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Nº 2927 du vendredi 13 décembre 2013

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Kamel Mouhanna. «La nouvelle génération est l’étendard des valeurs démocratiques»

Dans son ouvrage Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples – Les choix difficiles, Chaouki Rafeh confie les étapes importantes qui ont jalonné la vie de Kamel Mouhanna, médecin et activiste, «depuis ses efforts pour créer des foyers révolutionnaires jusqu’à sa participation active au développement et à l’essor de la société civile». Interview avec Kamel Mouhanna, médecin et homme engagé.
 

Vous avez défié la pauvreté pour devenir médecin. Qu’est-ce qui vous a poussé vers cette voie?
Je viens d’une famille paysanne. Mon père était marchand de bétail. Les féodaux gouvernaient. Puis, il y a eu le drame palestinien. Mon père, qui voyageait souvent, a eu l’idée d’envoyer ses enfants à l’école. Je suis né dans ce milieu de privation, de féodaux et de crise palestinienne. En 1968, il y a eu l’attaque israélienne contre l’aéroport de Beyrouth. Etant le premier secrétaire général de l’Union générale des étudiants libanais en France, j’ai envoyé une lettre de protestation au président Charles de Gaulle pour lui demander de prendre des mesures contre cette attaque, et nous avons occupé l’ambassade du Liban en France. Nous avons formé un comité de soutien pour la cause palestinienne. Che Guevara était mon idole. Je voulais changer le monde… en fin de compte, la médecine s’est révélée un bon choix dans ce sens.

Après vous être engagé dans plusieurs mouvements estudiantins révolutionnaires internationaux, vous décidez de rentrer à Beyrouth et de vous engager auprès des Palestiniens vivant dans les camps et les quartiers populaires libanais. Que retenez-vous de cette expérience?
J’ai vécu la frustration et l’oppression des familles féodales au Liban-Sud. J’ai décidé de m’engager pour donner aux gens le droit à la parole, à la santé, à la vie… Notre maison familiale a été détruite à plusieurs reprises par les bombardements israéliens. Il fallait trouver une solution juste à la cause palestinienne. Je me suis porté volontaire pendant les sièges de Nabaa, de Sin el-Fil et Tal el-Zaatar. En 1976, il y a eu le coup d’Etat de l’armée. Je suis resté dans les camps. Bernard  Kouchner, président de Médecins sans frontières à l’époque, est venu passer deux mois avec nous dans les camps pour nous aider. «L’engagement total pour une cause juste est une fin en soi, m’a dit l’auteur de cet ouvrage. Si tu sors vivant, je ferais un livre sur toi». Et voilà. Je travaille pour les autres et non pour moi-même. Aucun de nous n’a choisi sa confession, sa communauté, sa région… Ce qu’on peut faire pour les autres est le but de notre mission sur terre.

En 1979, vous créez Amel, une association non confessionnelle qui s’occupe des êtres humains indépendamment de leurs appartenances religieuses, politiques ou géographiques. Les Libanais peuvent-ils vivre ensemble faisant fi de toutes leurs divergences?
Je suis d’accord avec ce qu’a dit le pape Jean-Paul II: le Liban est un pays message. Nous sommes tous des minorités et pouvons constituer un exemple parfait de coexistence. Nous devons être les leaders du monde arabe, mais malheureusement, nous n’avons pas eu de classe politique à l’image des Libanais. A travers les vingt-quatre centres d’Amel disséminés aux quatre coins du pays, et dont le siège européen se trouve à Genève, nous enregistrons Amel aux Etats-Unis; nous travaillons à contre-courant. Dans les pays arabes, il y a un retour à l’extrémisme, à un esprit de séparation. Nous tentons d’unir en attendant que s’instaure la démocratie dans tous les pays arabes, une démocratie bâtie par les peuples et non par les forces de l’extérieur. Le slogan principal d’Amel est «la pensée positive et l’optimisme permanent». Je suis très optimiste quant à l’avenir de la région, la nouvelle génération étant l’étendard des valeurs démocratiques. Certes, c’est un long processus, mais il sera couronné de succès.

Propos recueillis par Danièle Gergès

Mouhanna en bref
Né l’année de l’indépendance du Liban en 1943 à Khiam, un village du Liban-Sud, le docteur Kamel Mouhanna est médecin-pédiatre de 
formation. Révolutionnaire depuis son 
adolescence, il s’est engagé auprès de 
plusieurs mouvements estudiantins dans 
divers pays du monde dont la France, le Dhofar, le Canada… De retour à Beyrouth, il vécut dans les camps palestiniens auprès des pauvres et des malades. En 1979, il crée l’association Amel, une organisation non confessionnelle qui œuvre «afin de développer l’humanité de l’être humain». Il est aussi coordinateur général du collectif des ONG libanaises et arabes et 
professeur à l’Université libanaise.

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