Magazine Le Mensuel

Nº 2848 du vendredi 8 juin 2012

Spectacle

Systematical. Parce que c’est le système…

L’acteur Badih Abou Chakra présente, pour ce week-end encore, au théâtre Monnot, sa première mise en scène au Liban: Systematical. Un tête-à-tête entre un homme, une femme et Beyrouth.

Systematical. Systématique. Système. La femme doit systématiquement se marier, parce que c’est le système qui l’impose. La femme ne peut systématiquement pas «baiser», parce que c’est le système qui l’impose. L’homme doit systématiquement mener la femme, parce que c’est le système qui l’impose. Systematicalne mâche pas ses mots, ses images et la portée de ses images.
C’est dans le cadre de l’espace étroit de la salle ACT au Théâtre Monnot qu’ont lieu les représentations de Systematical. Une exiguïté qui correspond parfaitement à cette entrée de plain-pied dans la vie, dans l’intimité d’un couple. Au fond, trône une immense photo de mariage. Un couple qui sourit, qui semble heureux. Et ils sont là, face au public. Un homme. Une femme. Ensemble. Face à face. Chacun dans son univers, dans son monde, dans sa bulle. Ils sont réunis, mais tout semble les séparer l’un de l’autre. Des bribes de diverses discussions parviennent au spectateur. Aussi hachurés, aussi contingentes que la matérialité du quotidien.
Leur relation semble évoluer comme un jeu. Un jeu qui n’a ni structure continue, ni message, ni contexte particulier, mais l’amour, la passion, le sexe, la folie. Leur relation ressemble à une danse où les pas s’emboîtent sans se retrouver, où le vrai partenaire n’est qu’une autre image de soi. Un homme. Une femme. Liés ensemble par la destinée, le mariage. Mais leurs destins ne peuvent pas se croiser. Ils sont voués à évoluer dans deux univers parallèles, dans deux rues parallèles au cœur d’une ville embourbée dans la schizophrénie, au cœur de Beyrouth, de ses perpétuels changements, de ses revirements, de ses codes, de ses interdictions. Beyrouth engluée dans le système. Le système qui, tels des sables mouvants, aspire sans répit tous ceux qui s’y frottent. Parce que c’est le système…
En moins d’une heure, Badih Abou Chakra et son équipe dénoncent le système tout en le dévoilant. Pour Abou Chakra, figure connue de la télévision et du cinéma libanais, «le théâtre reste le premier moyen de changement, le théâtre sur les planches duquel il continuera à œuvrer tout au long de sa vie. Mon expérience à l’étranger, dit-il, m’a rappelé les rêves des années d’étudiants, quand nous étions convaincus du rôle primordial du comédien. Je suis impatient de présenter cette partie de moi sur les planches de mon pays». Et Abou Chakra offre au public une tranche de cet espace intime avec la complicité de ses comédiens: Bassam Abou Diab et Mira Sidaoui. Diplômés tous deux de la Faculté des Beaux-arts de l’Université libanaise, ils se glissent avec subtilité et force dans la peau de leurs personnages respectifs. Véritables rôles de composition, leur jeu sur scène est empreint de silence, de pas de danse, de visages expressifs, de gestuel des mains, du dit dans le non-dit, dans le suggéré. Alors que le musicien Zaher Hamadé fait résonner en direct sa guitare électrique et ses percussions. Musique puissante, musique violente, elle aiguise vos sens et pénètre votre corps, pavant la voie à ce qui se passe sur scène.
Les représentations de Systematicalse poursuivent ce week-end encore au vendredi 8, le samedi 9 et le dimanche 10 juin, au théâtre Monnot, à 19h30.

N.R.
 

Billets en vente à 20000 L.L. et 15000 L.L (étudiants) à la Librairie Antoine, à l’AUB Bookstore et au guichet du Théâtre Monnot: (01) 202422.

Fiche technique
Ecriture et mise en scène: Badih Abou Chakar.
Acteurs: Bassam Abou Diab et Mira Sidaoui.
Musique: Zaher Hamadé.
Assistante à la mise en scène: Amal Taleb.
Design: Amani Abou Chakra.
Direction artistique: Ralph Frem.
Lumières: Rayan Nihaoui.

 

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