Magazine Le Mensuel

Nº 2889 du vendredi 22 mars 2013

general

La Révolution du Cèdre. La base prend le relais

Comme depuis huit ans maintenant, les membres du 14 mars et leurs partisans se sont rassemblés au Biel pour commémorer la Révolution du Cèdre. Une manifestation en demi-teinte, marquée par l’absence de grands ténors.

Pour ce huitième anniversaire, la commémoration du 14 mars n’aura pas rassemblé les leaders espérés. La plupart ont «séché» l’événement, pour des raisons qui leur sont propres. Saad Hariri, comme prévu, n’avait pas fait le déplacement, sans doute au motif de sa sécurité personnelle. Il a confié, il y a quelques jours, craindre pour sa vie s’il rentrait au Liban.
Absent également, Samir Geagea pour les Forces libanaises, ou encore Amine Gemayel, pour les Kataëb. Lors de la réunion de son bureau politique, quelques jours plus tôt, le parti avait réitéré sa position envers les principes approuvés par l’alliance du 14 mars, concernant la restauration de la souveraineté du pays.
Quant à la gauche démocratique, elle avait annoncé au préalable qu’elle se retirait de la cérémonie pour des «raisons de logistique», en tout cas officiellement. Mais, en filigrane, il s’agissait plutôt de contester le manque «de discours concrets qui répondent aux attentes du public du 14 mars». Enfin, les désaccords multiples au sein de l’alliance du 14 mars, concernant l’élaboration de la nouvelle loi électorale ne sont, sans doute pas, étrangers à l’absence marquée des leaders politiques de la cérémonie.

Siniora confiant
Le public, qui avait tout de même répondu présent à l’appel, a donc dû se contenter, en fin de cérémonie, d’une allocution improvisée du chef des parlementaires du Courant du futur, Fouad Siniora, qui a souligné sa «réelle confiance» en la pérennité du 14 mars et de ses principes nobles». «Je suis confiant que le 14 mars poursuivra son chemin grâce et avec les jeunes», a affirmé l’ancien Premier ministre. «Les principes du 14 mars sont nobles. Ils sont fondés sur la coexistence et la diversité que nous allons toujours défendre. Les jeunes sont l’avenir du Liban», a-t-il ajouté.
Présent également, le secrétaire général du 14 mars, Farès Souhaid, a convié, à défaut de l’ancien président de la République Amine Gemayel, son épouse, Joyce, à monter sur la scène pour saluer les jeunes intervenants.
Ce huitième anniversaire, on l’aura compris, aura été célébré en demi-teinte. Outre l’absence des ténors du mouvement, il n’y aura pas non plus eu de déclaration commune, comme cela avait été le cas en 2012.
Les politiques absents, des membres de la société civile se sont relayés à la tribune. Le journaliste Ali Hamadé qui animait la cérémonie, a martelé à cette occasion: «le 14 mars n’est pas une date, mais une idée», mais aussi «le 14 mars 2005, c’était le moment où nous avons le plus senti que nous sommes d’abord libanais».

Parole aux jeunes
Il a ensuite laissé la parole aux jeunes présents à la tribune, comme Shirine Abdallah. Celle-ci a rappelé que le mouvement du 14 mars est d’abord une organisation aux moteurs d’«union et de solidarité». La jeune femme en a profité pour rendre hommage aux «maîtres de la liberté qui (lui) ont été arrachés au cours des huit dernières années», dont le journaliste Samir Kassir, auquel elle a emprunté le propos «l’abattement n’est pas une fatalité».
Par ailleurs, Abdallah a conseillé aux jeunes présents à la cérémonie de «ne pas chercher à raviver ce moment, il ne reviendra pas. Mais un moment plus beau pourrait s’en suivre. L’important est de rester sincère envers cet instant, afin d’être à la hauteur de la responsabilité qu’il impose», a-t-elle poursuivi.
A celles et ceux qui estiment parfois que le mouvement du 14 mars est moribond et plus que jamais divisé, la jeune femme a conclu par ces mots: «Ni les futilités, ni les élections, ni les ébauches de guerre, n’auront raison de l’idée qu’incarne le 14 mars».
Lassés peut-être de discours politiques sans effets, les membres de la société civile qui sont intervenus sur la scène du Biel ont insisté, tour à tour, sur la liberté et l’indépendance des militants. Edmond Rabbath a estimé, de son côté, que «l’esprit critique d’un public libre, indépendant et extrêmement audacieux, parfois plus que celui des responsables du 14 mars» continue d’animer bel et bien le mouvement.
Les autres jeunes qui se sont exprimés ont profité de l’occasion pour critiquer avec virulence la situation actuelle au Liban, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Le thème de la corruption a ainsi été abordé, tout comme celui des armes, alors que les tensions sécuritaires sont de plus en plus présentes au Liban. Le militant des droits de l’homme, Jean-Pierre Katrib, a ainsi dénoncé «le port des armes et la politique de l’impunité qui incitent à plus d’agressions, au risque de faire exploser la situation». Karim Rifaï a, quant à lui, apporté son soutien à l’Armée libanaise: «Oui à l’armée, non aux armes de la discorde, y compris celles de Ersal».
Le rôle de l’Etat figurait également au cœur des discours. «Nous réclamons un Etat de droit et un Etat civil, qui valorise l’homme et non sa confession», a ainsi lancé Georges Droubi, venu spécialement d’al-Mina à Tripoli.
Si leurs leaders politiques étaient absents de la tribune pour des raisons diverses, les partisans et militants de la première heure ont voulu, par leur présence massive, marquer leur soutien permanent aux idées premières du 14 mars. «Chacun de nous est le 14 mars. Quant aux leaders et politiques qui choisissent de ne pas rester avec nous, leur absence ne changera rien. Nous ne vous regarderons pas changer de bord sans le dénoncer et ne vous suivrons de génération en génération», a ainsi averti Magali el-Hajj, traductrice venue du caza de Jbeil. Les leaders du 14 mars sont donc prévenus. Mais vont-ils écouter leur base?

Jenny Saleh


La relation Hariri-Geagea
Le bureau de presse des Forces libanaises a publié un communiqué, mardi, pour démentir des informations relayées dans la presse concernant des désaccords entre Samir Geagea et Saad Hariri. Plusieurs journaux avaient révélé que le secrétaire général adjoint des Nations unies, Jeffrey Feltman, s’efforcerait de régler les désaccords entre les deux hommes politiques. «Cette information est totalement fausse, affirme ainsi le communiqué des FL, qui souligne par ailleurs que les «contacts entre Saad Hariri et Samir Geagea ne se sont jamais interrompus». Reste à savoir de quelle nature sont ces contacts. 

Related

Un an après. Le mouvement civil revient à la charge

admin@mews

Kleiat. L’urgence d’un aéroport d’appoint

admin@mews

Tromperie sur marchandise meurtrière. James McCormick, un maître-escroc

admin@mews

Laisser un commentaire