Magazine Le Mensuel

Nº 3066 du vendredi 12 août 2016

Portrait

Moustafa Moussaoui. Des maisons dans des conteneurs

Un jeune architecte libanais tente d’introduire sur le marché des maisons en conteneurs. Une solution écologique, économique et rapide à l’heure où le pays subit une crise des réfugiés majeure.

A seulement 25 ans, Moustafa Moussaoui a un rêve et pas des moindres: contribuer à améliorer la société libanaise en la faisant passer d’une société de consommation à une société de production. Pour cela, le jeune homme compte sur l’architecture. «J’aime les villes, les créer, les concevoir, les dessiner, puis y imaginer une vie meilleure pour leurs habitants», livre-t-il.
C’est par amour pour la philosophie que Moustafa Moussaoui a découvert sa vocation. Insolite et pourtant si logique: «J’ai toujours été passionné par des questions existentielles: pourquoi est-on sur cette terre? Quelle est notre mission?… Dans ma quête, j’ai compris que l’architecture avait un rôle majeur à jouer pour les sociétés. Elle concerne un droit fondamental inhérent à chaque individu: celui de se loger. Se loger est ce qui permet d’avoir accès à son humanité. L’architecture concerne également les civilisations, l’histoire et les modes de vie. J’ai alors compris que pour avoir un impact sur la vie des gens, il fallait trouver des solutions au logement».
 

La solution du préfabriqué
Diplômé de la Lebanese American University (LAU), Moussaoui prépare actuellement un master en paysagisme. C’est après un stage dans une entreprise spécialisée dans les maisons préfabriquées que le jeune architecte découvrira ce qui sera son cœur de métier.
«Lors de cette expérience, je me suis aperçu que l’utilisation de matériaux préfabriqués permettait de construire des logements rapidement et de manière modulable, donc extensible à la demande et pouvant ainsi répondre au problème du logement. Le préfabriqué fournit un abri peu coûteux et quasi immédiat à ceux qui en ont besoin».
Moustafa Moussaoui crée alors en 2013 HRMIS, son entreprise d’architecture spécialisée dans les maisons préfabriquées et dans les conteneurs de transport maritime.
«L’idée de construire des maisons dans des conteneurs est venue avec la crise du logement et celle des réfugiés dans la région, explique-t-il. Nous assistons à un besoin immédiat d’abris pour accueillir les populations déplacées. Le conteneur peut être une solution pour répondre à ces urgences humanitaires».
Si, dans le milieu universitaire de l’architecture, l’utilisation de conteneurs pour imaginer des maisons modernes est une vraie tendance, au Liban rares sont ceux qui ont fait le pari d’en faire un business. Car cela est risqué: la mentalité libanaise permet-elle de concevoir une vie dans des conteneurs?
«Il est vrai que les Libanais ne sont pas habitués à utiliser ce genre de matériaux pour leurs logements, détaille Moustafa. C’est un vrai challenge que de faire bouger les mentalités et adopter de nouveaux concepts. Mais je suis persuadé que les conteneurs peuvent être une solution intelligente à la question des abris et je suis encore jeune, donc je peux me permettre de prendre ce risque».
 

Qualités écologiques
Si l’initiative est un risque au Liban, en Europe, les conteneurs sont définitivement tendance en matière de logement et appréciés pour leurs qualités écologiques, modulables à l’infini et, surtout, économiques. Aux Pays-Bas, la mairie d’Amsterdam a même entièrement construit une cité universitaire en conteneurs.
«En deux semaines et à partir de 7 000 dollars, il est possible de se loger grâce à un conteneur», explique Moussaoui. Si pour l’instant, la majorité des clients de l’architecte sont des Libanais qui souhaitent s’offrir une maison secondaire originale, il espère bien, grâce à son idée, pouvoir participer à aider les personnes les plus vulnérables à se loger.
«J’aimerais beaucoup travailler avec les ONG et, pourquoi pas, créer des camps de réfugiés en conteneurs», confie le jeune architecte.
Conçus pour résister à de longs voyages en mer, les conteneurs peuvent effectivement s’avérer être une solution idéale pour résoudre les multiples crises que subit aujourd’hui le Liban. 

Soraya Hamdan

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