Magazine Le Mensuel

Nº 2875 du vendredi 14 décembre 2012

Livre

Sept jours parmi les anges de David Hury. Une histoire du Sesobel

Sept jours parmi les anges – Une histoire du Sesobel est le titre du dernier ouvrage de David Hury. Il retrace de manière humaine, personnelle et romancée les trente-cinq ans du Sesobel. Le hasard de la naissance du projet s’est transformé en une profonde passion. Contagieuse.

Il ne s’était jamais attendu à s’embarquer dans une telle aventure: raconter les trente-cinq ans de l’histoire du Sesobel (Voir page 56). Mais maintenant que le projet est terminé, il en est tellement satisfait. Il ne cessera de le répéter. Discuter avec David Hury à propos du projet, des histoires qu’il a vécues, qu’il a entendues, la manière dont il les raconte, en mots certes, mais aussi dans ses yeux et ses mains qui expriment et s’expriment sur ce dont il a été le témoin. Des histoires humaines. «Incroyables», «hallucinantes», «du délire»… Ces mots ne cessent de revenir au fil de la discussion. Comme si lui-même n’en revient toujours pas, doutant encore de l’existence de ces histoires, des témoignages qu’il a entendus, des personnes qu’il a rencontrées, qui l’ont marqué, chacune à sa manière, à commencer par Yvonne Chami, la fondatrice, une révolutionnaire, une pionnière, pourtant, lui a bien précisé, l’histoire du Sesobel c’est elle qui l’écrirait, Fadia Safi, la directrice de Sesobel, Eliane Rached qui l’a accompagné dans toutes ses interviews et tant d’autres personnes qui sont devenues ses amis actuellement. Mais aussi par les enfants, Mia, Taha, Jo, Hamoudy… «Je me suis énormément attaché à eux. Le rapport avec eux est presque immédiat, instinctif. Tu ne te poses pas de questions, un sourire suffit». Et David replonge dans ses souvenirs et raconte cette «expérience géniale» qu’il a vécue. Et il semble d’un coup à son interlocuteur vivre ces histoires, ces images devenues palpables, concrètes.

La genèse d’une idée
Pourtant, David Hury est tombé par hasard dans cette aventure. L’année dernière, à la rentrée universitaire à l’Alba, les étudiants en photographie des 3e et 4e années devaient se rendre à Sesobel durant une semaine pour une prise de photos, sous la supervision de Samer Mohdad. David, en charge d’un cours sur le rapport entre l’image et l’écrit, a dû se rendre plusieurs fois aux locaux de Sesobel pour des réunions avec les responsables qui comptaient clôturer leur année d’activités par la publication d’un livre sur les 35 ans de Sesobel. Au détour d’une réunion, d’une conversation, d’un hasard, on lui propose de s’en occuper. Au début c’est l’hésitation, la réticence. Mais pourquoi pas? Il s’entretient avec la directrice Fadia Safi qui n’a qu’une seule réponse à toutes ses questions: «oui bien sûr». David se lance dans le projet, une fois qu’il a l’assurance que les conditions qu’il avait posées sont satisfaites. D’abord que l’aspect religieux, la foi des responsables, moteur de leur action, ne seront pas à la base du livre. Le propulseur sera plutôt les histoires humaines, celles du combat humain, tout en gardant la religion en filigrane. Ensuite, il s’assure que l’exigence d’une histoire institutionnelle, thématique, chronologique n’est pas une nécessité. Lui, ce qu’il veut c’est raconter, raconter une histoire, l’histoire du Sesobel à travers les gens qui la connaissent. D’ailleurs, précise-t-il, le sous-titre de l’ouvrage est Une histoire du Sesobel car il y a tellement de façons de raconter le Sesobel. Il a carte blanche.
Durant plus de trois mois, il mène une soixantaine d’entrevues avec des profils différents: thérapeutes, médecins, avocats, enfants handicapés, leurs parents, des étrangers qui collaborent avec Sesobel… Il se rend plusieurs fois sur place pour s’imprégner de l’ambiance, noter les moindres détails… Il écoute les parents, les mamans surtout, lui conter leurs histoires, leur intimité la plus profonde, car «il y a énormément de handicaps qui sont dus à un accouchement qui se passe mal. Il suffit de quelques secondes…» Puis vint le temps de l’écriture. Il a encore à peine un mois pour le faire, pour respecter le délai établi. C’est la panique totale. En 25 jours, d’un seul jet, il écrit ses 250 pages.

Et la vision change
7 jours parmi les anges se présente comme un roman à la première personne, personnel, voire «très personnel», impliquant des déplacements entre différentes régions, des réflexions, la vie chez soi, les embouteillages, des dialogues, beaucoup de dialogues, des personnages mis en scène, des pans de l’histoire du pays. «C’est comme un roman, un documentaire filmé, pour permettre aux gens de visualiser car l’objectif est que le lecteur puisse s’imaginer être à ma place». Divisé en huit chapitres portant le titre des sept jours de la semaine auquel s’ajoute un dernier intitulé Dans la nuit de lundi à mardi, David tisse son histoire en gardant un fil rouge à travers les chapitres, celui d’«un personnage un peu mystérieux qui revient tout au long du livre et arrive à la fin». En envoyant la version finale à la directrice de Sesobel, David avoue qu’il a stressé à l’idée que le dernier chapitre, qu’il a réécrit sept fois, ne soit pas approuvé. Jugé blasphématoire peut-être, sans divulguer le dénouement du récit et gâcher le plaisir de la lecture. Mais l’accord est plus qu’octroyé. A l’autre bout du fil, il entend le mot «sublime».
«Je suis moi-même tellement surpris de m’être trouvé sur ce projet-là et de l’avoir mené comme je le voulais de A à Z, que je suis impatient d’avoir le retour des gens quand ils vont le lire. Le handicap n’est pas un sujet très attrayant. Je me suis demandé comment faire pour le rendre plus accessible aux gens, plus attrayant, plus attachant». Préfacé par Salah Stétié, le livre contient également un large chapitre réservé aux archives du Sesobel, mettant en relief des documents écrits à la main par Yvonne Chami, les premiers logos, les premières affiches publicitaires… David Hury ne cache pas sa fierté et sa joie d’être une partie de ce projet commun. Un projet qui a changé sa vision des choses. Il porte désormais un regard différent sur le handicap, ayant d’autant plus beaucoup appris sur le sujet. Il s’est trouvé enrichi par les exceptionnelles rencontres humaines qu’il a faites, avec les responsables et avec les enfants, ces enfants «qui sont comme tous les autres, qui ont besoin d’amour et qui ont beaucoup d’amour à donner». D’ailleurs cette idée se retrouve dans le
titre même: 7 jours parmi les anges reprend dans l’inconscient collectif les sept jours de la création, allusion à l’aspect chrétien de l’association renforcé par le mot anges. «Et les enfants atteints de handicaps sont considérés dans le regard des autres comme des anges, alors que, et je le leur fais dire, ils sont des enfants comme les autres. Leur condition fait qu’il n’y a strictement rien de faux, d’hypocrite, de mauvais. La nature humaine à l’état brut. Il n’y a aucun calcul, aucun artifice. Juste de la tendresse, du contact. Ça a été pour moi une bouffée d’oxygène d’aller là-bas. Tout le monde devrait le faire de temps en temps, histoire de remettre les pieds sur terre, de relativiser ses petits soucis. Ça fait du bien à l’âme».

Nayla Rached

 


Une histoire de photos
L’ouvrage est accompagné essentiellement des photos des étudiants de l’Alba prises lors de leur semaine de reportage, à l’exception notamment de la photo de couverture prise par David lui-même. Le lancement de l’ouvrage 7 jours parmi les anges qui a eu lieu le mercredi 12 s’est déroulé avec l’inauguration de l’exposition d’une quarantaine de photos des étudiants de l’Alba. Parallèlement, dans la salle adjacente à la salle d’exposition de l’Institut français du Liban, sera projeté le «making-of» des photos, puisque Samer Mohdad a filmé ses étudiants lors du reportage.
L’exposition se poursuit jusqu’au 5 janvier.

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