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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

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Saint Georges regardait ailleurs, de Jabbour Douaihy. Le plaisir de raconter une histoire

Il est romancier et sa plume est si évocatrice qu’en lisant ses ouvrages, nous sommes pris entre deux feux: celui de l’écriture romanesque si particulière qui le caractérise et celui de l’homme engagé, humaniste, qui transparaît à travers ses mots. Rencontre avec Jabbour Douaihy qui considère l’écriture comme une grâce qui lui a été accordée.

Y a-t-il une part autobiographique dans votre roman?
L’idée m’est venue d’une situation familiale et personnelle réelle. Mon personnage principal est presque calqué sur quelqu’un que je connais, mort relativement jeune, l’objet de deux faire-part, l’un musulman et l’autre chrétien. En remontant dans son histoire, j’ai constaté qu’il était, dans un premier temps, à l’aise dans cette dualité avant que l’appartenance identitaire ne constitue une menace. De plus, dans cette situation inspirée du réel, j’ai dû, comme le font beaucoup d’autres romanciers, mettre du mien, faire évoluer ma personne dans les lieux familiers et dans les périodes de l’histoire contemporaine que j’ai pu vivre de plus près que d’autres: l’avant-guerre, le cosmopolitisme, la faculté de vivre en parallèle de la montée des tensions, le moment de la déflagration du 13 avril 1975 et tout ce qui s’en est suivi. Beaucoup d’amis se sont retrouvés dans certains traits, dans certains portraits, dans certaines séquences. Il n’y a aucune entreprise autobiographique, c’est juste une inspiration de la vie réelle pour enrichir le personnage.
Y a-t-il un message que vous aimeriez délivrer à vos lecteurs à travers cet ouvrage?
Lorsque j’écris, ce n’est pas ma priorité que de délivrer un message. Le roman, c’est le plaisir de raconter des histoires.

Le titre de votre ouvrage interpelle. Pourquoi est-ce que saint Georges regardait ailleurs, alors que la guerre éclatait au Liban? Son regard porté sur la ville aurait-il pu éviter la déflagration, éteindre le feu qui couvait sous les cendres depuis de longues années?
Dans l’ouvrage, à un moment donné, les jeunes qui se rencontrent se réunissent sous une icône de saint Georges, porte-parole de la propriétaire des lieux. Saint Georges est, en outre, le patron de Beyrouth. Tous les malheurs qui se sont abattus sur cette ville, il n’a pas pu les empêcher comme s’il «regardait ailleurs». C’est comme si les saints n’étaient pas là pour nous sauver, pour éviter cette guerre meurtrière qui s’est abattue sur nous. Les événements se déroulent principalement à Beyrouth et à Tripoli, une ville où les tensions commençaient à pointer çà et là, et dans un village d’été plus  bucolique, plus paisible mais qui, comme partout au Liban, n’échappait pas à des frétillements avant-coureurs de la guerre, frétillements que personne ne voulait voir, les signes annonciateurs de la catastrophe qui allait s’abattre sur le pays.

Vous vous attelez déjà à l’écriture d’un nouveau roman…
L’écriture, selon moi, c’est une occupation à plein temps. Je trouve que c’est une grâce que la vie nous donne. J’y consacre la majorité de mon temps. Actuellement, je suis fasciné par cette histoire d’embrigadement des musulmans dans ce qu’ils appellent le «Jihad». Je prépare donc un roman sur ce thème. Le monde occidental a peur de ce phénomène, alors qu’il s’agit, avant tout, de le comprendre.

Propos recueillis par Danièle Gergès
 

Bio en bref
Jabbour Douaihy est né en 1949, à Zghorta, au Liban-Nord. Il est professeur de littérature française à l’Université libanaise (UL),  détenteur d’un doctorat en littérature comparée de l’université Sorbonne Nouvelle, il est traducteur et critique. Il a écrit plusieurs romans dont Equinoxe d’automne et Pluie de juin. Il écrit en outre des livres pour enfants. Saint Georges regardait ailleurs a été nominé pour le Prix international du roman arabe et a reçu le prix Hanna Wakim du roman libanais.

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