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Nº 2851 du vendredi 29 juin 2012

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ECONOMIE

Budget. Par ses astuces, la BDL fournit l’Etat en liquidités

Une septième année sans une Loi de Finance approuvée par le Parlement et promulguée par l’Exécutif ne semble pas inquiéter outre mesure les citoyens. L’exception est la règle au Liban et la population s’est habituée à cette anomalie. Mais d’une année à l’autre, les infrastructures se détériorent et les dépenses d’investissement de l’Etat deviennent une nécessité urgente tant dans le secteur de l’énergie, du pétrole, de l’eau, des routes et des télécom-munications. Or, selon les derniers chiffres rendus publics par le ministère des Finances, les dépenses du gouvernement sont «en relative hibernation», en attendant l’accouchement du projet de la Loi de Finance. A part le décret de réajustement des salaires, aucun programme significatif de dépenses n’a été approuvé par le Conseil des ministres. Ainsi les dépenses publiques ont progressé de 3,4% en rythme annuel au cours du 1er trimestre 2012, s’élevant à 3 milliards de dollars sur la période mentionnée, dont 83% ont été affectés aux dépenses budgétaires et le reste alloué aux dépenses du Trésor.
Dans cette conjoncture, le gouverneur Riad Salamé a démontré une fois de plus à la communauté internationale qu’il est le maître de cérémonie en termes de contrôle du marché monétaire domestique, en anticipant les besoins de financement du gouvernement en l’absence d’une Loi de Finance et à la lumière des réticences des banques libanaises à souscrire à de nouveaux bons du Trésor. Autre problème, la difficulté de vendre des euro-obligations libanaises à l’étranger avec une crise de la zone euro qui se perpétue. Ainsi, Salamé a entrepris une opération de swap qui a consisté en un échange entre le ministère des Finances et la BDL, celle-ci ayant acquis des eurobonds du ministère pour le montant de 2 milliards de dollars contre des bons du Trésor en livre pour le même montant. Cette opération d’échanges a porté sur des titres souverains venant à échéance en 2014. Par cette démarche, la BDL a fait d’une pierre deux coups. Dans un premier temps, elle a mis l’Etat à l’abri de toute pression d’ordre monétaire, donnant un signal positif de sa solvabilité aux marchés internationaux, et, en deuxième lieu, elle a consolidé sa position de maître des potentielles fluctuations de la valeur de la monnaie nationale. A la faveur de ce swap, la BDL engrangera des gains substantiels, vu que les taux d’intérêt des bons du Trésor échangés étaient de 6%. De plus, cette opération aura contribué à augmenter ses avoirs en devises étrangères d’un milliard de dollars au cours de la première quinzaine du mois de juin.
De toute façon, le projet de budget, dans sa mouture actuelle, montre clairement que les responsables libanais n’ont pas tiré les enseignements de la crise de la zone euro. Joseph Stiglitz, prix Nobel de l’économie, a expliqué sans détour que «l’austérité n’est pas la solution aux tracas de la zone euro». Ce qui s’applique au Vieux continent s’applique tout autant au Liban. Le projet de la Loi de Finance 2012 propose tout simplement une réduction du déficit budgétaire en faisant valoir une politique fiscale dont le fondement repose sur «un grignotage des revenus des ménages», sans se soucier de l’encoura-gement des investissements, catalyseurs de la création d’emplois. Il suffit de scruter le poste des dépenses pour se rendre compte que les dépenses d’investissement sont passées de 3069 milliards de livres à 1880 milliards de livres, soit une baisse de près de 1189
milliards de livres. Dans le cadre du projet proposé, toute tentative de doper la croissance économique est totalement ignorée.

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