Père Majdi Allaoui. Un homme de foi au service de l’enfance
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Nº 3076 du vendredi 7 avril 2017

Père Majdi Allaoui. Un homme de foi au service de l’enfance

 
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    Père Majdi Allaoui. Un homme de foi au service de l’enfance
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Sur les collines de Ghosta, un village niché dans les montagnes du Kesrouan, une bâtisse de 4 étages accueille des enfants âgés de 2 ans et demi à 16 ans. C’est l’un des centres de l’association «Bonheur du Ciel»,  crée par le père Majdi Allaoui il y a 9 ans.


S’il n’y régnait pas autant d’amour et d’attention, ce lieu aurait pu être l’un des plus misérables au monde, à cause des tristes histoires dont il regorge et qui laissent parfois sans voix. Mais les sentiments que le père Majdi Allaoui et son équipe répandent, adoucissent les tourments de ces enfants que la vie n’a pas épargnés.
A 47 ans, le père Majdi Allaoui semble avoir vécu plus d’une vie. Né à Jbeil, dans une famille sunnite, il a 9 ans lorsqu’«il rencontre le Christ». Au lieu de quitter la salle de cours où les élèves chrétiens étudiaient le catéchisme, il se cachait sous la table pour écouter la Bonne nouvelle. A 12 ans, il est baptisé et fait sa première communion à 14 ans. Un choix qui entraîne son rejet de la part de la famille. Majdi Allaoui quitte la maison. En été, il vit au bord de la mer. En hiver, il se réfugie dans le cimetière de l’église sainte-Martine, à Jbeil, et se lave avec l’eau de pluie. Il raconte qu’il avait trouvé sur la plage, une serviette et un portefeuille rempli d’argent. Un signe du ciel…
Sa vie est marquée par l’amour du prochain. Le centre de Ghosta, n’est qu’un des quatre centres d’accueil pour enfants qu’il a fondés. Une quarantaine d’enfants y vivent en permanence, lorsque que nous visitons les lieux en compagnie du fils du père Majdi, Mathieu Allaoui. A 21 ans, Mathieu ressemble beaucoup à son père, véhiculant les mêmes valeurs. Il raconte l’histoire de ce foyer, qui avant d’être un refuge pour enfants, recueillait des jeunes filles toxicomanes en 2012. Ce n’est que depuis mars 2016 que Ghosta accueille les enfants.
Au «Bonheur du Ciel», il existe trois catégories d’enfants. Il y a d’abord ceux que le tribunal, en accord avec l’Upel (Association pour la protection de l’enfance au Liban,) place dans le centre. C’est le cas de Abed (6 ans) et des jumeaux Youssef et Hiba (7 ans). Les trois frères et sœurs ont été victimes d’abus sexuels, physiques et moraux. De parents divorcés, Hiba a été abusée sexuellement par son beau-père alors que ses frères étaient bourrés de médicaments pour être endormis. «Lorsqu’ils sont arrivés au centre, ils avaient tous les trois la lèpre. Leur cerveau est tellement endommagé qu’ils sont incapables de distinguer si on les gronde ou si l’on s’adresse à eux gentiment. A chaque fois qu’on leur parle, ils se cachent la tête avec les deux mains, comme s’ils essayaient de se protéger de coups éventuels», raconte Mathieu. Depuis deux mois qu’ils sont dans ce centre, leur mère n’est jamais venue les voir, elle s’est juste contentée de les appeler une ou deux fois au téléphone. «Pourtant, confie Mathieu, leur cas est très préoccupant et ils ont besoin d’une assistance professionnelle poussée». La deuxième catégorie inclut les enfants auxquels leurs parents ont renoncé pour des raisons financières. «Parfois, on se dit qu’il vaut mieux que ces gamins pensent qu’ils sont orphelins plutôt qu’ils ne grandissent avec l’idée que leurs parents ne veulent plus d’eux ou avec l’espoir qu’ils vont venir les récupérer un jour», soupire Mathieu. La troisième catégorie comprend des enfants qui n’ont aucune famille. «Nous essayons de retrouver la trace de leurs parents ou de leur famille». Mathieu raconte l’histoire de Zeina, 14 ans, mariée deux fois et mère d’un enfant. «Zeina fait un total déni, un rejet de la réalité, et ne se rappelle rien de ses mariages et de son enfant. Après beaucoup de recherches, nous avons réussi à retrouver la trace de son oncle qui est prêt à l’accueillir chez lui», explique le jeune homme.

Itinéraire d’enfant gâché
Les histoires se succèdent, chacune plus dramatique que l’autre. Il y a par exemple celle de ces trois frères, que la mère a placés dans une boîte en carton et avant de la déposer sous un pont et de partir en voyage, en quête d’une nouvelle vie en Turquie. Juste avant son départ, elle prévient le père du lieu où se trouvent ses enfants.
Le géniteur vit avec son frère qui refuse de recevoir ses neveux chez lui. «Depuis un an et demi qu’ils sont là, leur père n’est venu que de rares fois. Quant à la mère, on ne l’a jamais vue».
Au Bonheur du ciel, on ne compte plus aussi les nouveaux-nés abandonnés, que des gens déposent à la porte du centre. D’autres sont retrouvés sous des ponts, voire dans des bennes à ordures, par le père Majdi Allaoui, qui les prend en charge. Dans ces cas dramatiques, la première étape consiste à prévenir le juge puis amener les nouveaux-nés à l’hôpital pour leur prodiguer des soins. «On ne peut pas les proposer à l’adoption, mais nous essayons de trouver des familles d’accueil pour les prendre en charge. Des familles qui savent parfaitement que ces enfants devront partir un jour ou l’autre».
Les histoires de ces enfants de Bonheur du Ciel font mal au cœur. «Il y a ceux qui ont la chance d’être protégés par les juges, alors que d’autres ne l’ont pas. Depuis trois mois, Isra’a, Leila et Jihane vivent dans l’espoir que leur père vienne un jour les chercher et qu’ils vont émigrer tous ensemble au Canada. Leur père… un homme qui se droguait devant eux et avait des rapports sexuels avec sa maîtresse sous leurs propres yeux… Malgré tous les sévices qu’ils ont connus et subis, ces enfants restent attachés à leurs parents et réclament leur présence», constate Mathieu. «Même s’ils sont heureux ici, ils veulent rentrer chez eux».
Des centres d’accueil comme celui de Ghosta, Bonheur du Ciel en a trois autres: à Kfour, Bauchrieh et Nahr Ibrahim. Tous les enfants sont scolarisés, certains l’avant-midi, d’autres l’après-midi, selon leur nationalité. Hormis les petits Libanais, le centre recueille aussi de petits Syriens et Palestiniens. Le centre de Ghosta ressemble à une ruche, entre les enfants, les volontaires, l’assistante sociale, les éducateurs spécialisés, les femmes qui s’occupent du ménage et de la cuisine, ainsi que les accompagnateurs. Une ruche qui nécessite un grand budget, jusqu’ici assuré par la providence et les bonnes âmes. Pour l’année 2016, le budget de l’association a atteint 1 200 000 $. Dans la bâtisse de Ghosta, chaque étage est destiné à un usage précis. Au premier étage, se situe la salle commune où les enfants jouent ou regardent la télévision sous l’œil attentif des éducatrices. Le second étage accueille les dortoirs des garçons, les salles de bain et de rangement. Le troisième est réservé aux filles. La salle à manger et la cuisine se situent au dernier étage, avec une vue imprenable sur la mer et les collines alentours. Ici, l’ambiance est familiale et l’amour représente la base de toute action. «Quand on aime, on peut changer le monde».

Une vie au service de Dieu
En 2001, le père Majdi effectue un voyage à Medugorje en compagnie de son fils Mathieu. Ils rencontrent là-bas l’archevêque Georges Riachi, qui est impressionné par leur action. Il leur arrivait souvent de disparaître tous les deux pour aller déjeuner avec les enfants ou visiter des centres. Un jour, Mgr Riachi demande au père Majdi s’il était prêt à assumer tous les défis et servir le Christ n’importe où, alors que son oncle maternel était le mufti de Tripoli et son oncle paternel était mufti en Australie. «Je suis prêt à aller servir le Christ à La Mecque s’il le faut» lui répond-il. Ce n’est que quelques années plus tard, le 11 avril 2006, qu’il sera ordonné prêtre.
Ne sachant dans quelle paroisse le nommer, l’archevêque lui dit «Je t’ordonne prêtre sur toutes les routes du Liban». Depuis, son action n’a cessé de croître. Onze ans plus tard, son association s’occupe des enfants abandonnés et maltraités, des pauvres, des drogués, des sans-abris. Comme si, sur ses frêles épaules, il avait pour mission d’offrir aux démunis tout le bonheur du ciel…

Joëlle Seif

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Éditorial
Saturation et indécence

Les interprétations optimistes des indicateurs économiques et les déclarations rassurantes des dirigeants ne cachent pas la réalité: l’économie tarde à prendre son envol. Les pronostics des institutions financières internationales et des cabinets d’études restent d’ailleurs assez modestes, même s’ils prévoient une légère amélioration. Le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance de 2% en 2017, Business Monitor International (BMI, Grande-Bretagne) prévoit un taux de 2,2% et le fournisseur de données indépendant, Economena Analytics, pense que la croissance s’établira autour de 2,5%.Comment pourrait-il en être autrement lorsque les moteurs de croissance traditionnels du Liban, que sont le tourisme, l’immobilier et la construction, «ont subi des revers», comme le souligne le FMI dans son rapport sur le pays du Cèdre.Il n’y a d’ailleurs nul besoin de lire ce rapport pour mesurer l’étendue du marasme économique. Rien ou presque n’encourage les Libanais à reprendre la consommation, et ce ne sont pas les quelques milliers de clients des restaurants – ce sont les mêmes qui tournent d’un établissement à l’autre –, qui démentiront cette réalité.      Certes, l’approbation du projet de budget 2017 par le gouvernement, le vote des décrets sur le pétrole et le gaz, les propositions de loi pour lutter contre la corruption au sein de l’administration publique et pour protéger les lanceurs d’alertes, le plan de réforme du secteur de l’électricité… sont des mesures louables. Mais il y a tellement à faire dans tous les domaines, que tous les efforts entrepris jusqu’à présent, semblent insuffisants pour que redémarre l’économie.Et même si des réformes structurelles étaient lancées tous azimuts, le Liban continuera à traîner un énorme boulet, celui des réfugiés syriens, qui représentent plus d’un tiers de la population. Cela «est éprouvant pour les communautés locales, créant de la pauvreté, du chômage, et ajoutant de la pression sur les infrastructures et les finances publiques déjà fragilisées», souligne le FMI. Selon l’institution internationale, le coût indirect de la présence des réfugiés syriens aurait dépassé les 2,5 milliards de dollars en termes de dégradation des services publics.Les conséquences de la présence de ce nombre de réfugiés sont encore plus pernicieuses. L’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) dénonce la compétition déloyale des Syriens installés au Liban pour les sociétés, les entreprises, les petites entreprises, les usines et les divers chantiers. L’ACB évoque un «cycle économique syrien qui prospère et se développe à l’intérieur de l’économie libanaise» et à ses dépens. «Même si tous les touristes du monde venaient au Liban, cela ne règlerait pas la crise car nous sommes confrontés à un problème structurel provoqué par la concurrence faite à l’économie libanaise par une autre économie», prévient l’ACB.Le Liban a donc atteint le point de saturation aussi bien au plan démographique qu’économique. La situation est d’autant plus grave que la communauté internationale n’a jamais tenu ses engagements financiers, ce qui a poussé le FMI à l’interpeler, en estimant qu’elle «doit jouer un rôle-clé pour répondre à la crise des réfugiés». «Le Liban a besoin et mérite un appui important», indique le rapport de l’institution financière internationale.A défaut d’une aide directe au Liban, qui pourrait ne jamais arriver, les agences de l’Onu et autres ONG devraient au moins avoir la décence d’acheter sur le marché libanais et aux entreprises locales les produits alimentaires, médicaux et autres, fournis aux réfugiés, au lieu d’aller s’approvisionner sur les marchés extérieurs. Cela permettrait de remplir quelques lignes dans les carnets de commandes, désespérément vides, de l’industrie libanaise.


 Paul Khalifeh
   

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