Le manuscrit de Beyrouth, de Jabbour Douaihy. Et la lecture se dédouble
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Le manuscrit de Beyrouth, de Jabbour Douaihy. Et la lecture se dédouble

 
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    Le manuscrit de Beyrouth, de Jabbour Douaihy. Et la lecture se dédouble
    Dernièrement traduit et publié aux Editions Actes Sud, le dernier roman de Jabbour Douaihy, Le manuscrit de Beyrouth, s’ancre dans la perception de l’écrivain et dans l’acte d’écriture. «Au plus...
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Dernièrement traduit et publié aux Editions Actes Sud, le dernier roman de Jabbour Douaihy, Le manuscrit de Beyrouth, s’ancre dans la perception de l’écrivain et dans l’acte d’écriture.

«Au plus fort d’un été torride qui s’était abattu sur Beyrouth dans la deuxième décennie de ce siècle, un jeune homme aux sourcils relevés en accent circonflexe, comme s’il disait toujours non, descendit d’un autobus flanqué de part et d’autre d’une affiche appelant à ne pas oublier disparus, enlevés et handicapés de la guerre, en serrant près du cœur – à la manière d’un bras cassé ou blessé par balles que l’on porte en écharpe – un épais cahier à reliure rouge». Au fil des mots qui s’enclenchent en images, Jabbour Douaihy fait entrer son lecteur de plain-pied dans le monde de l’édition à Beyrouth. Laconique, drôle, percutant, le décor est ancré, les personnages font leur entrée, entremêlant passé et présent, remontées dans le temps et lignées familiales: le jeune et naïf Farid Abou Chaar, Abdallah, alias Dudule, le patron de l’imprimerie «Karam Frères, 1908», la belle Perséphone, Anis Halawani, Ayyoub… Rapidement, Jabbour Douaihy emporte son lecteur dans un univers où les bouleversements se font lentement, presque inconsciemment, jusqu’à ce que tout bascule. Nous voilà propulsés dans un polar, une intrigue de faux-billets.
ACTE DE RéSISTANCE. Du cœur même de cette histoire d’édition libanaise, jaillit, en filigrane, une histoire plus grande, celle du Liban, celle de Beyrouth, son âge d’or et son progressif déclin, de la ville de tous les possibles vers les paradis de l’argent sale et de la corruption. Mais la grande beauté, la subtilité du roman est à chercher ailleurs, dans la littérature qui s’interroge justement sur elle-même.
Dans Le manuscrit de Beyrouth, les interrogations littéraires émergent essentiellement du rapport qui s’établit avec le protagoniste, Farid Abou Chaar. Héros ou anti-héros, il représente un certain type d’écrivain, une certaine image de l’écriture, largement répandue et célébrée dans nos sociétés arabes: celle du poète-albatros, de l’écrivain-prophète qui attend l’inspiration pour guider sa plume et accoucher de paroles spirituelles censées révéler une vérité absolue. Preuve en est: Farid Abou Chaar a tout simplement intitulé son ouvrage: «Le Livre», où il a «mis toute la substance de (son) être». D’ailleurs son grand-père l’avait prédit: «Le monde produit un génie tous les 100 ans. Il y a eu Khalil Gibran au début de ce siècle, ce sera bientôt le tour de ce garçon».
Oui, dans une première lecture, on aurait aimé percevoir dans Le manuscrit de Beyrouth un hommage à l’imprimerie, à l’édition, à l’écriture, à cet «acte de résistance» qui perdure encore face à la rapidité du monde, face à cette affligeante constatation que «plus personne ne lit». Mais l’écriture de Jabbour Douaihy est beaucoup plus nuancée qu’une simple prise de position aussi tranchée. Elle est double, pétrie dans l’humour et la distanciation, dans le plaisir de l’écriture et le travail assidu, dans le mot juste et la pensée analysante de nos sociétés, et entraîne justement des sourires en biais et une lecture dédoublée.

Nayla Rached

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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