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Nº 2867 du vendredi 19 octobre 2012

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Les eaux du Hasbani. Objet des convoitises israéliennes

Israël étudie la position à adopter face à la possibilité d’un détournement par le Liban de l’eau du fleuve Hasbani sous prétexte de la construction d’un centre touristique à la frontière avec l’Etat hébreu, a indiqué dernièrement le Jerusalem Post.

Le Hasbani fournit près de 25% des eaux du Jourdain, son importance pour Israël n’est pas récente. En 1953, l’Etat hébreu décide d’assécher le lac Houleh pour s’assurer la totalité du débit du Jourdain. La construction d’un canal, destiné à transporter l’eau du Jourdain vers les terres agricoles du Sud et du Néguev, est alors entamée créant des tensions dans la région. Les Etats-Unis interviennent et dépêchent Eric Johnston, chargé de présenter un plan de partage des eaux du Jourdain. Le plan Johnston, bien qu’admis comme référence, n’a jamais été adopté par les différentes parties. Et malgré les pressions, Israël poursuit la construction du canal.
Le 10 décembre 1959, le Liban demande une réunion urgente de la Ligue arabe après qu’Israël eut annoncé la prochaine reprise des travaux de détournement des eaux du Jourdain. Le Caire menace Israël et Damas propose d’assécher le fleuve en le privant de ses affluents arabes. Quelques semaines plus tard, le 15 janvier 1960, le Liban riposte en annonçant sa décision de dévier le cours du fleuve Hasbani. Le gouvernement libanais rappelle qu’il avait déjà attiré l’attention des pays arabes sur la gravité de la situation provoquée par le projet israélien. Il demande alors à la Chambre de voter un crédit de 10 à 12 millions de livres pour dévier le Hasbani vers le Litani. Les travaux étaient échelonnés sur 24 mois.

Destruction de barrages
En 1964 a lieu ce qu’on a appelé «la Bataille de l’eau». La Jordanie a proposé que les gouvernements concernés par l’eau du Jourdain, libanais, syrien et jordanien, procèdent au détournement des affluents du Jourdain prenant leurs sources dans leurs territoires. Les trois pays  décident de détourner le Jourdain à leur profit et de s’approprier les ressources du Hasbani, du Banias et du Yarmouk. Israël réplique en bombardant plusieurs barrages et infrastructures de déviation de l’eau et menace d’une opération de grande envergure. Les trois pays cèdent. Le projet est suspendu pour quelque temps.
En 1967, Israël annexe des territoires hydrologiquement stratégiques: le plateau du Golan et les nappes de Cisjordanie.
En 2001, le Liban décide d’un plan de déviation du Hasbani afin d’alimenter les villages voisins. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon empêcha son application.
Le château d’eau libanais a, depuis toujours, attiré Israël qui souhaitait pouvoir pomper davantage les eaux du Litani et du Wazzani. A l’heure où les découvertes en gaz allument une nouvelle bataille, l’eau reste un élément essentiel de conflit. En 1978, Israël déclenche l’«opération Litani» contre le Liban, suivie quelques années plus tard en 1982 par l’opération «paix en Galilée». Par-delà les buts politiques et militaires, la création d’une zone de sécurité dans le Liban-Sud où coulent le Litani et le Hasbani laisse présager d’autres buts non avoués. Quelque temps plus tard, on constate une diminution du débit du Litani dans la zone contrôlée par les Israéliens.
Quand l’armée israélienne s’est retirée, Israël a tenté de s’approprier Chebaa qui lui assure le contrôle de deux sources qui alimentent Banias, le Dan et le Wazzani.
En 2003, le Liban a mené à bien des projets de détournement des eaux du Hasbani et du Wazzani au profit des habitants de la région. Une station de pompage a été construite et inaugurée. Israël a aussitôt menacé de la détruire militairement.
Depuis des années, le Liban n’arrive pas à profiter pleinement de son eau. Les menaces israéliennes continuent et les guerres israéliennes se poursuivent. Leur but avoué est politique, mais en réalité, c’est l’eau du Liban qui est convoitée.

A.K.

 

Un fleuve «libanais»
Le fleuve Hasbani prend sa source au Liban et coule sur environ 40 kilomètres à travers le territoire, avant de se jeter dans le fleuve du Jourdain ou encore dans la mer de Galilée.

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