Nada Boustani. Fin 2019, plus d’électricité, moins de déficit
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Nada Boustani. Fin 2019, plus d’électricité, moins de déficit

 
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Si le plan de réhabilitation du secteur électrique de Nada Boustani se déroule comme prévu, les Libanais constateront fin 2019 une nette amélioration de tous les services relatifs à l’électricité. Encore faut-il que les politiciens se décident enfin à placer l’intérêt du pays devant leurs petitesses et leurs mesquineries.
 

Nada Boustani ne cherche pas à s’approprier le mérite du plan global de réhabilitation du secteur de l’électricité dont les grandes lignes ont été élaborées par Gebran Bassil en 2010, alors qu’il était ministre de l’Energie. Mais entretemps, de nouveaux facteurs sont apparus, la présence au Liban de plus d’un million de réfugiés syriens n’étant pas des moindres. Cette population consomme le quart de la production d’électricité du pays, soit 550 MW (l’équivalent d’une centrale électrique), mais n’en paie que la moitié, une perte de 425 millions de dollars par an, explique la ministre à Magazine. Le plan de l’électricité porte l’empreinte de Nada Boustani, qui y travaille depuis presque dix ans, même si elle évite de trop se mettre en avant.    
Le plan Boustani propose donc des solutions à l’un des problèmes les plus complexes du Liban. Bien qu’ambitieux, il n’en reste pas moins réaliste et réalisable, si la volonté politique existe. «Dans le domaine de l’électricité, on n’invente rien. C’est purement technique et scientifique», affirme, sûre d’elle, la ministre de l’Energie et de l’Eau.
Dans ce plan à plusieurs volets, la première étape consiste à améliorer la collecte des factures et à réduire les pertes non techniques. «Dans le monde, les pertes techniques et non techniques (branchements illégaux) sont de l’ordre de 7 à 15%. Au Liban, nous sommes à 34%: 16,5% pour les pertes techniques et 21% pour celles non techniques, explique Mme Boustani. Le plan a deux objectifs principaux: réduire le déficit de l’EDL et améliorer le service et l’alimentation en électricité pour le consommateur. «Pour atteindre ces objectifs, nous prévoyons de passer par trois étapes, ajoute la ministre. Premièrement, la réduction des pertes techniques et non techniques et l’amélioration de la collecte des factures. Il s’agit essentiellement de collecter des factures non perçues à cause des manifestations des journaliers de l’EDL et du retard dans certaines décisions gouvernementales. Ces factures accumulées s’élèvent à 555 milliards de livres. Il faut y ajouter de 273 milliards de L.L. de retard de paiement d’un certain nombre d’abonnés. Nous espérons récupérer les 555 milliards d’ici 2020 alors que les 273 milliards ont été échelonnés jusqu’à 2025 pour ne pas alourdir la facture des consommateurs».

Pertes non techniques
Une autre mesure consiste à réduire les pertes non techniques en intensifiant notamment la lutte contre les branchements illicites sur le réseau électrique. «Il y a certes des zones difficiles mais, dans mon plan, je sollicite auprès du Conseil des ministres une protection assurée par les ministères de la Défense et de l’Intérieur aux employés de l’EDL, poursuite Mme Boustani. Si le plan est mis en œuvre selon le calendrier prévu, la combinaison de toutes ces mesures nous permettra de réduire le déficit de 400 milliards de livres d’ici la fin de l’année. Nous avons déjà commencé à les appliquer tout doucement. Ces chiffres ont été vérifiés par la Banque mondiale».  
La troisième étape est l’augmentation de la capacité de production avec l’utilisation du gaz. «L’évaluation technique est enclenchée pour la construction des unités de regazéification de stocks flottants, qui donnent du gaz naturel liquéfié (GNL), dit-elle. Après avoir obtenu l’accord du Conseil des ministres, il faudra compter entre un an et demi et deux ans pour obtenir le GNL».
La production devrait augmenter à court terme de 1 450 MW et de 3 100 MW à long terme. Et Mme Boustani d’expliquer: «Aujourd’hui, la production se situe aux environs de 2 000 MW. Le court terme, c’est la solution temporaire et le long terme c’est la solution permanente. Pourquoi une solution temporaire? La construction d’une nouvelle centrale électrique nécessite 3 à 4 ans, y compris toute la procédure administrative. Entretemps, il fallait réduire le déficit et permettre aux consommateurs de ne plus payer deux factures d’électricité, à l’EDL et aux générateurs privés. Pour atteindre cet objectif, il fallait ajouter 1 450 MW. La nouveauté, c’est qu’un seul appel d’offre combinera les solutions temporaire et permanente. Cela permettra de gagner du temps et d’économiser de l’argent, car c’est la même entreprise qui exécutera l’ensemble du projet, par conséquent, le risque du court terme sera assumé par le long terme. Ce n’est pas une démarche habituelle, nous pensons qu’elle donnera de très bons résultats».

Accord de PPA
Tous ces projets seront réalisés dans le cadre d’un accord d’achat par l’Etat d’énergie appelé PPA (Power purchase agreement). «L’Etat ne dépensera rien dans l’investissement, assure la ministre. Une fois que les projets seront achevés et que la production commencera, il achètera l’électricité selon un prix fixé au cent par kWH. Le fait d’avoir combiné les appels d’offre permettra d’accorder le PPA sur 20 ou 25 au terme desquels l’Etat récupèrera les installations. En revanche, le réseau de transport de l’électricité sera remis à l’Etat dès sa construction. Cette procédure sera appliquée à toutes les nouvelles centrales».
Le plan comporte aussi le remplacement des anciennes centrales de Hreiché en 2020, Jiyé en 2021 et Zouk en 2022, par des installations construites selon les nouvelles technologies dans le respect des normes environnementales. «Le démantèlement des anciens sites sera financé par l’Etat, sauf si nous trouvons des entreprises capables de combiner la déconstruction et la construction. Les navires-générateurs qui produisent aujourd’hui 370 MW seront déconnectés du réseau début 2022».      

Réduire la facture
«Fin 2019, nous pouvons dire aux Libanais que l’alimentation en électricité va s’améliorer sensiblement et que leur facture totale sera réduite même si nous augmentons les tarifs, assure Mme Boustani. Aujourd’hui, les consommateurs paient deux factures, une pour l’EDL et l’autre pour les générateurs. Ils paieront une seule facture avec un montant total inférieur à l’addition des deux dont ils s’acquittent actuellement. L’augmentation des tarifs et l’amélioration de l’alimentation en électricité se feront en parallèle afin que l’augmentation des factures payées à l’EDL soit compensée par la baisse de celles payées aux générateurs privés».
Les tarifs augmenteront graduellement et lorsque les 1 450 MW seront atteints, le prix du kilowatt/heure passera d’une moyenne de 9,2 cents à 14,38 cents. Pour la première catégorie de tarification (la plus basse), qui concerne 375 690 usagers consommant en moyenne 510 kWh/mois, la facture mensuelle d’EDL sera en moyenne de 110 744 livres (environ 74 $) en 2020, soit une baisse de 14,5 % par rapport à la facture totale actuelle (incluant celle des générateurs). Quant à la cinquième catégorie (la plus haute), qui concerne 38 843 usagers consommant en moyenne 2 150 kWh/mois, la facture mensuelle d’EDL sera en moyenne de 466 863 livres (environ 310 $) en 2020, soit une baisse de 10,7 % par rapport à la facture totale actuelle.

La seule promesse
La seule promesse de Mme Boustani aux Libanais est de faire tout son possible pour obtenir un consensus de toutes les forces politiques autour de son plan, une condition essentielle pour garantir sa réussite. «Pour le moment, je pense que tout le monde est conscient de la nécessite de réformer le secteur de l’électricité, dit-elle. Je souhaite rester positive. Ils ont adopté les grandes lignes du plan. J’ai tenu des réunions avant de l’envoyer au Conseil des ministres. Cela fait des mois que je travaille avec la Banque mondiale avant même d’être nommée ministre. Tous sont au courant de ce plan. Ils avaient tenu des réunions avec moi et la BM et ils avaient posé des questions».
Les principales forces politiques connaissent les grandes lignes du plan mais cela ne les empêche pas de continuer à le critiquer dans ce qui semble être plus un règlement de compte qu’une volonté de faire des propositions constructives. «Les attaques destructrices contre le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité par certaines parties visent à en donner une image négative et erronée à l’opinion publique, réplique la ministre. Il serait préférable que ceux qui ont des commentaires à exprimer ou des explications à demander le fassent dans le cadre de la commission ministérielle au lieu de fanfaronner. Notre main reste tendue pour une coopération constructive pour trouver des solutions qui satisfassent tous les Libanais».


Gaz: pas de retour en arrière
Concernant l’exploitation des ressources en hydrocarbure, Nada Boustani explique: «Deux blocs, le 4 et le 9, ont été attribués à un consortium de trois compagnies, Total, Eni et Novatek. Le premier puits au bloc 4 sera opérationnel avant fin 2019 et celui du bloc 9 en mai 2020. Depuis la mi-mars, les équipes de ces compagnies sont à l’œuvre en pleine mer pour prélever des échantillons jusqu’à 1 800 mètres de profondeur pour vérifier que les normes environnementales sont respectées. Cette première étape de l’exploitation a déjà commencé. Rien ne peut l’arrêter. La chance de trouver des réserves exploitables est assez élevée vu l’intérêt porté par ces trois compagnies d’être présentes au Liban».   
 

Un appel d’offre innovant
Dans un souci de réduire le déficit de l’EDL et d’améliorer l’alimentation en électricité sans augmenter la facture du consommateur, l’appel d’offre combinera les projets du court terme et du long terme. C’est-à-dire que le candidat qui remporte les projets du long terme devra aussi prendre à sa charge la solution du court terme. Cet appel d’offre s’articule autour de trois composantes: le prix de la production: si un des candidats pour l’appel d’offre peut assurer le gaz tout de suite, il peut être retenu jusqu’à ce que les unités de regazéification de stocks flottants soient prêtes. Tous les genres de fuels sont acceptés. Enfin, l’appel d’offre comporte la composante du transport de l’électricité. L’opérateur privé peut construire le réseau de transport dans des délais plus courts que le gouvernement bien ce secteur reste la propriété de l’Etat.


L’électricité en quelques chiffres
● Le déficit d’EDL en 2018 est estimé à 1,8 milliard de dollars, tandis que son déficit cumulé atteint les 30 milliards de dollars.
● La baisse du déficit est l’un des principaux engagements pris par le Liban à CEDRE pour bénéficier des 11 milliards de dollars de prêts bonifiés promis par la communauté internationale.
● La solution à long terme prévoit la construction de nouvelles centrales à Selaata (550 MW en 2023), Zahrani 2 (550 MW en 2023) et Hraiché (300 MW en 2024).
● Une des solutions envisagées à court terme serait l’installation, dans un délai de 3 et 6 mois, de 14 à 16 petites unités de production de gaz butane (180 MW chacune) dans différentes régions du Liban.

Paul Khalifeh

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   
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