L’étrange destin de M. et Mme Wallace. Invitation à la rencontre
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Nº 3075 du vendredi 3 mars 2017

L’étrange destin de M. et Mme Wallace. Invitation à la rencontre

 
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    Le théâtre Madina accueille du 16 mars au 8 avril, L’étrange destin de M. et Mme Wallace, mis en scène par Valérie Vincent. Magazine a rencontré toute l’équipe. L’ambiance est décontractée,...
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Le théâtre Madina accueille du 16 mars au 8 avril, L’étrange destin de M. et Mme Wallace, mis en scène par Valérie Vincent. Magazine a rencontré toute l’équipe.

L’ambiance est décontractée, amicale et complice. Ce dimanche-là, ils sont tous là, pour la première entrevue accordée à la presse. Valérie Vincent est entourée de ses comédiens, Joe Abi Aad, Cyril Jabre, Cécile Longé et Mohamed Sidibé. L’aventure a débuté dès la fin des représentations de L’Illusion conjugale. Valérie Vincent voulait faire travailler la même distribution. «On a passé des semaines, chacune de notre côté, intervient Cécile Longé, à écumer le répertoire théâtral contemporain», jusqu’à la découverte de cette pièce de Jean-Louis Bourdon. «Ce n’est pas tant la beauté du texte, que le message qu’il véhicule, la violence qu’il contient, l’actualité hallucinante. J’ai senti l’urgence, la nécessité de monter cette pièce», affirme Vincent. Un travail pétri de maintes difficultés, techniques et scéniques. Parmi elles, la présence d’un bébé noir sur scène, finalement réglée par la commande d’un «bébé-reborn» robotisé; le décor déstructuré ravivé par l’éclairage, la fidélité au texte, la multiplicité de didascalies presque inconcevables à réaliser, la scénographie, la musique organique, tribale, conçue spécialement pour cette création par deux groupes maliens, et la direction d’acteurs, pour autant de rôles de compositions.
Condition humaine. Chacun des acteurs évoque son personnage et ses autres compagnons de route, comme s’ils l’incarnaient en chair et en os, là, tout de suite. Cécile Longé introduit son personnage, Nicole, «une femme traumatisée, frustrée dans ses aspirations à la maternité, fragile, labile, qui peut être d’une grande brutalité et en même temps primesautière. Elle est désarmante, ce qui fait que son mari s’attache à elle». Son mari, John Wallace, est un haut responsable du Klu Klux Klan, incarné par Joe Abi Aad, qui le présente comme «un homme très raciste, endoctriné, mais lucide». «Amoureux pour le meilleur et pour le pire, cela l’amènera à réaliser qu’on peut avoir un autre point de vue dans la vie», ajoute-t-il. Entre les deux, Therry, le frère de Nicole, «la caution comique du spectacle, intervient Valérie Vincent, mais surtout le représentant de la lâcheté humaine, le drame de l’humanité. Plus que les méchants, il faut craindre les cons». Celui qui ne se pose pas de questions, «qui fait le sale boulot», réplique Cyril, qui ajoute aimer, en tant qu’acteur, être poussé dans de telles limites.
Quatrième personnage, énigmatique, l’esclave-ange, «le visage de tous les opprimés qui se taisent et qui un jour décident de ne plus être silencieux», confie Valérie Vincent. J’espère qu’ils tenteront d’expliquer, par des moyens nouveaux, qu’il faut faire autrement, voir son prochain partout». Les mots de la fin, justement, reviennent au Malien Mohamed Sidibé, qui évoque la banalité du mal de Hannah Arendt, la multi dimensionnalité de cette pièce. L'étrange destin de M. et Mme Wallace tonne comme une invitation à la rencontre. «Nous ne sommes plus du tout libres de nous-mêmes ni des autres. La pièce pose la question de la condition tragique de l’humanité, avec une perspective. Celle de veiller tous les jours sur ceux qui nous entourent».

Recettes reversées
AFMM
Association francophone pour les malades mentaux

SFB
Société française de bienfaisance de
Beyrouth

ANMONM
Association nationale des membres de l’Ordre national du Mérite

IRAP
Institut de rééducation audio-phonétique

L&E
Association Langages et Expressions

Nayla Rached

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Éditorial
Cette mafia qui pille l’Etat

Une association secrète de malfaiteurs» ou un «groupe occulte de personnes qui se soutiennent dans leurs intérêts, par toutes sortes de moyens». Ces deux définitions du mot mafia dans le dictionnaire Larousse en ligne illustrent parfaitement le système en place au Liban. Depuis l’indépendance, et bien avant, cette structure n’a pas évolué, seuls les noms de ses opérateurs ont changé.Cette mafia transcende les communautés religieuses et les partis politiques. Elle est implantée partout où sa présence est nécessaire pour couvrir et protéger ses activités douteuses et illégales. Organisée comme une véritable structure criminelle, elle est composée de «consigliere», de «capos» et de soldats, dirigés par des parrains installés directement ou par proxys aux commandes de l’Etat. Parfois, des disputes entre chefs sur la répartition du butin ou le partage des zones d’influence dégénèrent en conflits violents. Lorsque l’un des parrains estime que ses intérêts ne sont pas pris en compte par ses collègues, il menace d’une guerre totale entre les grandes familles, qui prend alors la forme de guerre civile.Cette mafia étend ses réseaux tentaculaires partout où il est possible de réaliser des profits rapides et illégaux. Aucun secteur ne lui échappe. Elle est très influente dans les ports et à l’aéroport, où ses activités feraient perdre à l’Etat, en manque à gagner, des sommes colossales en raison des droits de douanes qui ne seraient pas perçus conformément aux lois. C’est en quelque sorte de la contrebande institutionnalisée, qui permet d’introduire au Liban toutes sortes de marchandises, favorisant des «commerçants» privilégiés, qui pourront casser les prix, à partir du moment qu’ils ne paient pas de droits de douanes ou la TVA.Les grandes familles de la mafia ont instauré un système quasi-monopolistique dans plusieurs secteurs. Elles sont présentes dans l’importation et la distribution des hydrocarbures, de certains produits alimentaires, de produits pharmaceutiques… Elle prélève sa part des profits générés par les générateurs de quartier, qui rapporteraient près d’un milliard de dollars par an, et par les distributeurs de bouquets de chaînes satellitaires, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.Cette mafia, qui dispose de partis-écrans et d’associations de bienfaisance, entretient une clientèle nourrie avec les miettes de l’argent pillé, qui finit dans les poches des parrains, au lieu d’être déposées dans les caisses de l’Etat.La volonté de réforme, qui consiste à transformer la caricature d’Etat en institutions authentiques, existe. Mais elle s’est toujours heurtée aux forces réactionnaires derrière lesquelles se cache la mafia. Pour la vaincre, il faut affaiblir son pouvoir économique, assécher ses sources de financement, qui lui permettent d’entretenir sa vaste clientèle. Il faut opter pour une approche graduelle, procéder secteur par secteur, en jouant les familles les unes contre les autres, et en offrant à celles qui le souhaitent, la possibilité de se repentir.


 Paul Khalifeh
   

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