Magazine Le Mensuel

Nº 2876 du vendredi 21 décembre 2012

Affaire Déclassée

Disparition d’Antoine Kamouh à Paris. Quarante ans après, l’énigme n’est pas résolue

En 1973, pendant des semaines, l’affaire Antoine Kamouh occupe les Libanais. La disparition énigmatique de l’homme d’affaires à Paris suscite la curiosité.

Le 14 novembre 1973, la trace de Kamouh est perdue dans la capitale française. Des recherches sont lancées pour le retrouver, mais il avait disparu sans laisser de traces. Aux dernières nouvelles, Kamouh se trouvait chez un tailleur à Paris. Son oncle qu’il devait rencontrer l’attend en vain. Il alerte la police qui retrouve chez lui ses papiers, dont son passeport. Il n’avait donc pas quitté la France mais rien ne permettait de savoir où il se trouvait.
L’enquête est poussée très loin. On cherche à savoir s’il était sorti du pays par des voies illégales. L’hypothèse d’un possible enlèvement est écartée, sa famille n’ayant reçu aucune demande de rançon.
La déposition de son oncle indique que Kamouh vivait sous tension depuis quelques mois. Il avait reçu une lettre anonyme dans laquelle il était sommé de payer cinquante millions de francs s’il voulait rester en vie.
Kamouh est né à Conakry. Son père est d’origine libanaise. Antoine rentre à Beyrouth avec sa mère où il termine ses études avant de regagner la Guinée. Il fait fortune et échoue à Paris, où il devint agent de British Aircraft, avant de se lancer sur le marché des armes. Sa fortune est alors estimée à cinquante millions de dollars. Intermédiaire dans un important marché d’armes avec la Libye, il avait touché d’importantes sommes d’argent qu’il devait partager avec des responsables libyens. Mais suite à la chute de la royauté en Libye, ses interlocuteurs de Tripoli sont en prison. Kamouh n’a donc pas eu à payer les sommes qui leur revenaient. L’hypothèse d’un règlement de comptes prévaut.
En 1970, Kamouh est condamné à un an de prison pour son implication dans le krach de l’Intra, avec François Genoud. Ce dernier était connu pour des opérations bancaires suspectes, pour le trafic d’armes et de drogue. Arrêté, Kamouh est remis en liberté par le général Gaby Lahoud, ancien chef du Deuxième bureau. Il finance le quotidien francophone As-Safa créé à l’initiative du président Fouad Chéhab et publié pendant quelque temps au Liban.
La disparition de Kamouh provoque un gros émoi et fait couler beaucoup d’encre. A-t-il disparu de son plein gré? A-t-il été enlevé? Le mystère plane à ce jour.
Le 27 août 1974, le quotidien l’Aurore écrivait que Kamouh était décédé d’une crise cardiaque au cours d’un interrogatoire. Deux mois plus tard, le 17 septembre 1974, l’hebdomadaire Le Point annonçait, de son côté, qu’il «avait été enlevé par trois truands qui agissaient pour le compte d’anciens responsables libyens. Selon la revue, Kamouh aurait perçu une commission de 166 millions de francs de la vente d’armes britanniques à la Libye. Après la chute de la monarchie libyenne, le 1er septembre 1969, Kamouh avait gardé la commission qui revenait aux responsables déchus. Ces derniers lui auraient réclamé leur part aussitôt après leur libération mais il n’a pas voulu ou n’a pas pu payer. Ils se seraient vengés de lui.
Des informations circulèrent laissant entendre que les ravisseurs de Kamouh avaient réclamé un milliard d’anciens francs français à ses héritiers pour leur apporter la preuve de sa mort, mais ces derniers n’ont pas pu réunir la somme. Kamouh est alors porté disparu. Aucune information sur son sort n’a pu être obtenue.

Arlette Kassas

 

N.B: Les informations de cet article sont tirées du Mémorial du Liban: le mandat Sleiman Frangié, de Joseph Chami.

As-Safa fait faillite
Le quotidien francophone As-Safa est lancé le 11 juillet 1972. Il cesse sa publication le 30 avril 1974 peu après la disparition de Kamouh. Le déficit du quotidien augmentait de jour en jour. Un trou mensuel de 100000 L.L. et l’absence de tout financement n’arrangeaient pas les choses. La décision est alors prise et annoncée aux employés et collaborateurs lesquels à l’issue d’un sit-in de protestation ont obtenu un mois et demi de salaire supplémentaire.  
 

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