Magazine Le Mensuel

Nº 2849 du vendredi 15 juin 2012

Livre

Leila Barakat. Une révolution contre la corruption

La révolution et la civilisation, entre mythe et réalité est, d’abord, une critique virulente du confessionnalisme politique et de la classe politique au Liban. Une classe dirigeante qui, d’après l’auteur, appelle publiquement à l’abolition du confessionnalisme politique, alors qu’en réalité, elle ne fait que le consolider, pour accroître son influence.    
 

L’auteur, Joseph Moawad, qui a exercé la profession d’avocat pendant quarante-trois ans, vit actuellement en Grèce et suit de près ce qui se passe au Liban. En connaisseur du droit, il s’arrête ensuite sur la lutte de la Libanaise Leila Barakat contre la corruption dont il salue le courage. L’histoire qu’il retrace clairement est la suivante: la jeune femme, auquel un ministère a confié un projet, s’est plainte auprès du ministère de la Justice et des organismes de contrôle de la corruption de nombre de hauts fonctionnaires et a fait part des difficultés qu’elle a rencontrées au cours de sa mission. Elle a même osé sortir un ouvrage documenté sur son expérience: d’après l’avocat, des enquêtes sérieuses auraient dû être ouvertes à la suite de ce livre. Or, c’est Leila Barakat qui a été appelée au ministère de la Justice pour des plaintes en diffamation: ainsi la victime devient accusée, explique l’avocat, et précisément victime de tout un système de confessionnalisme politique qui se double de corruption. L’auteur, en avocat averti, et malgré la triste fin de cette lutte, trouve que Leila Barakat, par son comportement
insolite et son courage, a allumé le flambeau de la réforme: il refuse ainsi de laisser l’oubli s’emparer de cette affaire, qu’il déterre au nom de la vérité.

 

Féminisation des révolutions
Joseph Moawad a profondément enquêté sur le parcours littéraire de Leila Barakat, fille d’un inspecteur général des Finances connu pour son intégrité. En citant les ouvrages précédents de Barakat sur la gouvernance, la réforme de l’Etat et la dénonciation de la corruption, Moawad crédibilise la révolte de Leila Barakat: il s’agit, suivant toute logique, d’une femme en harmonie avec ses convictions.   
Joseph Moawad choisit de féminiser les révolutions et la lutte contre la corruption. Est-ce parce que la majorité des hommes d’aujourd’hui sont plus enclins à préférer leurs intérêts aux grands idéaux? Leila Barakat, femme révoltée contre la corruption, s’efface progressivement dans son ouvrage devant d’autres femmes, celle qui conduit la révolution française dans la célèbre peinture d’Eugene Delacroix et celle qui mène la révolution mexicaine, en l’occurrence Frida Kahlo dans la peinture de Diego Riviera.
L’homme, dans l’ouvrage de Moawad, est souvent soit violent et corrompu, soit comme lui-même, marginalisé, désespéré de la classe politique et exilé. Le fil conducteur de cet essai est la révolution: ce dernier est d’ailleurs parsemé de photos sur les révolutions en France, Russie, Iran, Mexique, etc. Dans quelle mesure la guerre du Liban, dans quelle mesure les nombreuses guerres du Liban depuis 1975, comportaient-elles une révolution? C’est également une question à laquelle l’auteur a essayé de répondre. L’ouvrage s’attaque enfin au Printemps des révolutions arabes, dont il décortique les raisons et déplore les résultats, et finit par les appeler, comme un nombre grandissant de penseurs, l’Hiver arabe. «La révolution est une étape exceptionnelle dans la vie d’une société et c’est une force à deux directions, l’une vers l’émancipation et le progrès et l’autre vers le déclin, la chute et l’anéantissement», écrit l’auteur.

Qui est-il?
Antoine Moawad est l’auteur d’essais sur la littérature grecque contemporaine, d’ouvrages sur la politique, et d’ouvrages plus spécialisés dont des traités de droit. Avec La révolution et la civilisation, entre mythe et réalité: Leila Barakat, pionnière d’une révolution contre la corruption, il présente un ouvrage singulier, alliant l’Histoire, la philosophie, la littérature, la politique et le droit. L’auteur multi-disciplinaire vit en Grèce, et fuit les lumières, comme les véritables écrivains dont il existe de moins en moins de nos jours. L’ouvrage est d’ailleurs délicieusement empreint de mythologie grecque et de phrases de philosophes grecs.    

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