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