Magazine Le Mensuel

Nº 2904 du vendredi 5 juillet 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Abdallah, digne héritier de son père
Le roi Abdallah II de Jordanie a passé une année difficile à cause du mouvement de protestation orchestré par les Frères musulmans. Mais le monarque, qui semblait au début perturbé par ces événements, a réussi à tenir bon jusqu’à l’épuisement du mouvement populaire qui a perdu sa raison d’être. Des analystes à Amman notent que les conseils apportés par l’ancien héritier du trône, son oncle le prince Hassan, ainsi que par plusieurs anciens conseillers du roi Hussein ont, en fin de compte, affaibli l’opposition islamiste. Et comme cerise sur le gâteau, ce n’est pas le régime qui a craqué, mais plutôt les Ikhwan, qui font désormais face à une division interne menaçant l’unité du mouvement. Ainsi Zaki Bani Irsheid, l’un des leaders les plus influents de la Confrérie, a accusé les anciens dirigeants de ne pas être à la hauteur.

 

En pointillé…
Depuis la chute du régime de Hosni Moubarak, des dizaines d’attaques ont été menées par la majorité sunnite contre les églises et les villages Coptes, causant des dizaines de morts chez les chrétiens. Mais ces violences semblent s’être élargies, puisqu’elles viennent de toucher la petite minorité chiite (1% de la population), qui vivait depuis des centaines d’années en toute tranquillité, sans être vraiment menacée. Ce n’est plus le cas, car une foule survoltée a envahi le village d’Abou Mousallem, dans la province de Gizeh, et s’est attaquée à une maison dont les habitants sont des chiites. Le spectacle filmé de bout en bout a choqué le monde, forçant la Confrérie des Frères musulmans à condamner sévèrement ce lynchage. Cependant, cela n’a pas convaincu l’opposition qui a accusé le régime du président Mohammad Morsi d’en être le premier instigateur. 

      

Les Femen relâchées en Tunisie
Les trois activistes de Femen, arrêtées en Tunisie pour avoir protesté les seins nus contre l’arrestation d’une des leurs, Amina, ont été relâchées sans avoir purgé leur peine de trois mois de prison. Ceci est dû au fait que les gouvernements occidentaux se sont mobilisés, faisant pression sur le gouvernement islamiste afin de permettre aux jeunes femmes de nationalités française et allemande de retourner dans leurs pays d’origine. Amina, quant à elle, n’a pas eu la même chance, puisqu’elle se trouve toujours derrière les barreaux après avoir défié les salafistes dans un de leurs fiefs, avant que la police n’intervienne pour l’arrêter. 

 

Hoshyar Zébari ministre irakien des Affaires étrangères, a réussi à libérer son pays du Chapitre VII de la Charte des Nations unies après de longues années de négociations et de tractations. Zébari a ainsi réussi là où tous ses prédécesseurs ont échoué ces 23 dernières années. Rappelons que ces sanctions avaient été adoptées à l’unanimité à New York après l’invasion du Koweït par l’armée de Saddam Hussein, en 1990. Le politicien kurde s’était déplacé en personne au siège de l’Onu afin de défendre la cause de son pays, tout en notant que les relations entre Bagdad et le Koweït s’étaient améliorées, «car nous avons réussi durant les derniers mois à mettre un terme aux anciens malentendus. Dès lors, et pour aider mon pays à combattre le terrorisme et le fanatisme religieux, la communauté internationale doit nous tendre la main».


Esmat Abdel-Rahman chef d’état-major de l’armée soudanaise, vient d’être limogé par la présidence. Cette décision aurait été prise après son échec face à la rébellion armée dans les provinces du Sud. En effet, le mois de juin a été catastrophique pour l’armée soudanaise, qui a perdu des dizaines d’hommes et des régions importantes suite à l’attaque des milices soutenues par le Sud. Des analystes à Khartoum ont révélé que le ministre de la Défense, Abdel-Rahim Hussein, qui était lui aussi dans une position très délicate, cherchait un bouc émissaire qu’il a trouvé en la personne du général Abdel-Rahman.   

Hijab fait profil bas
L’ancien Premier ministre syrien Riad Hijab, qui avait fui Damas en août 2012, espérait occuper une place prépondérante au sein de l’opposition syrienne comme récompense pour sa trahison du président Bachar el-Assad. Mais contrairement à ses attentes, l’ancien baassiste s’est retrouvé tout seul, abandonné par le Qatar, qui l’avait aidé et encouragé à se retourner contre le régime. Le mouvement politique fondé par Hijab ne compte qu’une poignée d’opposants et n’est même pas représenté au sein de la Coalition nationale syrienne. Et alors qu’il espérait être nommé Premier ministre en exil, le choix du clan anti-Assad est tombé sur un inconnu d’origine kurde. C’est sans doute la goutte qui a fait déborder le vase. Depuis, l’ancien dirigeant syrien a cessé toute activité politique.

 
Larijani veut exporter la révolution
L’élection présidentielle iranienne a été porteuse de plusieurs surprises, puisque le candidat proche du camp réformateur a réussi à percer dès le premier tour malgré tous les sondages qui l’annonçaient perdant. Autre surprise, le fait que le chef du Parlement, le tout-puissant Ali Larijani, qui était perçu comme le candidat ayant le plus de chance de succéder à Mahmoud Ahmadinejad, ne s’est même pas présenté. Entre-temps, le chef du Législatif semble avoir d’autres projets en tête, car pour la première fois depuis la disparition de l’ayatollah Khomeiny, un responsable de la République islamique appelle publiquement les pays voisins de l’Iran à adopter le principe de Vileyat e-Faqih. Or, pour calmer le jeu avec les pays du Golfe, les Iraniens avaient promis de ne plus tenter d’exporter leur révolution. Mais Larijani voit les choses autrement, notant que «les pays musulmans font face à plusieurs problèmes. Leurs malheurs sont dus au fait qu’ils n’ont pas adopté le principe de Vileyat e-Faqih». Des propos reçus très froidement par les monarchies du Golfe.               

Implosion du parti de Talabani?
Rien ne va plus au sein de l’Alliance nationale kurde dirigée par le président irakien, Jalal Talabani. En effet, des sources à Arbil rapportent que cinq principaux dirigeants du parti auraient menacé de le quitter au cas où des réformes importantes ne sont pas introduites au statut interne. A leur tête se trouve le charismatique ancien Premier ministre de la province semi-indépendante du Kurdistan, le docteur Barham Saleh. Ce dernier refuse les tentatives du chef de l’Etat de passer le flambeau à son fils, d’où son insistance à voir le nouveau président du parti élu directement par les membres et non pas choisi par le bureau politique, comme le souhaiterait le clan des Talabani. Ce mouvement majoritaire serait même prêt à provoquer une scission si ses demandes ne sont pas satisfaites. Face à ces troubles internes, l’ennemi de toujours de Talabani, Massoud el-Barzani, se frotte les mains. Son mandat à la tête de la province a d’ailleurs été prorogé de deux ans par le Parlement, la semaine dernière. 

      

Maroc: le gouvernement en difficulté
Le gouvernement du Premier ministre marocain, l’islamiste Abdelilah Benkirane, passe un mauvais quart d’heure après les menaces à peine voilées de son partenaire dans la coalition gouvernementale, le parti Istiklal, de démissionner au cas où il insistait à négliger ses demandes. Et pour enfoncer le clou, les leaders du parti ont adressé une lettre ouverte au roi Mohammad VI, lui demandant la libération de tous les prisonniers politiques, notamment les Sahraouis. Alors que le Premier ministre tentait d’apaiser ses partenaires en promettant d’étudier leurs demandes, ces derniers ont franchi un nouveau pas, suppliant le roi d’accorder aux Sahraouis un statut spécial leur permettant de gérer leurs affaires loin de l’ingérence du gouvernement central. Une annonce à l’effet de bombe, puisque jamais auparavant un mouvement politique marocain n’avait critiqué ouvertement la politique de Rabat envers le conflit sahraoui.


Erdogan est-il un démocrate?
Depuis son accession au pouvoir par les urnes, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a toujours joué la carte de la démocratie face à la toute-puissante armée. Ainsi, il n’a pas raté une occasion durant les huit dernières années pour se plaindre auprès de Bruxelles contre l’ingérence des généraux dans les affaires politiques. Face à l’état-major de la première armée de la région, Erdogan brandissait la carte de l’adhésion à l’Union européenne, ce qui nécessitait des lois plus dures visant à contrôler les forces armées. Mais ce n’est plus le cas, puisque le Premier ministre islamiste ne cache plus son mépris envers l’Union européenne et son désir de retirer la demande d’adhésion de la Turquie. Il n’a pas hésité une seconde à user de la force policière face aux manifestants pacifistes, balayant du revers de la main toutes les condamnations occidentales.

67 ans est l’âge de Rachid Ammar, ancien chef d’état-major de l’armée tunisienne. Et c’est l’âge qu’il a choisi pour tirer sa révérence en demandant au Premier ministre, Ali Larayedh, et au ministre de la Défense, Rachid Sabbagh d’accepter sa démission. Le général, qui avait refusé d’obéir au président Zine el-Abidine Ben Ali, qui lui demandait de tirer sur la foule durant les protestations, avait joué un rôle primordial dans le succès de la Révolution des jasmins et avait imposé l’autorité de l’armée face aux milices salafistes qui avaient défié le pouvoir à plusieurs reprises. Mais les derniers mois ont été pénibles pour Ammar, qui était critiqué de tous bords et accusé de laxisme envers les groupes d’opposition. Voilà pourquoi il a décidé de jeter l’éponge après 40 ans de service dans l’armée. La population a toujours eu pour lui une grande estime, car contrairement aux autres généraux du Maghreb, Ammar n’avait aucune ambition politique.              

600000 barils de pétrole sont de nouveau exportés par le Sud-Soudan via les ports de son voisin du Nord. Ce chiffre a été révélé par le porte-parole du gouvernement de Juba qui a ajouté que le pays qui bénéficie le plus de ces exportations était la Chine. Ceci prouve que c’est grâce à Pékin que le gouvernement de Khartoum a accepté de faire marche arrière, car il y a quelques semaines, Omar Hassan el-Bachir appelait les Sudistes à boire leur pétrole. Mais entre-temps, le géant asiatique, premier partenaire commercial et militaire du Nord, a eu son mot à dire, car l’or noir provenant du Soudan du Sud est essentiel pour les Chinois. Cependant, les analystes mettent en garde contre une possible détérioration de la situation une fois de plus entre les deux frères ennemis, vu que l’état de santé de Bachir est déplorable et que la guerre de succession au Soudan est d’ores et déjà lancée avec plusieurs prétendants de taille. Dans de telles conditions, il ne serait pas étonnant de voir Khartoum changer de position encore une fois.         

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