Comment professionnaliser le sport au Liban
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Nº 3077 du vendredi 5 mai 2017

Comment professionnaliser le sport au Liban

 
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En l’absence d’une stratégie bien définie, le sport au Liban ne pourra jamais suivre le rythme mondial tant que l’amateurisme reste de rigueur, sans aucune vision d’avenir, publique ou privée, qui puisse relancer une activité devenue le fer de lance du monde civilisé.

Passé au professionnalisme depuis déjà des décennies, le sport international caracole loin devant, et le pays des Cèdres souffre en l’absence d’un plan que devrait mettre au point le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Comité Olympique libanais, les Fédérations sportives concernées et les athlètes de toutes les disciplines, conformément aux règles internationales.
Dans le passé, les athlètes couraient après les titres, les exploits, et non après des gros chèques.
Certes, la professionnalisation du sport a permis des progrès significatifs, mais elle a également écarté une grande partie de ses valeurs. Si le rôle toujours grandissant joué par l’argent contribue au rayonnement du sport, il n’est pas sans avoir des conséquences éthiques négatives.
Dans les années 80 du siècle dernier, même les Jeux olympiques, bastion historique de l’amateurisme, se sont professionnalisés, poussant le sport vers des limites jamais connues, mais bien loin des valeurs de l’olympisme prônées par Pierre de Coubertin, avec comme point de départ, les transferts pour des sommes astronomiques des joueurs de football.

Attention aux dérives!
La médiatisation excessive des compétitions internationales a également contribué à mettre au point de nouvelles normes et instaurer de nouvelles valeurs. L’importance des enjeux pousse aussi, indirectement, les professionnels au dopage, afin d’optimiser leurs performances, sans oublier le secteur des paris sportifs, qui génère toutes sortes de dérives et de faits de corruption.
Aujourd’hui, victoire ou médaille rime avec argent. Une médaille aux Jeux Olympiques coûte cher et nécessite des années de travail assidu sous la supervision d’une équipe d’entraîneurs spécialisés.
Pour vivre en «professionnel», les sportifs doivent recevoir un salaire de leur club ou de leur sponsor. Or au Liban, seules quelques disciplines, comme le basket et le football, pratiquent un professionnalisme masqué et limité. Cette professionnalisation dépend entièrement d’un sponsor ou d’un homme d’affaires ayant décidé d’investir dans une discipline quelconque pour des raisons personnelles, sportives, économiques ou même politiques. Même l’amateurisme «marron», qui consiste à la rémunération occulte ou la fourniture d’emplois à des sportifs officiellement amateurs, y est largement pratiqué.
Au Liban, l’intervention de sponsors ou d’hommes d’affaires s’impose parfois pour tenter de relancer un club ou un sportif «proche». Mais ces bailleurs de fonds ne sont généralement pas des adeptes du paiement de millions sans obtenir en contrepartie un gain quelconque.
Mais peut-on faire de l’argent en investissant dans le sport? Dans l’état actuel des choses, même le géant de la publicité Antoine Choueiri, à l’origine de la montée en puissance du basket-ball local, a fini par céder à cause des lois en vigueur, de la confessionnalisation du sport et des interventions politiques. Mais pas sans avoir réalisé de grandes performances locales, régionales, continentales et même internationales de par la qualification de la sélection nationale au Mondial de basket.
Avec un ministère de la Jeunesse et des Sports au budget très limité et aux dons malheureusement très sélectifs, avec des fédérations politisées et sans ressources, et avec des sportifs obligés à renoncer ou, alors, à se tourner vers leurs leaders respectifs politiques ou confessionnels, le sport local ne pourra jamais progresser pour atteindre des niveaux internationaux.
Il s’avère, par conséquent, qu’il est impossible de «faire de l’argent» aujourd’hui en investissant dans le sport. Il faut uniquement faire acte de don aux fédérations, aux clubs et aux sportifs, pour les aider à poursuivre leur activité sportive, ou les récompenser quand ils réalisent une performance quelconque.
Evidemment, il ne faut pas oublier les réalisations assez rares mais bien méritées de certains sportifs et sportives dans quelques disciplines individuelles, grâce notamment à des initiatives familiales ou personnelles.

Quelles solutions?
Dans un premier volet, il faut surtout mettre au point un plan précis et une stratégie bien définie, qui seraient approuvés par toutes les composantes du sport pour professionnaliser les activités sportives, loin de toute politisation et confessionnalisation de certaines disciplines.  
Ensuite, il faut modifier les lois en vigueur pour permettre ce passage de l’amateurisme au professionnalisme.
Il est important, de même, d’améliorer les infrastructures sportives construites dans les années 1990 et au début des années 2000 et de bâtir de nouvelles installations dans toutes les régions afin d’inciter la jeunesse à la pratique sportive.
Une fois cette stratégie mise au point et ces lois modifiées, on doit lancer une campagne pour motiver les sponsors et les hommes d’affaires à intervenir, selon des règlements bien définis.
Car il ne faut pas oublier que les investisseurs sont très sélectifs et ne sont pas prêts à financer sans un minimum de garantie. Preuve en est, la médiatisation du basket par la LBCI, qui a poussé des dizaines de sponsors et hommes d’affaires à investir dans ce sport pour obtenir une meilleure expansion de leurs produits ou de leurs idées. Ceci dit, une médiatisation excessive pourrait avoir des retombées négatives sur cette discipline.
Les sportifs libanais subissent de plein fouet la crise économique et la mauvaise situation politico-sécuritaire dans le pays. Mais il est impératif que la classe politique et les médias reconnaissent, au moins, les efforts des athlètes médaillés, afin de les accueillir en héros et de les récompenser.

Mohamed Fawaz

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Éditorial
Des pressions sur la livre

Dans son dernier rapport trimestriel sur le Liban, paru le 27 avril, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme: le modèle économique libanais n’est plus viable et doit être remplacé par une formule capable d’assurer les besoins financiers et économiques du pays.Le rapport de l’institution internationale regorge de chiffres et d’indicateurs négatifs. Les plus alarmants sont le déficit de la balance commerciale, qui a atteint 15,7 milliards de dollars, fin 2016, et le volume des importations, qui ont grimpé à 26% du produit intérieur. Cela signifie que plus du quart de la richesse produite par les Libanais est utilisée pour importer des produits de l’étranger.Ces mauvaises prestations macroéconomiques s’accompagnent de mauvaises nouvelles pour les ménages: une hausse des prix de 3,13%, selon l’Association des consommateurs. Cette hausse, qui intervient alors que l'érosion du pouvoir d’achat se poursuit, serait due à deux facteurs: le débat parlementaire sur la grille des salaires dans le secteur public et la nouvelle batterie de taxes et d’impôts envisagée pour la financer. Le vote de la grille a finalement été reporté sine die mais les commerçants en ont profité pour majorer les prix de certains produits de consommation, comme les boissons alcoolisées, les produits de luxe et les cigarettes.Cette conjoncture, couplée à la crise politique larvée qui menace d’exploser à tout moment, s’est traduite par des pressions sur la livre libanaise. Selon des sources bancaires, la Banque du Liban (BDL) a dépensé entre 1,5 et2 milliards de dollars en deux mois pour intervenir sur le marché des changes afin de soutenir la monnaie nationale. Par conséquent, les réserves en devises de la BDL sont tombées sous la barre des 40 milliards de dollars.Les pressions sur la livre seraient dues au débat politique concernant la loi électorale, qui a montré combien le fossé était profond entre les forces politiques, et l’incertitude quant au renouvellement du mandat du gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé.       Pendant ce temps, la présence d’1,5 millions de réfugiés syriens continue de peser sur l’économie, en l’absence de toute aide internationale sérieuse, susceptible de réparer une partie des dégâts causés aux infrastructures.En parallèle, les milieux financiers s’attendent à un durcissement des législations américaines et internationales relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent sale et le financement du terrorisme. Cette transformation des lois internationales limite les capacités du secteur bancaire libanais et le prive de certains de ses atouts, principalement le secret bancaire, réduit à sa plus simple expression.Face à ces réalités inquiétantes, la classe politique continue de se chamailler autour de la loi électorale et d’autres sujets, alors que chaque jour qui passe, la BDL dépense entre 20 et 30 millions de dollars pour soutenir une livre dont plus personne ne veut.


 Paul Khalifeh
   

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