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Nº 2905 du vendredi 12 juillet 2013

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Ville et mosquée de Touba. Créées pour plaire à Allah

Touba. Vous ne connaissez peut-être pas cette ville sénégalaise, capitale de la confrérie musulmane des mourides abritant l’une des plus majestueuses mosquées du monde. La ville se situe à 194 km à l’est de la capitale Dakar. Le mot Touba vient de l’arabe tûbâ et signifie, comme vous le savez, bonheur, béatitude, félicité. En ce début du mois sacré du jeûne du Ramadan, Magazine vous emmène à la découverte de cette fabuleuse mosquée et de ce village créé pour plaire à Allah.

C’est le cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul qui a fondé en 1888 la ville de Touba. Il se retirait dans ce lieu qui n’était auparavant qu’une forêt. Avec ses disciples, il a édifié cette ville. Touba est de nos jours l’une des plus grandes villes du Sénégal démographiquement et économiquement. La ville dépend du département de Mbacké, une subdivision de la région de Diourbel. Elle a cependant un statut particulier. C’est que cette ville sainte dispose d’une police particulière et d’un règlement basé sur la charia, selon l’école juridique malékite. Il est par exemple strictement interdit de boire de l’alcool ou de fumer. Néanmoins, les trafics sont monnaie courante. Située dans l’arrondissement de Ndame, c’est une cité qui a encore un statut légal de village, bien qu’elle se soit largement urbanisée.
 

Un joyau de l’islam
Le cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul a édifié cette ville pour plaire à Allah et faire revivre le vrai message du prophète Mahomet. «En tant que ville sainte, Touba est le lieu où se retrouvent les valeurs spirituelles et temporelles de l’islam qui concourent de ce fait au salut des êtres ici-bas et dans l’au-delà». Le cheikh Ahmadou Bamba est arrivé dans ce qui est aujourd’hui la ville de Touba en l’an 1306 de l’hégire, soit 1888 de l’ère chrétienne, où il observait une retraite spirituelle loin des tumultes citadins de l’époque. A travers une vision, il lui fut révélé que son destin se confondait avec ce lieu. Dieu a choisi cet instant pour pénétrer dans son cœur et le libérer par là même de toutes les préoccupations terrestres. Il venait de découvrir ou plutôt de reconnaître l’endroit béni que Dieu lui a offert en récompense de sa foi ardente et de son dévouement au Prophète. «C’est ici, à Touba, que je serai enterré et sur ma tombe se dressera l’une des plus belles mosquées du monde», avait recommandé le cheikh, appelant déjà la bénédiction de Dieu sur les bâtisseurs de la mosquée et de la cité.
Sa construction a été décidée par le cheikh Ahmadou Bamba en 1926. Le fils et le premier successeur de Bamba, le cheikh Mouhammadou Moustafa Mbacké, s’est investi corps et âme dans la réalisation du projet, malgré un contexte national et international très difficile marqué par la crise économique des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale et surtout l’opposition de l’administration coloniale qui cherchait à contrecarrer le projet en lui imposant les conditions les plus ennuyeuses. Mouhammadou Moustafa, après avoir obtenu de l’Administration un bail sur 400 hectares, est parvenu à franchir tous les obstacles qui se dressaient devant lui pour poser la première pierre marquant le début effectif des travaux le 4 mars 1932. Un des obstacles majeurs auquel il a été confronté a été
le manque de disponibilité de moyens de transport pour acheminer les matériaux de Diourbel, où s’arrêtait le train, à Touba, soit une distance de 45 km. Face à l’exigence des autorités coloniales de payer tous les ouvriers du chantier qui étaient ses adeptes et qui avaient par ailleurs accepté de donner leur travail comme participation au projet, Moustafa a fixé alors avec les colons la paie journalière de chaque travailleur du chantier mais, à son grand étonnement, les ouvriers passaient à la caisse pour toucher leur argent et reversaient immédiatement le salaire comme contribution. Il a entrepris alors de construire les rails sur toute cette distance. A sa disparition en 1945, les travaux ont été repris par son successeur Mouhammadou Falilou Mbacké, deuxième fils d’Ahmadou Bamba. La mosquée a été inaugurée le vendredi 7 juin 1963 par Mouhammadou Falilou Mbacké.
 

Une imposante mosquée
La mosquée est pourvue de quatre minarets de 66 mètres de haut placés aux angles du bâtiment, d’un cinquième de 86,80 mètres et est surmontée de trois grandes coupoles. Ces minarets peuvent être aperçus jusqu’à 10 km de Touba. Le plus haut des minarets est appelé Lamp Fall en hommage au cheikh Ibrahima Fall. La mosquée a six grandes portes: l’entrée principale est à l’est, une porte à l’ouest et deux sur chaque côté latéral. Dans la mosquée, on peut accéder au mausolée d’Ahmadou Bamba, édifié à l’angle nord-est du bâtiment, près de la salle des prières. Le tombeau est d’une superficie d’environ 10 x 10 m. Le Coran est lu dans la mosquée 28 fois par jour.

 

De l’or dans les minarets
«Faire de la grande mosquée de Touba la copie conforme du joyau de Médine et l’édifice religieux le plus important d’Afrique de l’Ouest», telle est, selon l’architecte en charge des travaux de rénovation, la volonté du Khalif général des mourides. L’architecte dit tabler sur quinze mois pour achever l’ensemble des travaux prévus.
Il sera question, selon lui, de remodeler le marbre qui enveloppe les sept minarets, de sorte à minimiser la chaleur et les risques de dégradation des bâtiments, de mettre en place des carreaux capables de refouler la chaleur pour permettre aux fidèles de prier et de circuler pieds nus dans l’esplanade de la mosquée sans difficultés, de changer et de renforcer la climatisation.
Il s’agira aussi, ajoute-t-il, de doter la mosquée d’un dispositif de sonorisation d’une portée de 16 kilomètres afin de permettre aux populations de la cité voisine de Mbacké d’entendre les communications et les appels à la prière. De l’or serait incrusté, dans un futur proche, dans les minarets.
Il a rapporté les mots du patriarche de 
Gouye-Mbind. Ce dernier estime, en effet, que «la maison de Dieu mérite tous les honneurs».

Christiane tager Deslandes

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