Magazine Le Mensuel

Nº 2893 du vendredi 19 avril 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

L’Inquisition est de retour
Le mouvement islamiste palestinien, Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2006, vient de franchir un nouveau pas dans ses violations répétées des droits de l’homme. La police des barbus a ainsi interdit aux hommes de porter des jeans, de laisser pousser leurs cheveux ou même de mettre du gel. Ahmad el-Ghalayini, jeune universitaire, en a fait les frais puisque son pantalon a été déchiré en pleine rue et qu’il a été sommé de rentrer chez lui pour porter des habits «décents». Quant à Moustafa Khalaf, âgé seulement de 16 ans, il a été sauvagement tabassé pour avoir osé mettre du gel sur ses cheveux. L’ambiance à Gaza ramène aux heures les plus sombres de l’Histoire.    

 

Morsi «ne comprend rien!»
L’éminent écrivain égyptien Mohammad Hassanein Haïkal, jadis très admiratif du mouvement des Frères musulmans après la révolution égyptienne, semble en être revenu. Selon l’ancien ministre de Gamal Abdel Nasser, l’actuel président Mohammad Morsi «ne connaît rien, ne comprend rien et ne veut rien savoir». Selon Haïkal, le Pays des Pharaons va connaître des années très difficiles sur le double plan économique et politique, le nouveau régime étant «pire que l’ancien, il détruira le pays avec les politiques qu’il adopte aujourd’hui». Haïkal regretterait-il déjà les années Moubarak? 

 

Attounisiya la chaîne tunisienne récemment acquise par l’homme d’affaires Salim el-Riyahi, est dans le collimateur de la justice. Son directeur général, Sami el-Fehari, est arrêté depuis de longs mois à la suite d’une plainte portée contre lui par le mouvement Ennahda. Son crime? Avoir refusé de supprimer de la grille d’Attounisiya le programme satirique «Logique politique». L’équivalent des Guignols n’a pas amusé les islamistes qui veulent désormais fermer à tout jamais cette chaîne encombrante qui les met à nu tous les jours et refuse de se soumettre malgré les mises en garde répétées du parti au pouvoir. Dernier épisode en date, un des conseillers les plus influents de Riyahi vient d’être incarcéré, histoire de faire plier le propriétaire de la chaîne. Le bras de fer ne fait que commencer.           

 

Ahmet Erdogan fils du Premier ministre turc et chef du parti Justice et Développement, Recep Tayyip Erdogan, embarrasse son père. Homme d’affaires et propriétaire de la compagnie de transport maritime MB, Ahmet n’aurait pas respecté l’embargo commercial imposé par Ankara sur toutes sortes de transactions avec l’Etat hébreu. Les médias israéliens ont révélé que durant les trois dernières années, la société du fils a maintenu ses échanges avec Tel-Aviv, ce qui a provoqué la colère des partis de l’opposition qui réclament des comptes. Le papa n’a rien fait pour ramener son fils à la raison.  

 

En pointillé…
Amina Tyler, bloggeuse tunisienne de 19 ans, a décidé de défier les salafistes à sa manière en publiant deux portraits d’elle, nue sur son site. Les islamistes en sont fous de rage. Résultat, Adel el-Alami, un cheikh jihadiste, a appelé à sa lapidation jusqu’à la mort. Après cette condamnation, la jeune fille a disparu plus de trois semaines, laissant craindre son possible décès. Mais heureusement, ces doutes ne se sont pas avérés, puisqu’Amina a donné signe de vie en postant une vidéo sur YouTube pour rassurer ses supporters. Ses détracteurs, quant à eux, ne sont pas prêts de la lâcher. Une plainte a été déposée contre elle auprès du procureur pour atteinte à la pudeur. Feuilleton à suivre.      

 

 

 

Des peines allégées
Le régime soudanais qui avait prétendu, fin 2012, avoir déjoué un coup d’Etat fomenté par des militaires, a surpris les observateurs en condamnant les conspirateurs à des peines très légères. Les neuf officiers, dont un ancien chef des services de renseignement, seront incarcérés pour une période de deux ans seulement, contrairement aux habitudes de Khartoum connue pour sa sévérité envers tout complot. Les temps ont bien changé puisque le général Omar Hassan el-Bachir, en fin de mandat, est gravement malade, ce qui expliquerait son désir d’apaiser les tensions avec l’opposition. Fureur du ministre de la Défense, le général Abdul Rahim Hussein, considéré comme le candidat qui a le plus de chance de succéder à Bachir et qui aurait voulu que les comploteurs soient condamnés à la peine capitale.           

 

Le roi soleil
Le roi de Bahreïn, Hamad Ben Issa Al Khalifa, qui fait face depuis le 11 février 2011 à une révolte populaire sans précédent, paraît très peu intéressé par le dialogue national qui se tient dans son royaume. Alors que le gouvernement et l’opposition se trouvaient dans l’impasse, le roi a préféré snober les pourparlers pour prendre part à une réunion d’étudiants au cours de laquelle Sa Majesté a brandi son épée pour danser. Il est clair que les courses de chevaux et la poésie bédouine intéressent le monarque beaucoup plus que le dialogue avec l’opposition chiite, pourtant majoritaire dans le petit îlot. Aux demandes répétées que lui ont adressées les groupes d’opposition pour qu’il soit présent à la table des négociations, le roi n’a répondu que par le dédain et le mépris.    

 

Plus royaliste que le roi
Le Premier ministre canadien Stephen Harper, qui a accédé au pouvoir en février 2006, est connu pour ses positions pro-israéliennes et pour son manque d’estime envers les Arabes. Ceci expliquerait sans doute la décision prise par son ministre des Affaires étrangères, John Baird, de s’entretenir avec les responsables israéliens, non pas à Tel-Aviv, mais à Jérusalem-Est. Ainsi, le chef de la diplomatie canadienne a tenu à rencontrer la ministre de la Justice du gouvernement Netanyahu, Tzipi Livni, dans ses bureaux dans la ville sainte, considérée par l’Etat hébreu comme la capitale éternelle d’Israël, au grand dam des Palestiniens. Or, même l’Administration américaine, premier allié de l’Etat hébreu, refuse de reconnaître l’autorité israélienne sur Jérusalem-Est. Mais de toute évidence, ce n’est pas l’avis de Harper qui ne rate pas une occasion de provoquer la rue arabe.        

 

Le Sud-Yémen courtisé
Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, originaire du Sud- Yémen, semble s’être enfin réconcilié avec les habitants des provinces méridionales. Les habitants d’Aden ont suivi avec beaucoup d’intérêt les décisions prises ces dernières semaines, visant à écarter définitivement les familles Saleh et el-Ahmar de l’institution militaire. Mieux encore, Hadi a réussi à convaincre les Saoudiens de recevoir l’ancien président Ali Abdallah Saleh pour une période indéterminée. Résultat, les Sudistes voient d’un très bon œil l’affaiblissement de ceux qu’ils considèrent responsables de la destruction de leur pays en 1994. Des analystes à Sanaa relèvent que le président actuel a de bonnes chances de résoudre les dossiers litigieux qui subsistent entre les régions nord et sud, mais que pour cela, il faudra qu’il traite les vrais problèmes une fois pour toutes. 

 

Le président dérape
Le président tunisien Moncef el-Marzouki a réussi, en quelques mois, à se mettre à dos l’écrasante majorité de la classe politique de son pays. Ainsi, après avoir froissé les mouvements libéraux et gauchistes, le voilà qui menace «tous ceux qui osent s’attaquer à l’Etat frère et ami qu’est le Qatar, qui a offert d’énormes sommes d’argent pour nous aider. Toute personne qui insulte ce pays aura à faire à la justice». Plus de 30000 bloggeurs ont réagi sur Facebook, à travers un groupe dont le seul but est de défier le président tunisien et l’émir du Qatar, Hamad Ben Khalifa Al Thani. Intitulé al-Talhiss, ce groupe s’est moqué du petit Etat, notant que les étudiants qataris avaient de la chance puisqu’ils étudiaient l’Histoire de leur pays en trois lignes, et la géographie sur deux ruelles. Selon des analystes, la colère de la rue contre le président est palpable et il est peu probable de voir l’ancien militant de gauche réélu à son poste vu les nombreuses gaffes qu’il a commises pendant son mandat.         

 

12 Etats reçoivent en toute illégalité des armes de trafiquants libyens. C’est du moins ce qu’assure un rapport des Nations unies, qui a relevé que les rebelles libyens auraient épuisé, durant les quelques derniers mois, la majorité de leurs dépôts de munitions fournies par les Etats-Unis et les pays occidentaux durant le soulèvement contre le colonel Mouammar Kadhafi. Le rapport ajoute que les groupes armés au Mali et en Syrie seraient les premiers bénéficiaires de ce grand trafic qui proviendrait de la ville de Misurata vers la Turquie et d’al-Zentan vers le Mali. Ce qui inquiète vraiment les autorités onusiennes est le fait que les jihadistes libyens bénéficieraient de la complicité des responsables actuels au pouvoir. Un expert a même accusé le gouvernement à Tripoli d’être directement impliqué dans cette opération qui s’étendrait au trafic de drogue, notamment dans la région du Sahara. A New York, on met en garde contre la possibilité que ces armes soient introduites dans la péninsule du Sinaï compliquant encore plus la situation.              

 

3 milliards de dollars est la somme qu’a obtenue le Premier ministre égyptien Hicham Kandil à la suite de sa visite-surprise à Doha. Kandil, dont le gouvernement se trouve en grande difficulté face aux défis économiques et sécuritaires, a préféré fuir Le Caire vers le Qatar où il a été reçu à bras ouverts, au moment même où de graves affrontements opposaient musulmans et Coptes. Sa rencontre avec l’émir Hamad Ben Khalifa Al Thani a abouti à un accord selon lequel les Qataris déposeraient trois milliards de dollars auprès de la Banque centrale égyptienne pour apporter de l’aide à leurs alliés islamistes qui traversent un mauvais quart d’heure. Des sources bien informées ajoutent que Hamad serait intéressé par l’acquisition du canal de Suez, un intérêt partagé par les Chinois qui investissent énormément en Afrique. Face au rôle qatari grandissant, des voix s’élèvent au Caire pour mettre en garde contre la mainmise des Thani sur le pays.

 

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