Magazine Le Mensuel

Nº 2881 du vendredi 25 janvier 2013

Événement

Mamma Mia! au Liban. De spectacle et de musique

Le We Group convie le public libanais au spectacle musical Mamma Mia! dans son adaptation française, les 26 et 27 avril, au Forum de Beyrouth. L’occasion de retrouver le répertoire d’ABBA sur fond d’histoire d’amour.

The winner takes it all, Knowing me, knowing you, Dancing queen, Money Money Money, Honey, Honey, Mamma Mia!… On connaît tous les tubes légendaires du mythique groupe ABBA. Des chansons qui constituent l’essence même du spectacle musical Mamma Mia! dont le succès n’a pas tari depuis la première fois où il a été présenté au public en 1999. Il a déjà été vu par plus de quarante millions de spectateurs dans quarante pays différents dans ses diverses productions et traductions, faisant de lui le spectacle musical numéro un au monde. Grâce au We Group, le public libanais pourra le voir en live, dans son adaptation française. Le rendez-vous est fixé aux 26 et 27 avril, au Forum de Beyrouth. Un spectacle qui promet d’être de grande envergure avec quarante artistes sur scène, un orchestre et plus de trente tonnes de décor.
L’histoire de cette aventure remonte à plus de deux décennies, quand Judy Craymer, l’instigatrice du projet, rencontre pour la première fois Björn Ulvaeus et Benny Andersson, «les génies des chansons qui se cachent derrière ABBA», comme elle le dit. Leur chanson The winner takes it all lui donne l’idée d’un musical original à partir des compositions d’ABBA. Mais il fallait tout d’abord vaincre les réticences des concernés. Judy Craymer se lance dans l’aventure et finit par obtenir en 1995 une approbation toujours hésitante sur une comédie contemporaine romantique qui ne se prend pas au sérieux et incluant les plus grands succès d’ABBA sans y apporter aucune modification. L’écriture est confiée à Catherine Johnson et la mise en scène à Phyllida Lloyd. Trois femmes, à l’instar des trois femmes de Mamma Mia! qui forment Donna & the Dynamos et dont les personnalités sont complètement différentes. Le projet se monte en suivant les consignes et le raisonnement de la productrice artistique Judy Craymer: «Si on écoute attentivement les paroles des chansons d’ABBA, on se rend compte qu’elles se divisent en deux générations: les chansons plus jeunes, plus enjouées et les chansons plus mûres et sentimentales. L’idée d’une histoire d’amour transgénérationnelle était née».
Au bout de plusieurs mois de travail acharné et de tension, Benny et Björn pouvant briser le contrat à tout moment, la première a lieu le 6 avril 1999 au Prince Edward Theatre dans le West End londonien. «Le public a été charmé, raconte Craymer et un critique anglais a affirmé que Mamma Mia! pourrait faire la faillite du Prozac!».
Le succès de la comédie musicale a même été renforcé en 2008, quand ses trois créatrices décident de l’adapter à l’écran, avec un casting des plus lumineux incluant Meryl Streep, Pierce Brosnan, Colin Firth, Amanda Seyfried…On se rappelle tous de Meryl Streep dans le rôle de Donna, entourée de ses amies Tanya et Rosie, de sa fille Sophie et des trois hommes qui débarquent, l’espace d’un week-end ensoleillé, sur l’île grecque de Kalokairi, dans son hôtel méditerranéen isolé, la Villa Donna, prêts à retrouver la femme qui les avait éblouis vingt ans auparavant…

Nayla Rached

 


Infos pratiques
Mamma Mia! sera présenté le 26 avril à 20h30 et le 27 avril à 15h30 et 20h30.
Le spectacle dure 2 heures 40 minutes, entrecoupé par un entracte de 20 minutes.
Prix des billets: 60 $ – 80 $ – 100 $ – 150 $.
Informations et réservations: www.we-group.com.lb – (01) 873873.

 


 

Good Bye Schlondörff de Waël Kodeih
Hypnotique et obsessionnel

Waël Kodeih ne s’attendait qu’à une cinquantaine de personnes au maximum. Parce que dès qu’il s’agit d’évoquer la guerre, tout le monde préfère fermer les yeux. Mais ce jeudi 17 janvier, la salle de spectacle du Métro al-Madina était ultra-bondée. Jeunes et moins jeunes, assis sur les chaises, par terre ou debout, nous avions tous les yeux rivés sur la scène, aux aguets, dans l’anticipation, dans l’expectative. Il nous en avait parlé il y a quelques jours, expliqué le concept, la genèse de son projet, de son spectacle multidisciplinaire, lançant comme appel final qu’à chaque spectateur sa vision, son interprétation, sa perception, parce que durant les cinquante minutes que dure la performance, ce dernier est interpellé de toutes parts.
Waël est devant ses machines, pris par la musique qu’il en fait ressortir, tellement absorbé, concentré, que la tension qu’il dégage devient contagieuse, émouvante, poignante. La flûte de Naïssam Jalal se fait obsessionnelle, lancinante, hypnotique, martelant les images, les sons, les mots d’une dose supplémentaire d’émotions qui s’entrelacent. Le spectateur pénètre dans l’intimité des Libanais qui, dans les années 80, ont envoyé des lettres audio enregistrées sur des cassettes à leurs parents à l’étranger: leurs mots résonnent et vous laissent haletants, vous remuent les tripes, vous font sourire également. Quelques secondes plus tard retentit en allemand, la voix de l’acteur du film de Volker Schlondörff, Le faussaire, jusqu’à l’explosion finale des séquences du film où l’amnésie s’estompe à la vue de la nuit, du feu des bombardements, de la fuite, de la peur, de Beyrouth.
La créativité et la puissance qui se dégagent de Good Bye Schlondörff vous coupent le souffle, vous hantent et vous sortez de la salle comme ébahis, dépassés par ce qui s’est passé, il y a plus de 25 ans, il y a quelques minutes à peine.
Devant la demande insistante du public qui a vu le spectacle, a eu de la peine à le voir ou n’a pas pu y assister, Waël Kodeih renouvelle cette expérience en compagnie de Naïssam Jalal. Good Bye Schlondörff sera présenté le 1er février au Metro al-Madina, à 21h. A voir et revoir!

 

Quatre heures à Chatila
Une prière pour un tombeau

«Ils tuent des hommes. Ils tuent des morts». Hagarde, au bord de la folie, de la démence, Carole Abboud murmure presque ses mots, comme pour les expurger, les vomir, comme pour rassembler les membres épars des morts du camp de Chatila, comme pour leur redonner vie. La scène est plongée dans le noir, encombrée de débris, de gravats, de vêtements éparpillés. Carole Abboud enjambe les morts, les cadavres, s’arrête un moment, se penche sur l’un d’eux. La scène comme représentation du camp de Chatila, où Jean Genet vient de pénétrer en 1982, un jour après les massacres qui y ont été perpétrés.
Merveilleuse dans son interprétation, émouvante, poignante, puissante et fragile en même temps, Carole Abboud se glisse à merveille dans la peau de ce personnage mis en scène par Stéphane Olivié Bisson pour porter à elle seule le célèbre texte de Jean Genet, Quatre heures à Chatila. Un monologue tendu où la démence suinte par les pores de la mort. Un monologue qui nous fait effectuer des sauts dans le temps, dix ans avant les massacres, quelques jours après les massacres. Un monologue où la voix de Carole Abboud, les intonations de sa voix, son interprétation, ses déplacements sur scène, ses moindres gestes sont autant d’images troublantes jusqu’à l’insoutenable, jusqu’aux larmes qui finissent par couler sur son visage à la fin de la représentation, au moment de la révérence.
Cadavres, morts, noirs, gonflés, violets, mauves, mouches… Tous les sens du spectateur sont mis en éveil. Il lui semble sentir une odeur nauséeuse, insoutenable, au moment où la poussière se dégage de la scène.
Personne, ni rien. -«Qui l’a tué?» – «Je ne sais pas monsieur»: voilà la réponse que répète un homme armé à Genet. Je ne sais pas. Ce qui pousse Stéphane Olivié Bisson «aujourd’hui à vouloir que ce spectacle existe, comme il le dit, c’est cette misère de la mémoire, ainsi que l’impossibilité organisée de toute justice».
Quatre heures à Chatila se poursuit au théâtre Monnot le vendredi 25 et le samedi 26 janvier, à 20h30.

 


That part of Heaven
Le corps de toutes les violences

Danseur et chorégraphe, fondateur de Maqamat Dance Theatre, Omar Rajeh a pris comme point de départ dans That part of Heaven notre situation actuelle, notre aujourd’hui, composé de tellement d’hiers passés, mais non dépassés, jamais dépassés, par crainte, par peur, par fuite. Les crises se sont tellement accumulées depuis plus de 25 ans que nous portons toujours dans notre chair la plaie de la guerre libanaise et les profondes séquelles qu’elle y a laissées.
Des séquelles inconscientes, qui font désormais partie de notre quotidien, comme une partie intégrante de nous, dans la douleur, le déchirement, la désarticulation, la déshumanisation du corps et de l’être. Et c’est ce que met en scène Omar Rajeh dans cette création collective qu’il dirige et chorégraphie. Il a décidé de se faire violence, de violenter ses danseurs, de nous violenter pour nous obliger à nous regarder dans le miroir.
Tout au long de la performance, la tension vous transperce le corps, tout comme la folie et la démence transpercent le corps des danseurs, des cinq femmes incarnées par Mia Habis, Ali Chahrour, Zei Khauli, Bassam Bou Diab et Hala Abi Rached. Le public assiste, impuissant et impliqué en même temps, à leur évolution. Ces personnages apparaissent au début de la performance étrangement maquillés et habillés pour perdre progressivement cette image, ce masque dont ils se sont parés, emmêlant dans leurs danses, dans leurs corps, tous les contraires, toutes les situations, la folie, la violence, la douleur, l’angoisse, l’amour, la passion, la mort, l’instinct… D’humains, ils rejoignent le rang des bêtes, incapables d’articuler un seul mot audible, ils rampent et se contorsionnent sur le matelas placé sur scène, une éponge imbibée d’eau qui colle à leur peau l’impact des images et des souvenirs qu’ils portent de manière indélébile, dans leur vie de tous les jours, dans notre vie de tous les jours. La question est posée: comment sortir de ce marasme? A nous de réfléchir.
That part of Heaven sera encore présenté les 25 et 26 du mois au théâtre al-Madina, à 20h30.

 

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