Exhibitionnisme. Cachez ce que je ne voudrais pas voir
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Nº 3053 du vendredi 13 mai 2016

Exhibitionnisme. Cachez ce que je ne voudrais pas voir

 
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    Exhibitionnisme. Cachez ce que je ne voudrais pas voir
    L’exhibitionnisme n’est pas un phénomène nouveau, mais c’est loin d’être une histoire banale. Les personnes qui en ont été victimes et les psychothérapeutes l’assurent. Des incidents récurrents effraient désormais les...
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L’exhibitionnisme n’est pas un phénomène nouveau, mais c’est loin d’être une histoire banale. Les personnes qui en ont été victimes et les psychothérapeutes l’assurent. Des incidents récurrents effraient désormais les habitants de la capitale: il devient de plus en plus fréquent de rencontrer des exhibitionnistes au détour des rues et dans les halls d’immeubles. Analyses et témoignages.

L’exhibitionnisme est le besoin, ou la tendance, à montrer ses parties génitales en public dans des lieux non prévus à cet effet, et jugés inappropriés, afin d’en tirer du plaisir et, ou de l’excitation. L’exhibitionniste expose ses parties intimes et parfois se masturbe, devant des personnes non consentantes, prises au dépourvu par ce comportement, en pleine rue, dans un parc public, dans un stade, dans les transports communs, au coin d’une cage d’escalier... Ces gestes ont pour but d’exciter la personne qui les pratique en effrayant la victime qui, surprise, se trouve plus ou moins obligée de regarder. La majorité des exhibitionnistes sont des hommes. Si la femme montre son émoi devant l’exhibitionniste, le plaisir de celui-ci est assuré.
L’homme à l’imperméable, comme on surnomme l’exhibitionniste, a en fait trois profils. Il y a celui qu’on qualifie communément de «classique». Il se tient souvent en retrait, plutôt inhibé, manquant de sociabilité et affectivement immature. Par son attitude, en envahissant l’espace de l’autre, cette personne recherche surtout l’affirmation de soi. Ce sont en général des individus tristes, frustrés, qui n’ont mûri ni sur le plan affectif, ni sur le plan sexuel. Deuxième profil, «les provocateurs publics». Ils constituent un groupe de personnes qui recherchent essentiellement la satisfaction d’être pris en flagrant délit de masturbation. Ils se caractérisent davantage par une forme d’érotisation de la prise de risque et donc de la menace d’être en pleine action dans un lieu public. Le dernier groupe évoque l’exhibitionniste dit «satirique». Ces personnes-là cherchent à humilier leurs victimes.
Au Liban, comme dans tous les pays du monde, ce phénomène a toujours existé mais il prend, actuellement, une ampleur particulière. Les témoignages se multiplient. «Je promenais mon chien vers 18h00, confie Nada, une jeune femme de 40 ans. Il faisait jour et je n’avais aucune raison de m’inquiéter. Soudain, un homme sort de derrière une voiture et exhibe son sexe devant moi. Prise au dépourvu, ma réaction a été de l’insulter le plus sauvagement possible pour qu’il prenne la fuite, ce qui s’est passé d’ailleurs. Je me suis ensuite écroulée en larmes, avant de me précipiter chez moi et d’appeler la police pour donner la description de cet homme. On m’a dit que ce genre d’incidents était courant, mais qu’il était difficile d’arrêter les hommes qui s’exhibaient puisqu’ils disparaissaient aussitôt leurs actes accomplis».
«Moi, raconte Ghada, je garais ma voiture dans une artère principale de la ville. Je descends pour aller rencontrer une amie dans un café quand je suis surprise par un homme caché derrière un arbre qui se masturbait. Il me regardait droit dans les yeux sans peur ni gêne. Après un instant d’hésitation, j’ai couru après lui pour l’attraper. Oui, je sais c’est très bizarre, mais j’ai eu une envie de vengeance après l’horreur qu’il venait de me faire vivre. Evidemment, ce lâche a pris peur et il est parti en remontant son pantalon. Si j’avais pu le rattraper j’aurais aimé lui mettre mon poing dans le visage. Quel dommage de ne pas en avoir eu le réflexe immédiat».

 

Que dit la loi et que fait la police?
Dans le code pénal libanais, rien ne mentionne expressément l’exhibitionnisme. On parle juste d’actes contraires à la pudeur et aux mœurs. C’est un concept très flou et vague qui peut porter sur tout et sur n’importe quoi. La police, dépassée par les délits et les plaintes qui se suivent et ne se ressemblent pas, n’accorde pas une importance majeure à l’exhibitionnisme d’autant plus que ces hommes, aussitôt leurs actes commis, disparaissent dans la nature. Il n’y a pas, selon eux, d’agression en tant que telle et c’est très compliqué, voire impossible, de pouvoir mettre la main sur ces personnages. Or, si l’on se place maintenant du côté des victimes, on constate quand même que toutes se sentent réellement agressées et traumatisées par cette exhibition. Vu le nombre de plaintes qui ne fait que s’élever, plus d’une dizaine par jour, selon les sources de la police, (sans compter que certaines personnes ne portent pas plainte convaincues du laxisme de la police à ce niveau), les autorités policières conseillent aux individus en proie à ce genre d’attitude de surmonter leur choc et d’essayer de prendre en photo celui qui se prête à ces actes, à ce moment-là leur tâche sera facilitée même si la plupart des exhibitionnistes se trouvent de façon illégale au Liban ou n’ont pas de domicile qui aurait facilité leur arrestation. Chose plus facile à dire qu’à faire…

Danièle Gergès

Trois questions à Dana Sarhan
Dana Sarhan, psychothérapeute de couples et de sexualité, répond aux questions de Magazine.

Quel est le profil d’un exhibitionniste?
L’exhibitionniste est une personne qui montre de façon compulsive ses organes génitaux ou se masturbe devant des étrangers. Du point de vue clinique, c’est une maladie mentale définie de «désordre paraphilique». La plupart de ces personnes sont satisfaites sexuellement par ce qui est considéré comme une attitude non commune dans la culture. Donc, la plupart des exhibitionnistes sont excités à l’idée de choquer et de provoquer chez les gens une réaction quelconque. Cela leur donne un sentiment de pouvoir et de contrôle. S’exhiber est une façon de compenser son manque de contrôle dans d’autres volets de la vie. Cette attitude est troublante et dérangeante, car l’exhibitionniste agit de la sorte sans le consentement de ses victimes.

L’exhibitionniste est-il dangereux?
Certains ont seulement le besoin de s’exhiber et s’en tiennent là. D’autres vont plus loin. Quand l’exhibitionniste n’a pas l’accord de l’autre, cela devient un harcèlement très dangereux et laisse des séquelles chez les victimes. Des séquelles psychologiques aussi bien sur le plan personnel que sur celui des relations avec autrui. Cela peut aller jusqu’à provoquer un trauma profond.

Quelle est l’attitude la plus indiquée si l’on est la proie d’un exhibitionniste?
Rencontrer un exhibitionniste ne doit pas être pris à la légère, comme cela doit d’ailleurs se passer dans toute forme de harcèlement. Les victimes d’exhibitionnisme non consenti doivent en parler. Si sur le coup, elles se sentent glacées au point de ne pas réagir, il est important qu’elles en parlent plus tard pour que cela ne les affecte pas. D’autant plus que dans certaines cultures, les individus n’ont pas le support social et éducatif ni l’éveil nécessaire et ne se rendent pas compte des aspects douloureux de ce qu’ils ont vécu.

Propos recueillis par Danièle Gergès

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Éditorial
La gloire du vaincu

Il y a parfois, dans l’histoire, des batailles qui couvrent le vaincu de gloire et le vainqueur de honte. C’est exactement ce qui s’est passé lors des municipales de Beyrouth. Cette consultation populaire s’est terminée par l’élection de tous les membres de la liste parrainée par Saad Hariri, et supposée être soutenue par la quasi-totalité des partis politiques traditionnels, et la chute de tous les membres de Beirut Madinati, appuyée par l’omniprésente mais insaisissable société civile. Pourtant, cette victoire a, pour l’ancien Premier ministre, le goût amer de la déception, et dégage pour les vaincus un doux mélange de fierté et d’espoir.La réflexion autour des événements de ce dimanche 8 mai, à Beyrouth, permet de dégager un certain nombre d’observations qui devraient servir d’enseignements pour les prochaines échéances. Le premier constat est que le changement est possible par la voie des urnes, en dépit des obstacles, des blocages et autres verrous installés par la caste dirigeante depuis des décennies pour empêcher non seulement une véritable alternance du pouvoir mais aussi tout partage.Cependant, le changement ne vient pas tout seul. Il a besoin de femmes et d’hommes prêts à s’investir concrètement et disposés à consentir quelques petits sacrifices, qui apparaîtront bien dérisoires devant les immenses bénéfices qu’ils pourront en tirer. Malgré cela, un grand nombre de personnes sont restées passives, par désillusion, par paresse ou par bêtise.L’engouement provoqué par le phénomène Beirut Madinati a touché divers milieux politiques, sociaux et professionnels. Certains ont retroussé les manches, en apportant une petite contribution à cette aventure. Mais d’autres n’ont pas jugé bon de changer leurs vilaines habitudes. Du haut de leurs tours d’ivoire ou dans leurs salons feutrés, d’où ils promènent un regard condescendant sur tout ce (et ceux) qui les entourent, ils se sont réjouis d’avoir trouvé, enfin, un nouveau sujet de commérage. On échangeait des anecdotes sur tel membre de la liste, on racontait des blagues sur le père de tel autre, parfois on ironisait sur les motivations d’Untel, ou on se moquait des ambitions d’un autre. Ce ramassis de cyniques répand en ville un sentiment d’aigreur et une culture du défaitisme qui étouffent toute initiative susceptible de bouleverser l’ordre ambiant. Ces gens-là ne doivent plus être écoutés lorsqu’ils se plaignent de leurs conditions ou quand ils prétendent donner aux autres des leçons de civisme, de patriotisme ou de citoyenneté. L’occasion leur était offerte de changer - aussi bien leur mentalité que la situation ambiante - mais ils ont été incapables de la saisir, par ignorance, par arrogance, par fainéantise, ou les trois en même temps!L’autre constat que l’on peut établir est d’ordre politique. Les alliances qui ont rythmé la vie publique, ces dix dernières années, n’existent pratiquement plus, il n’en reste que des débris, de vagues réminiscences. Certes, les «Partis» se sont coalisés pour verrouiller le système, grâce auquel ils perpétuent leur hégémonie sur le pays pour mieux piller ses ressources. Mais ils se tendent des pièges, se poignardent dans le dos, se dénigrent mutuellement. Ce paysage recomposé aura certainement des répercussions lors des prochaines élections législatives qui ne peuvent plus être reportées sous aucun prétexte.Autre observation, découlant de ce même constat, les «Partis» ne sont parvenus à mobiliser que 10% de l’électorat de Beyrouth - les 10% restants ayant voté pour les autres listes -, ce qui porte un coup fatal à leur représentativité réelle dans la société. Cette élection peut sonner le glas de la domination des partis traditionnels sur la vie politique. 80% des habitants de la capitale, inscrits sur les listes électorales, sont, théoriquement, libérés de l’emprise des «Partis» et sont prêts à écouter et à adhérer à d’autres discours.Il y a une place à prendre avec une magnifique vue sur l’avenir. Y a-t-il des preneurs? 



 Paul Khalifeh
   

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